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Entre road-movie et drame social, Notre enfant dresse le portrait d’une Argentine fracturée, à travers le parcours d’une nantie cherchant à adopter un bébé.

Au volant de sa voiture, Malena, médecin, quitte Buenos Aires et engloutit 800km pour aller chercher le bébé qu’elle doit adopter. Elle arrive dans une petite ville pauvre et dépeuplée, tapissée d’une terre rouge que la chaleur fait vibrer. Voilà pour le décor oppressant où elle va subir pendant quelques jours un parcours du combattant. Cette manière de circonscrire étroitement son héroïne permet au réalisateur argentin Diego Lerman (Refugiado) de la plonger très profondément dans les abysses d’une procédure d’adoption kafkaïenne. Une chute verticale vers l’aberration, emboutie par l’entêtement inversement proportionnel de Malena, prête à tout pour devenir mère. C’est la confrontation de ces deux bulldozers qui rend le récit haletant. Face à la détermination de Malena, une procédure d’adoption ahurissante. Le film décrit avec minutie l’illégalité qui préside à la démarche. Ou quand le désir d’enfant d’une bourgeoise devient prétexte à magouilles pour une batterie d’avocats, médecins, infirmières qui conspirent pour extorquer la riche au profit de la mère biologique pauvre, forcément pauvre. Ainsi exposée, avec pour enjeu un nourrisson, la violence des inégalités sociales est criante. Malin, Lerman fait affleurer le thriller, comme avec ce vol de sauterelles terrifiant, hitchcockien, qui fait bondir. Barbara Lennie, découverte dans La nina de Fuego, personnifie l’aveuglement, quant Yanina Avila, formidable actrice non-professionnelle qui campe la mère porteuse, prend en charge l’infortune.

Prochainement au Cinéma