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Le Seigneur noir n’a jamais été aussi impressionnant. Attention, spoilers.

La première fois qu’on l’aperçoit dans Star Wars : Rogue One, il n’est que l’ombre de lui-même. Tout juste un buste, les jambes et les bras coupés après son combat contre Obi-Wan à la fin de La Revanche des Sith. Dans le bain de bacta qui le maintient en vie, Dark Vador attend son heure, le moment où il brillera comme à l’époque de la première trilogie. 

Un peu plus tard, on le retrouve face à Orson Krennic, et la magie semble s’évaporer. Démarche légèrement chaloupée, débit rapide, voix trop aiguë (c’est pourtant James Earl Jones qui le double à niveau, mais à 85 ans)… Le ressenti est étrange et la scène ne semble pas fonctionner jusqu’à ce que Vador étrangle avec la Force son subalterne dévoré par l’ambition. Sans un regard.

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Sa troisième et ultime apparition à l’écran arrivera bien plus tard, vers la fin de Rogue One, alors que les plans de l’Étoile Noire ont déjà été volés par le commando de Jyn Erso. Stupeur et tremblements chez le spectateur : la scène est d’une violence inouïe pour du Star Wars. Dark Vador est représenté comme une machine à tuer inarrêtable, "a force to be reckoned with" comme on dit outre-Atlantique. Rapide, sans pitié, il fait un massacre en combat rapproché. Frisson intense quand il sort enfin son sabre laser rouge sur quelques plans furtifs, après avoir envoyé ad patres de pauvres soldats de l’Alliance rebelle avec une utilisation de la Force plus sauvage que jamais. La scène fascine autant pour sa brièveté et son incandescence que pour la puissance incommensurable qui se dégage de Vador. Évidemment trop courte, elle réussit pourtant à développer un nouvel imaginaire autour d’un personnage qu’on pensait connaître sous toutes les coutures. Même ses combats contre Luke dans L’Empire contre-attaque et Le Retour du Jedi n’avaient pas cette intensité, cette ardeur dans la violence pure.

Qui est le visage de Star Wars en 2016 ?

L’ombre de Vador plane sur tout Rogue One, nous disait-on avant la sortie. C’est faux, bien entendu. Au mieux le personnage est une attraction, chargée de faire le lien entre grande et la petite histoire de Star Wars. Mais son pouvoir sur l’imaginaire collectif est intact et il suffisait d’une étincelle pour raviver la flamme. Le film pose inconsciemment cette question : c’est qui, au fond, Star Wars ? Qui est le visage de la franchise ? Luke n’était que dans un plan du Réveil de la Force, pourtant sa présence se faisait ressentir dans chaque seconde du film. Jusqu’à donner la chair de poule quand il apparaissait enfin, presque christique, à la toute fin de l’histoire. 

L’Épisode VII a réussi ce que la trilogie originale n’a jamais vraiment su faire : installer Luke en tant que héros ultime, alors que jusqu’ici des personnages secondaires lui volaient la vedette et qu’il se faisait dévorer à l’écran par un méchant iconique. L’exploit du Réveil de la Force était de recentrer la saga sur lui, LE Jedi, créant de toutes pièces un mythe autour de son absence. Sans lâcher un mot, Luke prenait la place qui lui revenait de droit, et qu’il n’avait jamais vraiment occupée.

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La situation est à la fois similaire et totalement différente pour Rogue One. Vador n’avait pas besoin d’un nouveau coup de projecteur pour redorer son blason. Il est LE méchant du cinéma, indépassable et inoubliable. Mais désormais à égalité avec Luke Skywalker dans l’incarnation de Star Wars. Ce n’était sans doute pas son objectif principal et c’est pourtant ce que Rogue One fait le mieux : remettre la dualité de la franchise au coeur du débat, alors le héros avait un coup d’avance et que Vador n’était plus que du passé à l’échelle de la saga. Alors c’est qui, Star Wars, en 2016 ? Luke ou Vador ? La balance est équilibrée. Rendez-vous fin 2017 pour le match retour et découvrir si le Jedi saura s’emparer du trône.

Rogue One : A Star Wars Story, actuellement en salles.