Oprah Winfrey : « Ce n’est pas la couleur de la peau qui détermine l’esprit de l’œuvre »

09/09/2013 - 14h09
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La reine de la télévision américaine revient au cinéma pour incarner la femme du Majordome de Lee Daniels. Rencontre.

Qu’est-ce qui vous a convaincue de revenir au cinéma après si longtemps ?
C’était de pouvoir raconter cette histoire, l’histoire des droits civiques, dans le contexte d’une histoire d’amour et de famille qui permettait de la rendre accessible à une nouvelle génération. Et j’aimais aussi qu’on puisse montrer que la famille Africaine américaine a les mêmes amours, les mêmes chagrins, les mêmes victoires ou les mêmes blessures que n’importe quelle famille américaine.


C’était difficile ?
Oui. C’était comme reprendre un instrument de musique après des années d’arrêt. J’ai un métier très accaparant (il y a deux éditions de l’Oprah show par jour) qui m’a contrainte à mettre ma carrière d’actrice de côté. Mon dernier film c’était Beloved (de Jonathan Demme, ndr) pour lequel j’avais travaillé 10 ans, et qui n’a pas trop bien marché, raison pour laquelle j’avais aussi été un peu mise à l’écart. Le Majordome c’était différent, je ne le faisais pas seulement pour moi mais pour un public national et international. Pour me remettre à niveau, j’ai pris une coach, Susan Batson, qui a travaillé avec Tom Cruise et préparé Nicole Kidman pour The Hours ou plus récemment le film sur Grace Kelly. Après quelques sessions avec elle, j’ai repris confiance en moi et je me suis rendue compte que je serai à la hauteur et que je pourrai de nouveau jouer de cet instrument.


Ca a aidé de connaître Lee Daniels ?
Oui, j’ai aussi accepté parce que c’était Lee. Il est stimulant, intense, mais il a aussi ce que j’appelle le secret de la vérité : il ne laissera rien passer, pas un souffle qui sonnerait faux. Un jour, il m’a appelée pour que je me regarde sur le moniteur : mon personnage est penchée et elle soupire. Il voulait que je laisse tomber le soupir. Il traque la surdramatisation, il cherche toujours à rendre la scène la plus naturelle possible. Dans une séquence festive où on joue aux cartes, il a mis un perroquet dans la pièce. C’était juste un élément qui permettait de réagir plus spontanément : lorsque le perroquet se manifestait, Lenny Kravitz devait réagir, en parlant au perroquet ou en faisant un commentaire. Lee sait créer ce genre d’espaces, dans lesquels la vie arrive sans qu’on ait besoin de l’inventer. Et il cherche à ce que les personnages entrent dans ce flux.


Steven Spielberg, avec qui vous avez travaillé sur La Couleur pourpre, a traité plusieurs fois de l’esclavage. Pensez-vous que ça fait une différence d’être un cinéaste noir ou blanc ?
Lorsqu’on traite d’un sujet, l’important est de le connaître suffisamment bien pour faire émerger une vérité à l’écran. Chaque réalisateur a son propre style, et ce n’est pas la couleur de la peau qui détermine l’esprit de l’œuvre. Si Lee Daniels avait fait La Couleur pourpre, ç’aurait été un autre film, pas à cause de la couleur de sa peau, mais de la texture de son travail. Après bien sûr, lorsqu’un réalisateur noir traite d’un sujet historique qui l’a affecté, il réagit différemment de celui qui n’en a pas fait l’expérience. Je suis sûr que quand Spielberg a filmé La liste de Schindler, en tant que juif, il l’a fait différemment de ce qu’un Italien aurait fait. Mais l’essence de chaque œuvre réside dans son humanité, et l’humanité n’a rien à voir avec la couleur de la peau.


Que pensez-vous de cette nouvelle vague de cinéastes noirs ?
Je trouve ça très excitant. Lorsque je tournais La Couleur pourpre, des Noirs américains ont protesté parce qu’ils ne voulaient pas qu’on raconte cette histoire. Ils pensaient que le personnage de Mister donnerait une mauvaise image de l’homme noir. Mais c'était pourtant la vérité, une vérité parmi d’autres. Ce qu’il y a d’excitant avec cette abondance de films noirs, c’est qu’ils vont permettre d’explorer toutes sortes d’histoires, toutes nos facettes. Nous sommes tous différents, même si nous avons tous le même besoin d’aimer et d’être aimés. C’est sans doute l’élément commun à toutes les histoires.


Quelle différence voyez-vous entre Lee Daniels et Spike Lee ?
Ils sont tous les deux des cinéastes noirs, et font tous les deux des choix forts. Mais je ne chercherai pas à creuser cette question. C’est la même chose que d’essayer de comparer Scorsese et Spielberg.

Interview Gérard Delorme

Le Majordome de Lee Daniels sort dans les salles le 11 septembre

 

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COMMENTAIRES
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“Au service de sept présidents, il a traversé trente ans d’histoire”. Voici le slogan policé placardé sur l’affiche de sortie du film “Le Majordome”, en tout cas en France. Car, une fois n’est pas coutume, les affiches de teasing américaines sont bien plus engagées (et aussi plus réussies selon moi). Pour lire la critique de l'affiche du Majordome, c'est par ici http://www.lecritiquedepub.com/majordome/
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Anonyme | le 10/09/2013 à 11h31 | Signaler un abus
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