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Ce qu’il faut voir ou pas en salles cette semaine.

Exceptionnellement, certains films sortiront mardi et non mercredi, cette semaine. Quand c'est le cas, nous l'avons précisé entre parenthèses.

PREMIÈRE A AIMÉ

RÉPARER LES VIVANTS ★★★★☆ (attention 1er novembre)
De Katell Quillévéré

L’essentiel
Une adaptation du best-seller de Maylis de Kerangal dont Katell Quillévéré tire un grand drame humaniste qui fait du bien.
Ça commence par un saut dans le vide : Simon quitte la chambre de sa copine avant l’aube en sautant par la fenêtre d’une maison qui surplombe la ville. Suit une longue descente en lacets jusqu’à la mer. Réparer les vivants s’ouvre sur un mouvement descendant à la fois très concret et hautement symbolique, qui aboutit à une scène de surf sublime mais angoissante, prophétique d’un drame à venir. Ça commence, donc, par une descente aux enfers, celle qu’engendre une mort brutale et insupportable, s’attarde dans les limbes - l’hôpital où errent des vivants en souffrance mais où s’activent aussi ceux qui ont pour mission de les « réparer ». Et se poursuit sur une pente ascendante, celle, littéralement, d’une renaissance. Car, comme le best-seller de Maylis de Kerangal, le film de Katell Quillévéré est un feel-good movie, un vrai.
Vanina Arrighi de Casanova

MADEMOISELLE ★★★★☆ (attention 1er novembre)
De Park Chan-wook

L’essentiel
Un grand film d’arnaque sur fond de sublime mélodrame sadien.
Parmi les nombreuses scènes marquantes de Mademoiselle, il en est une qui retient l'attention pour sa valeur opportuniste : deux très belles actrices asiatiques voluptueusement filmées au format cinémascope dans une position en forme d'hommage au 69ème Festival de Cannes où le film avait été présenté en mai dernier. Sans l'ombre d'un doute, le dernier film du maître coréen Park Chan Wook est un triomphe de cinéma. Dès les premiers plans, qui alternent la pluie et le beau temps dans des images somptueuses, tout est clair : on sait qu'il s'agira d'un thriller rutilant, fortement teinté de mélodrame.
Gérard Delorme

OUIJA : LES ORIGINES ★★★★☆
De Mike Flanagan

Lorsqu’on fait remarquer à Mike Flanagan qu’il n’y a rien de moins sexy dans toute la panoplie des sous-genres de l’horreur que les films de ouija (ces planches alphabétiques qui permettent de dialoguer avec les morts), il admet volontiers, dans un petit rire affable, que "Oui, les attentes sont faibles sur un film comme celui-là". "Mais, poursuit-il, je préfère un public qui ne s’attend à rien et me laisse de la marge pour le surprendre, que l’inverse." Flanagan, 38 ans, est apparu sur le circuit de l’horreur en 2012 avec The Mirror (Oculus en VO), un drame de l’abandon sur un frère et une sœur confrontés, à l’âge adulte, aux pêchés mortels de leurs parents. Un terrifiant Shining de poche qui parvenait, avec trois fois rien, à faire de son décor unique (une maison) un labyrinthe mental complexe et trippant...

Il rencontra quelques difficultés sur ses films suivants (Before I Wake, victime de la faillite de son distributeur ; le très beau Hush, sorti direct en vidéo) et trouva asile, comme beaucoup, chez le producteur-empaqueteur Jason Blum, pour qui il sauva du naufrage le premier Ouija grâce à son sens mystifiant du montage. Ouija – Les Origines est son premier film de commande, une suite qui n’entretient aucun rapport avec l’original autre que le titre (et la fameuse planchette maléfique). Tourné au tarif Blum réglementaire de 6 M $ et distribué par Universal, ce Ouija-là ressemble plus à un film de studio que tous les « vrais » films de studio aux budgets dix fois supérieurs vus récemment (les Conjuring viennent à l’esprit). Flanagan part du principe que ses films, essentiellement des mélodrames, doivent tenir debout même si on leur retire leurs éléments de genre. À nu, Ouija – Les Origines est une vision douce-amère du deuil et du patriarcat dans les 60s. Ou comment trois femmes (trois superbes actrices) vivant sous le même toit tentent, chacune à leur manière, de gérer l’absence du mari/père. Le résultat s’apparente à un Exorciste sous le soleil, espiègle et désorientant. C’est émouvant, ça fait peur et ça passe trop vite. Une sorte de parfaite petite série B californienne, totalement inespérée.
Benjamin Rozovas

 

