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Que vaut la suite du reboot de J. J. Abrams ?

Et soudain, l'imprévu. Un réacteur qui déconne, l'identité d'un personnage qui se révèle fausse, une alarme, une explosion ou un personnage qui se téléporte. Tout l'intérêt de Star Trek Into Darkness (deuxième épisode du reboot signé J.J. Abrams)  tient dans ses twists - ou plutôt ses ruptures scénaristiques. Dès qu'une scène dure trop longtemps, une surprise vient relancer l'énorme machinerie des aventures de l'équipage de l'USS Enterprise. Ici, la nécessité du rythme l'emporte sur celui de la cohérence. La série Star Trek de 1966 (année de naissance d'Abrams, d'ailleurs) était un chaudron à déviances qui entendait explorer et instaurer une nouvelle mythologie SF. Abrams, lui, évite les pensums méta et s’en tient à quelques expériences limitées (deux femmes panthères, la planète Klingon effrayante), préférant aux théories pop la magie du pulp space opera, où un gadget permet de se téléporter à l'autre bout de la galaxie et où l'on survit à l'ouverture d'un sas à condition de bien s'être harnaché. Le créateur de Lost (et son trio de fidèles scénaristes Roberto Orci, Alex Kurtzman et Damon Lindelof), en grand prêtre du recyclage, pille la pop culture mais il le fait bien. Les plus malins s'amuseront à repérer les citations qui émaillent le film (le Spielberg de L'Arche perdue pour l'intro, Le Parrain 3 pour la fusillade des boss de la Starfleet, le jeu vidéo Dead Space pour le passage en scaphandre dans l'espace...), mais elles ne sont jamais balancées avec mépris ou cynisme.

Star Trek ou Star Wars ? J.J. Abrams à l'épreuve de ses deux sagas

Non. La suprématie d’Abrams, sa grande force, c’est au contraire de vouloir produire un cinéma populaire, un grand film à l'ancienne, épique, généreux, ouvert. De ce point de vue là, STID est une réussite totale. L’intro démente avec son volcan et ses indigènes (et une utilisation affolante de la 3D), la scène quasi muette de l'attentat à Londres, l'attaque de San Francisco, l'arrivée chez les Klingons... Le film enchaîne les scènes d’action et les morceaux de bravoure avec une maîtrise prouvant qu’Abrams a terminé sa mue, passant de génie télévisuel en artisan néoclassique. Il y a un plaisir (rare, jouissif) à voir ressurgir une efficacité perdue du blockbuster - les vaisseaux s'écrasent, l'espace se dilate, les lasers fusent... Mieux, le casting tient la note, même s’il semble presque écrasé par la figure impériale de Benedict Cumberbatch, qui compose un super-vilain bigger than life aux accents tragiques.

Star Trek Into Darkness : le trailer qui dit la vérité

En rebootant Star Trek en 2009, Abrams voulait déringardiser la licence tout en conservant ses codes les plus kitschs (les uniformes colorés, les oreilles de Spock, le space opera de papa). Et la recette, avec de très légères variations, fonctionne toujours. Malgré son titre, Into Darkness n'est donc pas le milieu conradien d'une saga qui correspondrait au passage dans les ténèbres des héros - ce n'est pas L'Empire contre-attaque d'Abrams. C'est un épisode des aventures de Kirk et de son équipage. Un épisode flamboyant qui retrouve, à l'instar du magnifique et sous-estimé John Carter l'an dernier, un sens de l'héroïsme et du serial qu'on croyait disparu. Quand soudain...

Sylvestre Picard

J. J. Abrams concède que Star trek Into Darkness a un gros défaut

Extrait de Star Trek Into Darkness, en salles le 12 juin :

 

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