
© Junkie notoire, poète décadent, ex frontman des Libertines et de Babyshambles, créateur de fringues pour la marque The Kooples, le dandy Pete Doherty ajoute une corde à son arc en passant devant la caméra de Sylvie Verheyde dans Confession d’un enfant du siècle, l’adaptation du roman d’Alfred de Musset. Le fan-club est aux anges, mais était-ce vraiment nécessaire ?
Oui, la tradition des rockers-acteurs a du bon
Parce qu’elle a par définition une dégaine extraterrestre et un charisme monstre, la rock’n’roll star est, depuis l’origine, depuis Elvis, organiquement taillée pour irradier sur grand écran. De Iggy Pop à Alice Cooper, la tradition des rockers-acteurs constitue d’ailleurs l’un des sous-continents les plus réjouissants et déviants de l’histoire du cinéma. Dans Confession d’un enfant du siècle, où il interprète l’alter-ego d’Alfred de Musset, Pete Doherty, fan revendiqué de littérature française (Baudelaire, Genêt, Huysmans), choisit un rôle-miroir, comme d’autres avant lui : Mick Jagger dans Performance (une rock star parano, ultra-sexuée et sous influence) ou David Bowie dans L’Homme qui venait d’ailleurs (un alien aux cheveux oranges parachuté sur la planète Terre). « Le film est clairement un documentaire sur moi », nous confirmait hier Pete après la projection.
Oui, de toute façon, il n’a pas eu à se forcer
Dans Confession d’un enfant du siècle, Doherty déambule exactement comme dans un clip des Libertines (ou l’idée qu’on s’en fait) : un jeune homme aux cheveux gras et au teint pâlichon, qui arpente les chemins boueux d’une campagne automnale, sapé en redingote et haut de forme, réfléchissant à l’absolu et l’amour fou tout en se disant qu’il ferait peut-être mieux d’aller s’en jeter un avec les copains restés à Paris. Bref, tout ça pour dire que le bonhomme n’a pas eu besoin de changer de garde-robe ou de régime alimentaire pour les besoins du film. Pete ? « Pour tourner les scènes de débauche et de repas, ils mettaient une sorte de grenadine infâme dans les verres des comédiens. Mais moi, si je dois jouer un type bourré, j’exige du vrai vin ! »
Non, le film ne sait pas quoi faire de lui
Avant la projo du film, certains fantasmaient un Marie-Antoinette bis, une variation rock et branchouille sur les chemises à jabot et le fameux « mal du siècle » théorisé par Musset. C’est sûr que le casting über-hype (autour de Doherty : Charlotte Gainsbourg, Lily Cole, Guillaume Gallienne, et Sébastien Tellier à la BO) pouvait prêter à confusion. Mais Sylvie Verheyde livre en fait une romance neurasthénique, très éloignée de l’ardent brasier romantique attendu, et finalement plus proche d’un ersatz de clip de Mylène Farmer (des Libertines à « Je-je suis libertine », c’est raccord). Doherty, dégaine parfaite, cinégénie immédiate, a d’ailleurs l’air de s’y emmerder autant que nous.
Frédéric Foubert
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