Ridley Scott : "Avec Covenant, on essaie de donner la recette d’Alien, pour ceux qui viendront après"

Ridley Scott

Rencontre avec le cinéaste autour d’Alien - Covenant et Blade Runner 2049

Est-ce qu'on peut encore parler cinéma avec Ridley Scott ? En 2017, le cinéaste sort Alien – Covenant, prequel de Alien, le 8ème passager, et produit Blade Runner 2049, mis en scène par Denis Villeneuve. Soit des remakes/reboots de ses deux merveilles SF séminales et indépassées. Après avoir vu une quinzaine de minutes de Covenant – un extrait hyper efficace, sanglant, mais un extrait seulement – on s'est assis avec Sir Ridley pour parler de peinture, de réalisme, de mythologie, de Dieu, de films non réalisés, et d'espace où personne ne vous entend crier.

Extrait de l’interview parue dans le numéro 477 de Première, actuellement en kiosques

Alors que Prometheus avançait plus ou moins masqué, avec Alien – Covenant, vous vous reconnectez littéralement avec la mythologie du premier Alien.
Avant la sortie de Prometheus, les gens de la Fox sont venus me voir : ils voulaient ressusciter la franchise Alien pour de bon. Si vous regardez les trois premiers Alien – pardon, les quatre premiers Alien – ce sont des films très simples : qui va mourir en premier ? C'est tout. Ça a toujours été des films de série B pour moi. Faits avec des moyens de série A, certes. Mais des séries B. Pour bâtir une franchise il fallait aller au-delà : explorer le comment, le pourquoi. On a donc fait Prometheus pour expliquer ce qu’était le Space Jockey du premier film (la créature géante découverte par léquipe du Nostromo au début dAlien le 8e passager). On a imaginé les Ingénieurs, cette race d'êtres surpuissants qui ont peut-être créé l'humanité... Dans 2001, L'Odyssée de l'espace, il y a ce monolithe noir qui apparaît à des instants clés de l’évolution : un singe le touche et boum, il crée une arme et détruit le squelette d’un de ses copains. C'est l'inspiration de notre mythologie : il n'y pas de Dieu avec une longue barbe, il y a des Ingénieurs.

Vous évoquez Dieu, une question qui anime votre cinéma. Covenant, c'est l'arche d'alliance (« ark of the covenant » en anglais). Est-ce qu'il y a un lien thématique entre cet Alien et Exodus – Gods and Kings qui s'achevait sur Moïse forgeant les Tables de la loi ?
Peut-être bien. Covenant, c'est le nom du vaisseau qui transporte 2000 colons en hypersommeil et du matériel de terraformation. On a pensé aux pères fondateurs des États-Unis, partis à la conquête d'un Nouveau Monde. Appeler ce vaisseau Covenant, c'est évoquer à la fois la promesse du Nouveau Monde, un lien religieux et indestructible. Dans la mythologie Alien, Covenant représente la phase de colonisation où l'on envoie des vaisseaux bourrés de gens accomplir des voyages à travers des systèmes solaires entiers, sur des durées hallucinantes.

En fin d'année sort Blade Runner 2049, réalisé par Denis Villeneuve, que vous produisez. Villeneuve va réaliser ensuite l'adaptation de Dune. Vous avez failli le faire aussi, dans les années 80. Que s'est-il passé ?
J'ai dû quitter le projet à l'époque parce que mon frère aîné, Frank, venait de mourir d'un cancer. J'avais fait écrire le script par Rudy Wurlitzer – un descendant de la famille Wurlitzer, vous savez, les fabricants de juke-box, qui avait écrit les scripts de Macadam à deux voies et de Pat Garrett et Billy le Kid. Son scénario était très bon. Visuellement, le film devait être plein de rétro-technologie : une ambiance médiévale, mais à la Moebius, à qui je comptais demander de s’occuper du design du film. Je n'ai pas trop aimé la version de Lynch. Mais la mienne n'est pas allée bien loin : j'ai dû laisser tomber pour ces raisons personnelles. Quand je suis revenu à Hollywood, je me suis mis à Blade Runner. Voilà.

Et donc, Blade Runner 2049...
Quand on a lancé l'idée de cette suite, on a fait revenir Hampton Fancher, le scénariste du premier film. Il a dû écrire une bonne centaine de pitchs, avant de me dire : « Merde, j'en peux plus. » On a demandé à Michael Green (Green Lantern, Logan, Alien – Covenant) de retravailler ses idées. Ça a duré des mois. Il nous fallait une bonne histoire parce que si on enlève le visuel, l'univers de Blade Runner est vraiment super chiant. (Rire.)

Vous avez vu les derniers Star Wars ?
Oui, je les aime bien. Mais le meilleur reste le tout premier. Star Wars a changé ma vie. En 1977, je venais de montrer Les Duellistes au studio, ils ont dit : « OK, on va le classer en catégorie art et essai », et ils l'ont distribué sur sept copies à l'époque. Puis je suis venu à Cannes avec mon producteur pour lancer le financement sur mon Tristan et Iseult – encore un truc que je n'ai pas fait ! Je voulais faire quelque chose à la Lancelot du Lac de Robert Bresson. Et puis j'ai vu La guerre des étoiles, j'étais dévasté. Au fond de moi, c’était ce que j’avais toujours voulu faire. Et donc je me suis tourné vers de la SF usée, réaliste, et de là est né Alien... Aujourd'hui Star Wars est devenu une franchise, donc une recette. C'est au-delà de la critique. Je crois qu'avec Covenant c'est ce qu'on essaie de faire nous aussi : donner la recette d'Alien, pour ceux qui viendront après.

Alien - Covenant : la leçon d'art de Ridley Scott

Alien - Covenant de Ridley Scott sort en salles le 10 mai 2017. Bande-annonce :

 

 


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