Ruben Östlund : "Snow Therapy va totalement contre l'archétype du grand héros américain"

Snow Therapy

Le réalisateur vient de recevoir la Palme d'or pour The Square, et Arte diffuse son précédent film, Snow Therapy.

Mise à jour du 29 mai 2017 : Ruben Ostlund vient de recevoir la Palme d’or pour The Square dans le cadre du 70e festival de Cannes. Arte a bien choisi la date de diffusion de son précédent film, Snow Therapy, ce soir à partir de 20h50. Nous avions rencontré le réalisateur début 2015 pour parler de cette dramédie étonnante.

Cannes 2017 : The Square de Ruben Ostlund remporte la Palme d'or (palmarès complet)

Interview du 28 janvier 2015 : Snow Therapy fait boule de neige. Présenté au Festival de Cannes en mai dernier, le film du suédois Ruben Östlund, comédie sadique sur la lâcheté ordinaire d’un père de famille en vacances au ski, n’en finit pas de rallier à lui tous les suffrages. Retitré Force Majeure aux Etats-Unis, il est devenu là-bas une véritable coqueluche critique, avant d’être nommé aux Golden Globes aux côtés d’autres bêtes à concours comme Ida ou Leviathan. La rumeur lui prédisait logiquement une nomination à l’Oscar du meilleur film étranger, mais il a finalement échoué dans la dernière ligne droite. Courageux (ou complètement maso), Ruben Östlund a posté une vidéo où le voit apprendre en direct live que Snow Therapy ne faisait pas partie de la liste des finalistes. Un joli petit moment d’humiliation où l’on comprend que ce disciple nordique de Haneke et Alexander Payne peut être aussi cruel avec lui-même qu’avec ses personnages. Rencontre.

L’idée du film, super efficace, explique sans doute le petit buzz qui accompagne Snow Therapy (critique)

Ruben, qu’est-ce qui vous a pris de poster cette vidéo ? Hé, hé… C’était une idée d’Eric, mon producteur, de nous filmer en train de regarder l’annonce des nominations en streaming. C’était un moment important pour nous. Et puis… c’est toujours intéressant de lire la déception sur un visage, non ?

En tout cas, c’est courageux. Et un peu rigolo. Personne ne fait ça d’habitude… Je trouve ça plus fort de voir quelqu’un en train de perdre que lisant un discours de remerciement. C’est d’ailleurs ce que je traque dans mes films, ce moment où la comédie et la tragédie sont tellement entremêlées qu’on ne sait pas si on doit rire ou pleurer.

J’avais des réserves sur Snow Therapy parce que je vous trouve vraiment impitoyable avec vos personnages. Mais en fait, vous n’êtes pas très tendre avec vous-même non plus… Ah, ah, c’est exactement, ça ! Ça peut être libérateur, vous savez. Comme retirer son maillot de bain en plein été pour se mettre à nager tout nu. Au début, on est gêné et puis finalement ce sont ceux qui sont restés en maillot qui se sentent idiots. Mes personnages sont souvent ridicules, certes, mais j’ai quand même de l’empathie pour eux.

Vous comprenez pourquoi Snow Therapy a été aussi bien reçu par les critiques américains ? En partie, oui. Les Américains ont inventé le plus grand archétype du cinéma – le héros masculin qui protège sa famille et son pays contre les agressions extérieures. Et voici que débarque un personnage se comportant de façon totalement contraire à cette tradition (alors qu’une avalanche menace d’emporter sa femme et ses enfants, le protagoniste de Snow Therapy prend ses jambes à son cou – ndlr). C’est une situation à laquelle on peut tous s’identifier, et eux encore plus que nous. L’autre élément de réponse, c’est le fait qu’aux Etats-Unis, la famille nucléaire est sacrée. Et mon film questionne la validité de ce système de structuration de la famille, qu’on tient pour acquis et inamovible alors qu’en fait c’est un phénomène assez récent, une conséquence de l’industrialisation.

Vous dites : "C’est une situation à laquelle on peut tous s’identifier." Mais votre personnage principal est tellement antipathique que c’est en fait assez difficile de se projeter. Je sais bien que c’est une réaction de défense de ma part mais j’ai passé tout le film à me dire : "Je n’ai aucun point commun avec ce connard"… Attention, attention, j’ai bien dit que mon but était que vous vous identifiez à la situation, pas au personnage. Je reconnais qu’il n’est pas sympathique, mais je n’ai jamais eu pour ambition de filmer des gens sympathiques ! J’ai beaucoup pensé au capitaine du Costa Concordia, qui s’est justifié d’avoir pris la fuite avant ses passagers en expliquant qu’il était tombé dans un canot de sauvetage ! C’est un mensonge tellement énorme, tellement pathétique, démenti qui plus est par les caméras de surveillance… Mais c’est passionnant de voir ce que la peur peut nous faire faire. Voilà le genre de questions que j’aime me poser.

Vous avez dit dans une interview que votre ambition avec Snow Therapy était de faire augmenter le taux de divorce chez vos spectateurs. Comment se passe votre croisade jusqu’à présent ? Ah, ah ! Il faudra faire un bilan quand on retirera le film de l’affiche. Je dois bien avouer qu’une nomination aux Oscars m’aurait vraiment aidé sur ce coup-là…

Que vaut The Square, la Palme d’Or 2017 ?

Vous savez que David Fincher a dit exactement la même chose à propos de Gone Girl ? Qu’il voulait que les couples se séparent en sortant de la salle ? Non, vraiment ? C’est marrant, ça. J’ai lu quelque part que Fincher avait vraiment dégusté lors de son premier mariage. Moi aussi, je suis divorcé, mais je pars toujours en vacances avec mon ex.

A Cannes, le film s’appelait Turist, il a été renommé Force Majeure aux Etats-Unis, il sort en France sous le titre Snow Therapy… C’est quoi son vrai nom ? Ils me plaisent tous, ils soulignent chacun un aspect différent du film. Même si le meilleur titre, en fait, aurait été Le Charme discret de la bourgeoisie

Allez, une prédiction pour la route. Qui va gagner selon vous l’Oscar du meilleur film étranger ? Ida, Leviathan, Les Mandarines, Timbuktu ou Les Nouveaux Sauvages Je parie sur Ida.

Interview Frédéric Foubert

 

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