Samba, le saut de l'ange artistique d'Omar Sy

Samba, le saut de l'ange artistique d'Omar Sy

Comment l'acteur d'Intouchables est passé de l'auguste au clown blanc.

Mise à jour du 17 mars 2017 : TF1 diffusera Samba dimanche soir, à partir de 21h. A sa sortie, à l'automne 2014, Première avait été touché par ce film d'Olivier Nakache et Eric Tolédano, qui sortaient alors de l'énorme carton d'Intouchables. Cette histoire de sans papiers évoluant à Paris avait également été acclamé lors du festival de Toronto, et dans chaque critique ressortait la sujestesse de son interprète principal, Omar Sy. Si ce drame n'a pas atteint le score d'Intouchables au box-office, il a tout de même connu un certain succès populaire en attirant plus de 3 millions de spectateurs dans les salles françaises. Retour sur cette belle aventure, en attendant de (re)voir Samba ce week-end.

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Analyse du 25 septembre 2014 : On pourrait disserter à l’infini sur les nombreuses raisons qui ont poussé près de 20 millions de spectateurs à faire un triomphe à Intouchables, mais la première d’entre elles, la plus évidente de toutes, c’était le charisme pétaradant d’Omar Sy, la mise en orbite réussie d’une bête de comédie télé réussissant son passage sur grand écran. Trois ans plus tard, après un César du meilleur acteur, un titre de « personnalité préférée des Français » ravi à Yannick Noah et une panouille US chez les X-Men, l’ex-employé du SAV retrouve ses « pygmalions » Eric Toledano et Olivier Nakache pour… pour quoi exactement ? Proposer un Intouchables bis ? Jouer sur du velours ? Brosser le box-office dans le sens du poil ? Non. Tout l’inverse, même.

Dans Samba, Omar tente une sorte de saut de l’ange artistique. Porte sur ses épaules (with a little help from Charlotte Gainsbourg, Tahar Rahim et Izia Higelin) un film doux-amer construit sur d’incessantes ruptures de ton. S’empare du rôle très casse-gueule d’un sans-papier tout sauf angélique, sans sombrer pour autant dans le syndrome Tchao Pantin. Et expérimente au passage un registre de comédie inédit – un rôle de clown blanc quand jusqu’à présent, face à Fred Testot ou François Cluzet, il était plutôt l’auguste. On croyait le connaître par cœur, il est la grande révélation du film – ses vannes à contretemps, sa démarche empêtrée, son humanité XXL, son duo avec Tahar, font souffler un vent de comédie italienne (tendance Risi-Monicelli) sur le ciné tricolore. Et comme il est toujours aussi modeste, il a fallu lui tirer les vers du nez pour qu’il nous explique comment il est devenu Samba Cissé. Le rôle qui va (encore) tout changer.

Prendre des risques

« Ma filmographie avec Eric et Olivier (Nos jours heureux, Tellement proches, Intouchables, Samba) a toujours été guidée par l’envie d’explorer de nouvelles pistes. De franchir des caps. Ils cherchent constamment à me faire repousser mes limites, et les leurs avec. Samba, je le décrirais comme un mélange de comédie romantique et de comédie dramatique. Ils n’avaient jamais fait ça, moi non plus, on découvre tout ça ensemble. Me faire jouer avec Charlotte Gainsbourg allait dans le sens de cette prise de risque. Elle et moi, on vient de deux écoles différentes, j’avais un peu les chocottes… C’est Charlotte Gainsbourg, quand même ! (Rires). Mais l’alchimie a été immédiate. De toute façon, c’est le principe de ce métier : on ne prend du plaisir que là où il y a des risques. »

Changer de peau

« Deux éléments clés m’ont aidé à entrer dans la peau de Samba. D’abord, l’accent. Une fois que je l’ai trouvé, je me suis rendu compte qu’il y avait certaines répliques que je ne pouvais pas dire, tout simplement parce que le personnage n’a pas le lexique. Il a fallu « sambaïser » les dialogues, comme disent Eric et Olivier. L’autre clé, c’était la démarche. Mes épaules. Moi, Omar, je suis né et j’ai grandi en France, j’ai pas la même démarche qu’un mec qui n’est pas né là. Et encore moins qu’un mec qui n’est pas né là et n’a pas de papier. Je suis à l’aise, je suis en règle, j’ai pas peur de la police, donc je marche la tête haute, la cage thoracique bien bombée, un peu comme un coq. Quand on est sans papier, on essaie de se faire tout petit. On rentre les épaules, on baisse la tête. C’est la grande différence entre Samba et moi. »

Et de registre

« Avoir le sens de la comédie, c’est aussi savoir renvoyer la balle, servir l’effet comique plutôt que d’être celui qui envoie les vannes. Dans mon duo avec Tahar, je suis pour la première fois de l’autre côté, c’est quelque chose que je n’avais encore jamais fait. C’est super intéressant. Et parfois très frustrant ! (Rires) La scène de danse du film a d’ailleurs un peu été conçue comme ça. Pendant la promo d’Intouchables, j’ai fait mon petit pas de danse partout dans le monde, sur tous les plateaux télé... Avec Eric et Olivier, on s’était dit qu’il fallait absolument prendre le contrepied dans Samba : interdiction de danser ! D’où cette scène où Tahar et Charlotte dansent pendant que je reste assis… Ceci dit, pendant le tournage, il y avait de la musique à fond ce jour-là, j’ai pas pu m’empêcher de me lever pour me dégourdir les jambes. Mais cette prise-là, on la garde pour nous ! »

Faire (un peu) de politique

« Je ne vois pas Samba comme un film politique ou engagé. C’est d’abord un divertissement, je veux que les gens s’amusent et passent un bon moment. Après, c’est sûr qu’Intouchables nous a donné la possibilité d’aller où on veut alors on en profite. Les micros sont ouverts… Si les spectateurs sortent de la salle en ayant appris 2 ou 3 trucs, alors c’est doublement gagné. Comme dans Intouchables, on raconte notre France, celle du multiculturalisme, où des gens vivent les uns à côté des autres sans se rencontrer. Les sans-papiers, c’est surtout des chiffres. C’est pour ça que je suis fier de jouer Samba. Je suis fier de mettre un visage sur ces personnes qui vivent avec nous et qu’on ne connaît pas. »

Propos recueillis par Frédéric Foubert

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