PREMIÈRE A PLUTÔT AIMÉ

MR WOLFF ★★★☆☆ (attention, 1er novembre)
De Gavin O'Connor

L’essentiel
Un homme surdoué qui mène une double vie aussi ennuyeuse le jour qu’hors norme la nuit et cache un stock d’armes délirant dans une caravane au fond d’un garage : Mr Wolff est le parent pauvre de Batman. Mais le film de Gavin O’Connor exploite si bien ses caractéristiques communes que le justicier de Gotham semble n’avoir été qu’un échauffement pour ce rôle de comptable autiste surdoué, dont l’intelligence analytique n’a d’égal que sa puissance animale meurtrière.
Vanina Arrighi de Casanova

SNOWDEN ★★★☆☆ (attention, 1er novembre)
D'Oliver Stone

L’essentiel
Biopic mainstream aux accents de thriller parano, souvent très divertissant (…), parfois même assez touchant dans sa reconstitution du long processus psychologique et politique qui convainquit le jeune homme de « trahir » son pays (…), Snowden se regarde comme un lit un bon papier dans un newsmag. Bien écrit et bien sourcé.
Frédéric Foubert

ROSEVILLE ★★★☆☆
De Martin Makariev

Dans un refuge de montagne isolé, un groupe d’amis se retrouve aux prises avec une mystérieuse force qui les traque jusque dans leurs cauchemars. Tourné en l’espace de trois petites semaines en 2013, Roseville est le premier thriller d’horreur 100 % bulgare. Sa trame résolument classique le ferait facilement passer pour un direct-to-DVD mineur : grossière erreur. Grâce à son atmosphère pesante, de vraies idées de mise en scène et un casting assez brillant, le jeu de massacre fait rapidement oublier qu’il s’inspire d’une formule maintes fois rabâchée. Un résultat loin d’être parfait mais souvent glaçant.
François Léger

FOOD COOP ★★★☆☆
De Tom Boothe

Documentaire « alternatif » dans la lignée du Demain de Mélanie Laurent, Food Coop parcourt les travées de la Park Slope Food Coop, une coopérative florissante créée à Brooklyn en 1973 : ses 16000 membres peuvent y acheter des produits alimentaires de très bonne qualité et à très bas prix, en échange de quelques heures de travail mensuel. Le réalisateur Tom Boothe (qui vient par ailleurs de participer à l’ouverture du supermarché parisien La Louve, basé sur le même modèle) ne tire pas toujours un très grand parti cinématographique des allées bondées et grouillantes du magasin, mais touche juste par son refus de l’angélisme : son plaidoyer pour un modèle alternatif donne aussi à voir les difficultés concrètes que nécessite la mise en place d’une utopie à grande échelle, les comportements sectaires de certains de ses membres… Une contribution intéressante au débat sur l’économie collaborative.
Frédéric Foubert

PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIMÉ

LA FOLLE HISTOIRE DE MAX ET LEON ★★☆☆☆ (attention, 1er novembre)
De Jonathan Barré

L’essentiel
Saluons la volonté du duo du Palmashow de proposer autre chose que le tout-venant de la pantalonnade écrite vite fait sur un coin de table. La Folle Histoire de Max et Léon est une comédie d’aventures comme la France n’en produit plus depuis bien longtemps, avec pour inspirations évidentes La Grande Vadrouille, La Septième Compagnie ou Papy fait de la résistance. Des références que le film n’atteint malheureusement jamais, même s’il touche régulièrement du doigt l’absurdité nécessaire.
François Léger

PREMIÈRE N’A PAS AIMÉ

FOR THIS IS MY BODY ★☆☆☆☆
De Paule Muret

Baignée d'une lumière blafarde, cette rencontre entre une groupie (Audrey Bastien) et un rockeur en tournée (Carl Barât des Libertines) étouffe entre dialogues plats en franglais et silences pesants.
Une nuit, un jour, de l'alcool et une BO mélancolique: le temps s'étire et l'idylle parisienne manque de rythme. Malgré un héros rock 'n' roll, autodestructeur et dépressif, For this is my body parle bien moins de passion que de solitude et de désillusion. Dommage que le mythe de la groupie, cette amoureuse inconditionnelle à sens unique, soit tout juste effleuré.Le film au titre biblique ne trouve sa rédemption que dans les scènes de concert, où Carl Barât prouve qu'il est meilleur chanteur qu'acteur.
Clara Nahmias

Et aussi
La mort de Louis XIV d’Albert Serra
The Mirror d’Edward Boase
Amère victoire de Luc Verdier-Korbel
One Piece Gold de Hiroako Miyamoto

Et les reprises de
Man on a Tightrope d’Elia Kazan
Les enfants du chemin de fer de Lionel Jeffries
Il Boom de Vittorio de Sica