Pourquoi Justice League n'est plus la pierre angulaire de l'univers DC

Justice League réactions

Une étape-clé, mais le studio prépare déjà le coup d'après.

Justice League devait être l'alpha et l'oméga de l'univers cinématographique DC, à la fois la réponse aux Avengers de Marvel Studios et le point d'orgue d'une aventure commencée en 2013 avec Man of Steel. Mais les sorties de Batman v Superman et Suicide Squad (des films jugés trop sombres par une partie du public et reçus timidement par la critique, malgré des résultats indéniables au box-office), ont profondément modifié le plan de Warner Bros. Le studio a alors opéré un virage à 180 degrés pour ses longs-métrages : exit la gravité, la firme mise sur un DCEU plus drôle, plus optimiste, plus héroïque. Wonder Woman a testé avec succès la nouvelle formule et Justice League s'apprête à suivre le même chemin. "Dans Batman V Superman, Batman était au bout du bout. Mais dans Justice League, il retrouve l’espoir", confiait dernièrement Ben Affleck, de retour dans la peau du Chevalier Noir. "Il doit s’ouvrir et s’intégrer aux autres. Il sait qu'au fond qu’il a besoin d’eux. Il a toujours été ce solitaire ultime, mais il essaie vraiment de nouer de bonnes relation avec tout le monde. Il pourrait même être un mentor pour Flash". Un point de vue que confirme Geoff Johns, producteur/scénariste/touche-à-tout de l'écurie et encyclopédie vivante sur les comics : "Dans le passé, le studio a fait une erreur en disant que les films DC doivent être sombres et sans concession. C'est totalement faux. C'est une vision optimiste de la vie. Même Batman a ça en lui. S'il ne croyait pas à un monde meilleur, il arrêterait".

L'arrivée de Joss Whedon

Ce changement de ton déjà amorcé n'est donc pas totalement lié au drame personnel vécu par Zack Snyder en plein milieu du tournage de Justice League, avec le suicide de sa fille de 20 ans en mars dernier. Mais cet événement tragique a permis à Warner Bros de mettre aux commandes un réalisateur plus ouvert à la légèreté. Logiquement incapable de continuer à travailler - il a tenté de se plonger dans le travail à corps perdu, avant de renoncer -, Snyder a dû confier la tâche de terminer le long-métrage à un autre spécialiste du genre, Joss Whedon. Un cinéaste avec déjà pas mal de bouteille en la matière, lui qui a donné vie avec succès aux deux premiers Avengers de Marvel Studios. Sa mission était claire : "Coller au style mis en place par Zack", explique le président de Warner Bros. Pictures, Toby Emmerich. Officiellement, "il passe le relai à Joss, mais tout a été pensé par Zack. Il n'y aura pas de nouveaux personnages, juste de nouvelles scènes". Dans les coulisses, il se murmure pourtant que Whedon a coupé ou retourné de nombreux passages, histoire de rendre le film plus souriant. Ben Affleck précise que Joss Whedon était "la meilleure personne pour le job et pour le film. On a eu de la chance qu'il accepte d'intervenir. C'est le fruit du travail de deux réalisateurs, avec chacun sa vision unique et très marquée. Je n'avais jamais pu vivre une telle expérience avant sur un tournage". 

Juste le nouveau volet d'une franchise

La réunion des plus grands super-héros (Batman, Aquaman, Cyborg, Wonder Woman, Flash et Superman) en profite également pour se décharger d'une pression intenable : le crossover ne semble plus envisagé comme un aboutissement (il n'est d'ailleurs plus markété ainsi), mais seulement comme le nouveau volet, au casting fourni, d'une vaste franchise. Là où le concurrent Marvel joue la carte de l'obsession de la continuité et des caméos qui dictent l'épisode d'après, DC propose une autre formule : "Notre intention est d'utiliser la continuité pour s'assurer que tout fasse toujours sens, mais on n'ira pas forcément vers une grande histoire" qui se construit un peu plus à chaque film, ou "une interconnexion absolue dans cet univers", explique Diane Nelson, la présidente de DC Entertainement. "Avec le temps, vous verrez bien un univers cinématographique DC prendre forme, mais grâce au coeur des réalisateurs qui travailleront sur les films". Geff Johns poursuit : "Certains films comme Justice League rassembleront évidemment différents personnages. Mais par exemple Aquaman ne sera pas connecté à chaque autre long-métrage". Désormais apaisé sur ce point, l'univers cinématographique DC peut avancer tranquillement sans avoir besoin de transformer Justice League en arme de destruction massive ou en connecteur suprême. D'ailleurs le projet, qui au départ devait compter deux films, a pour l'instant été condensé en un seul. Juste une oeuvre (monumentale, certes) parmi d'autres, un passage obligé mais pas une fin en soi. Soit l'exact opposé de la méthode Marvel Studios, dont le diptyque Avengers : Infinity War / Avengers 4 se veut être la conclusion explosive de dix ans d'histoires.

"Très drôle", "maladroit", "inégal" : les premières réactions sur Justice League

Deux salles, deux ambiances

Et comme Justice League n'est plus la pierre angulaire, Warner Bros a pu prendre tout le monde par surprise en annonçant dernièrement une nouvelle gamme de longs-métrages, totalement déconnectés de l'univers DC jusqu'ici établi. Première étape : un long dédié au personnage du Joker avec Todd Phillips (les trois Very Bad Trip) aux commandes. Un autre acteur que Jared Leto incarnera l'ennemi de Batman, dans ce qui pourrait être une origin story qui racontera comment le Joker est devenu le Joker. Le film solo Batman est également en cours d'écriture (Matt Reeves, réalisateur de Planète des singes - Suprématie, sera derrière la caméra), sans qu'on sache pour l'instant vraiment dans quelle case il se situera - Ben Affleck lui-même ne semble pas certain de rempiler.

L'univers cinématographique DC a donc un frère jumeau, un monde parallèle qui autorise le studio, à l'instar des comics, à raconter des histoires qui n'ont pas forcément de lien entre elles. Une façon de faire que la firme avait abandonnée après la trilogie The Dark Knight de Christopher Nolan, dont l'univers n'a jamais été développé ailleurs. Un juste retour aux sources, en somme. Et l'opportunité de toucher un public plus large, parfois apeuré par des années de continuité.


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