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Au détour de notre rencontre autour du Pont des espions, le cinéaste nous a raconté une histoire bouleversante.

Quand Steven Spielberg commence sa carrière, les grands anciens, ceux qu'il admire, (Alfred Hitchcock, David Lean, Howard Hawks, John Ford...) ont pris leur retraite, de gré ou de force. Alors que lui produit parfois ses héritiers directs, les maîtres qui l'ont influencé n'existaient plus à Hollywood quand il a commencé à tourner. Spielberg a pourtant beaucoup fait pour entretenir la filiation et se nourrir de ses illustres prédécesseurs. 

"A mes débuts, j’ai fait en sorte de rencontrer le plus grand nombre possible de réalisateurs que j'admirais"

Alors que nous évoquions cette question de l'héritage et de la transmission avec le réalisateur du Pont des espions, il nous a raconté une anecdote bouleversante à propos de La Liste de Schindler.

Steven Spielberg : J’ai vécu un moment très triste avec Billy Wilder. J’imagine qu’il ne lisait pas la presse professionnelle, c’était la fin de sa vie, il n’était plus très au courant de ce qui se passait dans le business. Bref, il m’appelle un jour pour me dire « Steven, il faut que je te parle, j’ai quelque chose de très important à te demander ». Bien sûr, j’étais toujours ravi de passer du temps avec Billy, je l’invite à venir me voir dans mon bureau de la Valley (à une heure de route de Hollywwod, NDR). Il s’assoit et me dit « Steven, tu as les droits d’un livre que je rêve d’adapter pour en faire mon dernier film. Après ça, je pourrai me retirer définitivement. C’est un livre qui raconte en quelque sorte mon histoire, moi qui me suis échappé d’Allemagne dans les années 30 pour venir aux Etats-Unis. Ce livre, c’est la Liste de Schindler. »

Mince…
Oui, je ne savais vraiment pas quoi dire. Alors je me suis penché vers lui, je lui ai pris la main et je lui ai dit « Billy… Manifestement, tu n’es pas au courant, mais je pars justement la semaine prochaine à Cracovie pour tourner le film. » Il ne savait pas que j’étais en pré-production depuis cinq ou six mois, que je travaillais sur le script depuis des années… Il ne savait rien de tout ça, il avait juste entendu dire que j’avais les droits de ce livre qu’il voulait adapter… C’est l’un des trucs les plus durs que j’ai jamais eu à dire à qui que ce soit, a fortiori à l’un des cinéastes qui m’avaient tout appris. Bref, il a été pris de cours, c’était très douloureux. Nous étions en janvier 1993, le film est sorti en décembre de la même année. Et Billy a été la première personne à qui je l’ai montré, quand il a été terminé.

Il a aimé ?
Oui. Oui, beaucoup.

Propos recueillis par Léonard Haddad

Lire notre entretien avec Steven Spielberg

 

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