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Alice de l'autre côté du miroir est plus amusant, plus ludique et plus léger que Le Pays des merveilles.

Alice au Pays des merveilles, réinvention avec de vrais acteurs du dessin animé de 1967, avait eu beau rafler un milliard de dollars dans le monde il a fallu six ans à Disney pour lui donner une suite. Son arrivée tardive (et la fâcheuse actualité liée à Johnny Depp) explique-t-elle son insuccès en salles américaines (voir les chiffres ici) comme sa fraîche réception critique ? En tous cas, au vu du résultat, ça paraît clairement immérité. Face à un dilemme (vendre le bateau de son père dont elle est capitaine ou se retrouver ruinée), Alice revient au Pays des merveilles et découvre le Chapelier fou en pleine dépression. Pour lui rendre le sourire, elle va devoir remonter le temps et découvrir le destin de la famille du Chapelier. Remplacer à la réalisation Tim Burton par James Bobin (les deux derniers films Muppets) n'est qu'un changement apparent : De l'autre côté du miroir a un nouveau directeur de la photographie (Stuart Dryburgh, chef op de Hacker de Michael Mann) et un nouveau production designer (Dan Hennah, à l'oeuvre sur les trilogies du Seigneur des Anneaux et du Hobbit) pour remplacer le duo Darius Wolski/Robert Stromberg (Maléfique) du premier film.

Résultat, si Alice de l'autre côté du miroir doit gérer l'héritage visuel parfois embarrassant du premier film (le Chat du Cheshire, les jumeaux Tweedledee et Tweedledum, le sous-Joker Chapelier fou...), il part dans de nouveaux territoires beaucoup plus satisfaisants à l'oeil. Notamment les traversées par Alice de l'Océan du Temps, dimension parallèle aquatique où des vagues tulmutueuses défiant la gravité permettent de plonger dans le passé ou le futur, sont des passages frappant l'imagination. Mais le principal intérêt du film est le Temps, être semi-divin, mi-homme mi-machine, vivant au milieu d'un palais titanesque bâti au cœur d'un monde-horloge qui porte la marque de Dan Hennah. Le Temps est joué par Sacha Baron Cohen (vieux complice de Bobin avec qui il a conçu Ali G et Borat) et c'est à la fois une très belle création de conception et un très beau rôle pour Cohen, hyper précis dans ses gestes et son chronométrage (pardon) comique -une sorte de transposition réussie de son rôle un peu coincé et à moitié réussi dans Hugo Cabret de Scorsese.

Comparé au précédent Alice, De l'autre côté du miroir est en fin de compte plus réussi car il se veut plus léger et plus ludique, en un mot plus divertissant. Beaucoup moins sombre et sérieux, aussi : le voyage temporel et ses conséquences inattendues fournit une dynamique rigolote au métrage en approfondissant les personnages de la Reine rouge et de la Reine blanche, au détriment du Chapelier fou, beaucoup moins crispant que dans le premier film. Et à l'arrivée, l'agréable et simple morale féministe de la conclusion est également beaucoup plus satisfaisante que celle, bizarrement réaliste, du premier opus.

Bande-annonce d'Alice de l'autre côté du miroir, en salles depuis le 1er juin :