Raphaël Personnaz : "Je savais que SK1 ne serait jamais fasciné par la mort ou par le sang"

L'affaire SK1 Raphaël Personnaz

Ce très bon polar revient ce soir sur France 3.

Pour sa première réalisation, L'Affaire SK1, Frédéric Tellier a retracé l'enquête et le procès de Guy Georges, le "tueur de l’est parisien". Après des années de recherches sur cette sombre affaire, il s'est entouré d'excellents acteurs, notamment Raphaël PersonnazNathalie BayeOlivier Gourmet et Michel Vuillermoz. A sa sortie début 2015, le premier avait répondu à nos questions. Retour sur cet entretient très intéressant, à l'heure où France 3 s'apprête à diffuser le long métrage. Rendez-vous ce soir à 21h pour le (re)découvrir.

L'affaire SK1 : Avec ce premier long métrage, Frédéric Tellier frappe un grand coup (critique)

Des rôles de flics, on doit vous en proposer souvent, non ? Pas tant que ça. Et puis des rôles comme celui-là, c'est très rare.

Pourquoi avoir accepté précisément ? J'ai aimé l'aspect hyper documenté du scénario. J'avais l'impression de revivre ces années là en le lisant. Je replongeais dans le climat de psychose qu'on vivait à Paris... Ca m'a frappé. Et puis j'ai aimé l'équilibre que Frédéric instaurait entre la traque et le jugement. J'étais très sensible à toute la partie autour de Nathalie Baye. Elle cherche à faire de Guy Georges un homme et non le monstre que le jury attend de condamner. C'est le genre d'histoire dont on ne sort pas indemne. Il n'y a pas de réponses définitives, pas de vérité. 

Et votre rôle ? Le scénario était très riche de précisions sur ce flic et son enquête. Frédéric - qui est un peu obsédé - m’a donné une somme de coupures de journaux, de PV, il m’a fait lire le livre de Patricia Tourancheau sur l'affaire. Ca m’a aidé à comprendre comment ils avaient progressé, comment s’était passé l’enquête. Après, il y a eu la rencontre avec le vrai Charlie… Ce type marqué au fer rouge par cette histoire. Quand j’ai compris à quel point ce jeune flic avait été bouleversé par la photo de la première victime Pascale Escarfaye, comment il avait été changé à vie, j'avais un bon point de départ. Rencontrer les flics du 36, observer leur posture, écouter leurs silences, leurs discours a été une aide précieuse.

C'est comme ça qu'on évite de jouer un fantasme de cinéma ? Je pense... Quand on m'a proposé le film, le gamin qui sommeille en moi et rêve de jouer aux gendarmes et au voleur s'est mis à carburer. Mais quand tu bosses, quand tu parles avec le réalisateur, tu arrêtes vite de fantasmer. Je n’ai jamais eu l’impression de jouer un flic stylisé. Frédéric me parlait de Serpico, mais on cherchait surtout des figures réelles… A part la première lecture, à aucun moment je me suis dit que je j'allais jouer un flic. Quand j'ai vu les inspecteurs de l'époque, ce que j'ai ressenti et ce que j'ai tout de suite voulu capter, c’est la manière dont ils ont ressenti cette histoire. Comment ils ont été dévastés, frappés par cette affaire malgré leur bagage de plus grands flics de France. Ils  sont démunis face à ce type qu’ils n’arrivent pas à empêcher d’agir. Ils ont une forme de résignation… Et en même temps, ce sentiment de devoir plus fort que tout.

On sent que, dans votre jeu, vous hésitez entre l'obsession (parfois morbide) et un réalisme plus léger, presque trivial. Oui. Parce qu'il fallait ne surtout pas tomber dans la caricature. En lisant le script, j'étais intimement persuadé que le film ne serait jamais fasciné par la mort, par le sang ou le serial killer. Au contraire, j’avais l’impression que la vie dans le film comme dans la vie des mecs du 36 est toujours plus forte que les horreurs de la rue. Et pour revenir sur ce fantasme du flic, au cours de mon travail préparatoire, je n’ai pas vu des « flics ». Ceux qui se la racontent, c’est les mauvais, ils dégagent vite. C'est pas si spectaculaire que ça, leur boulot. A chaque fois que je rencontrais un policier, je demandais quel film symbolisait le mieux les flics au cinéma. Et bien, ce qui revenait le plus, c’était Scènes de crime et L.627. Pas du tout Police, un peu Le Petit Lieutenant. Bref pas que du glamour...

Vous les avez revu ces films ? Un peu L.627, pour me remettre dans l’ambiance, mais je voulais pas être trop influencé… J’avais adoré ce film parce que les mecs se coupaient la parole, tout le temps, y avait une sensation de vérité dans le rythme, dans le jeu qui m'avait frappé.

Concrètement, comment avez-vous trouvé le personnage ? Je me suis regardé dans la glace et je me suis dit : « est-ce que, a priori, tu peux jouer un flic ? Non. Et bien n’essaie pas de jouer au flic. T’es comme tu es, ne roule pas des mécaniques ». Grâce à la doc que m’a donnée Frédéric, j’ai commencé à me faire des schémas avec les meurtres, les dates, les lieux… Et finalement, c'est par le travail que j'ai trouvé le personnage. Tiens, autre chose : avec Tavernier, que ce soit dans les 2 films que j’ai fait avec lui, mais aussi dans L627, ce qui est fort, ce que je retiens de lui en terme de méthode, c’est qu’il filme des gens qui bossent. Pas des acteurs qui posent, pas des comédiens qui interprètent, mais des mecs qui travaillent, au quotidien, au bureau. Dans Quai d’Orsay par exemple quand il nous filmait en train d’écrire un discours, il nous demandait d’écrire vraiment un discours.

Mais Quai d’Orsay était ultra stylisé… Oui, mais dans le fond, il voulait que tout soit vrai. J’ai l’impression que la direction d’acteurs de Frédéric c’est de nous avoir fait rencontrer les gens, de nous avoir guidé dans les lieux, d’avoir plongé dans cette époque. Pour laisser surgir la vérité.

Les lieux c’est important ? Le 36, c’est étrange. C’est pas grand-chose, le lino est dégueulasse, c’est vieux, c’est le bordel, et en même temps, c’est « habité ». Y a une charge émotionnel qui aide à trouver le ton juste… Le plus impressionnant, c’était la salle d’assise. Je ne jouais pas trop dans ces scènes, mais là, c’était très solennel. Et c'était raccord avec ce que raconte aussi le film : le Bien contre le Mal, mais ramené à un niveau très humain finalement. 

 

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