R.I.P. Pierre Lhomme
Abaca

Césarisé pour son travail sur Camille Claudel de Bruno Nuytten et Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau, le chef-opérateur, décédé à l’âge de 89 ans, aura aussi éclairé les films de Chris Marker, Robert Bresson, Jean-Pierre Melville, Patrice Chéreau ou encore James Ivory.

Quand un chef opérateur meurt, c’est le cinéma qui brûle. Pierre Lhomme vient de mourir à 89 ans et avec lui c’est toute une histoire du cinéma français qui défile sous nos yeux. Il suffirait presque d’égrener le nom des auteurs dont il a éclairé les films pour mesurer la perte : Chris Marker, avec qui il réalisa notamment le documentaire Le joli mai en 1962, Jean-Paul Rappeneau (quatre longs métrages ensemble) mais aussi : Alain Cavalier, Robert Bresson, Jean Eustache, Jean-Pierre Melville, Patrice Chéreau, Marguerite Duras, Bertrand Blier… Il faudrait aussi ajouter le nom de l’américain James Ivory (Maurice, Jefferson in Paris, Le divorce…)

Une grande diversité

Sur les étagères de Pierre Lhomme, deux César pour sa photo de Camille Claudel de Bruno Nuytten et celle de Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau. Deux récompenses pour deux films historiques prestigieux qui ne doivent pas masquer la vitalité du travail de cet immense technicien. Pour Pierre Lhomme, la photo d’un film ne devait pas obligatoirement "se voir" mais épouser la logique et l’inspiration du cinéaste. Ainsi son travail sur La maman et la putain de Jean Eustache, film en noir et blanc tourné "accroupi" dans une petite chambre parisienne au début des seventies, les docu-fictions de Chris Marker ou encore les expérimentations durassiennes, traduisent cette diversité.

La blondeur de Deneuve

À la ressortie en salles du Sauvage de Jean-Paul Rappeneau en 2011, dont Pierre Lhomme avait lui-même supervisé la restauration, nous étions sidérés face aux couleurs électrisantes de cette comédie tournée au Venezuela au mitan des années soixante-dix qui retrouvaient pour l’occasion leur prime jeunesse. La blondeur de Catherine Deneuve n’avait jamais paru aussi aveuglante et érogène à l’écran. La lumière était ici un personnage à part entière. Et si cette fois, la photo se "voyait", c’est bien qu’il le fallait. Pierre Lhomme était un peintre.

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