Non, American Sniper n'est pas un film de propagande réac

American Sniper

Le plus gros succès de Clint Eastwood au box-office revient ce soir sur TF1.

A l'occasion de sa diffusion sur la première chaîne à partir de 21h, nous réactualisation notre critique d'American Sniper, publiée une première fois en janvier 2015.

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Dans une discussion suivant la présentation de son film American Sniper, le 8 décembre 2014, Clint Eastwood affirmait sans ambiguïté son opposition à la guerre en Irak, évoquant "l’arrogance de vouloir entrer en guerre sans même se poser la question de sa justification, ni des conséquences tragiques qu’elle aurait pour tant de monde". Il rappelait qu’il avait grandi pendant la Seconde Guerre Mondiale, dans l’espoir qu’elle "finirait toutes les guerres". Mais après, il y a eu la Corée, le Vietnam, l’Irak, l’Afghanistan. A ce propos, le cinéaste s’étonnait que personne parmi les responsables militaires n’ait pris la peine de se documenter, comme il l’aurait fait pour un film ("est-ce qu’on peut filmer là-bas ?"). Au moins, cette mise au point devrait lever les doutes, si ils subsistent encore, sur American Sniper qui raconte l’histoire de Chris Kyle, le tireur d’élite le plus "efficace" de l’historie de l’armée américaine. A la fin de son quatrième séjour en Irak, son total de tués s’élevait à 160. Le film détaille la fabrication d’une légende, mais il montre aussi le prix du sang.

Son succès foudroyant aux Etats-Unis ne s’explique pas seulement parce qu’il tombe à un moment où les frictions entre l’Occident et le monde musulman sont plus fortes que jamais. En évitant de prendre parti comme le voudrait la logique binaire et simpliste qui oppose la gauche et la droite, Eastwood propose une autre vision plus large et plus complexe. Du coup, il rassemble plutôt qu’il ne divise. Même les divisions jouent en sa faveur en alimentant la polémique. Pour les militaires, Kyle est une légende, pour les conservateurs, il est un héros, mais pour les libéraux, il est victime d’un système que le film démonte, et chacun y trouve son compte.

Le sujet, inspiré de l’autobiographie de Kyle, était une patate chaude que se sont repassé David O. Russell et Steven Spielberg, avant que Clint ne s’en empare. Alors que le livre révèle un personnage douteux aux opinions discutables, Eastwood a décidé de simplifier (si possible) le personnage en ne montrant que les mécanismes qui l’ont déterminé. Son père lui expliquait que le monde ne pouvait se diviser en deux (les loups d’un côté et les agneaux de l’autre). Il y avait aussi les chiens de berger, chargés de protéger les agneaux contre les loups. De son enfance à Odessa (Texas) aux toits de Falloujah, Kyle s’est toujours senti une vocation de protéger ses contemporains au mieux de ses capacités. Et lorsque New York est touché le 11 septembre, il est persuadé qu’il défend son pays en s’engageant en Irak.

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La légende en question
Si Bradley Cooper incarne un personnage suffisamment "héroïque" pour susciter l’approbation des conservateurs (et inciter par contrecoup Michael Moore à simuler l’indignation), la guerre que décrit Eastwood ne risque pas d’éveiller des vocations. Avec une énergie encore étonnante, le vieux Clint met en scène un environnement géographique et humain incroyablement hostile. La tension qui en résulte ne manque pas d’impacter Kyle, même s'il ne s'en rend pas compte. Son effritement est visible à de multiples reprises. Sur le terrain, il doute. Chez lui, il perçoit sa famille comme un obstacle à son retour en Irak (pas tellement par addiction, comme Jeremy Renner dans Démineurs, mais pour finir le boulot). Il est ébranlé, même s’il ne comprend pas, lorsque son frère lui signifie qu’ils n’ont rien à faire en Irak. Même incrédulité  lorsque le psy lui suggère qu’il souffre probablement de trouble de stress post-traumatique.

Loin de décrire une légende, Eastwood en donne son interprétation en faisant de Kyle quelqu’un de mal à l’aise avec cette notion. La réalité était peut-être plus complexe, comme le suggère l’autobiographie polémique de Kyle, qui ajoute aux faits avérés une quantité d’informations douteuses (encore récemment, sa famille a perdu un procès en diffamation). Comme si, devenu addict à sa propre légende, il avait cherché à l’alimenter en s’inventant des exploits invérifiables. Il est mort sur un champ de tir, tué pour des raisons obscures par un vétéran souffrant de TSPT. Les détracteurs du film lui reprochent surtout les dernières images, manifestations d’une Amérique profonde qui a sorti les drapeaux pour célébrer celui qu’ils considèrent comme un héros. Ce sont des images d’archives, donc des images vraies, qui sanctionnent la légende. Encore un paradoxe.

Gérard Delorme

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Bande-annonce d'American Sniper :

 

 

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