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"Je ne prétends pas raconter la réalité, je ne suis ni un journaliste ni un historien. Je suis un cinéaste"

Précédé d'une réputation sulfureuse essentiellement liée à son scénario, Nocturama de Bertrand Bonello débarquera dans les salles françaises à la fin du mois d'août. Au grand étonnement d'une bonne partie de la presse française, le dernier bébé du réalisateur de L'Apollonide et de Saint Laurent n'a pas été sélectionné au Festival de Cannes. Bonello est notamment revenu sur la question dans un entretien accordé au journal italien Il Manifesto, traduit par le site Café des images. Rappelons que Nocturama raconte comment une poignée de jeunes, issus de milieux différents, se rassemble le soir venu pour faire exploser des lieux symboliques de Paris.

"Nocturama est un projet sur lequel je travaille depuis six ans, ce qui veut dire que j’ai commencé à y réfléchir bien avant que le terrorisme soit à nouveau d’actualité sur le sol français", explique Bertrand Bonello. "Mais il est évident que les attentats de Charlie Hebdo du 7 janvier ainsi que la tuerie au Bataclan du 13 novembre auront une grande influence sur la réception du film, sur le regard qui sera porté sur lui". Sur son absence à Cannes, le réalisateur prétend que Thierry Fremaux "a menti" en assurant ne pas avoir vu le film.

Privé de Cannes, Nocturama de Bonello s’offre une date de sortie et une affiche

"J’ai voulu traiter seulement le 'comment' et non le 'pourquoi' "

"C'est évident qu'il l'a vu. Mais je ne crois pas qu'il s'agisse de malveillance. Il ne s’attendait pas à ce qu’on lui pose la question et il n’avait pas envie de parler du film, comme s’il s’agissait d’un objet qu’il vaudrait mieux ne pas approcher". Quant à Edouard Waintrop de La Quinzaine des réalisateurs - qui a eu des problèmes avec le contenu politique de Nocturama -, "c’est différent. Il a assumé avec honnêteté un choix qui doit être respecté… même si l’argument laisse perplexe. Que signifie ne pas être en accord d’un point de vue politique ? J’ai l’impression que tout le monde veut tout simplement se tenir à distance du film".

Bonello ne comprend "pas à qui Nocturama fait peur" mais analyse dans l'entretien ce qui peut poser problème avec son long-métrage. Des groupes de personnes qui posent des bombes dans Paris, une ville "terrorisée", ainsi qu'un point de vue unique, totalement centré sur le groupe de jeunes. "J’ai voulu traiter seulement le 'comment' et non le 'pourquoi' ", résume-t-il. "Je voulais rassembler un groupe socialement hétérogène qui ne soit pas représentatif d’un milieu ou d’une catégorie : la périphérie, l’Islam, la gauche révolutionnaire, la bourgeoisie illuminée… Je voulais m’attacher à un groupe dont la seule unité résidait dans la rage. Et la rage peut avoir mille raisons, et mille rages différentes peuvent se rencontrer et faire un bout de chemin ensemble. Il s’agit d’un postulat utopique ou, si tu veux, d’un parti-pris de la fiction".

Et de répéter qu'il travaillait sur le projet des années avant que le terrorisme ne fasse son sinistre retour en France : "L’attentat à Charlie Hebdo a coïncidé avec la fin du financement du film (...) Avec le producteur, nous nous sommes posés la question s’il fallait remanier le scénario mais nous avons vite compris que nous nous serions trompés (...)La fiction a ses règles de la même manière que la réalité a les siennes. Je ne prétends pas raconter la réalité, je ne suis ni un journaliste ni un historien. Je suis un cinéaste. Être un cinéaste signifie avoir des intuitions et leur donner une forme à travers la fiction".

Enfin Bertrand Bonello se dit "plutôt satisfait du résultat de la scène" où la statue de Jeanne d'Arc est brûlée, comme le montre la bande-annonce de Nocturama. Tout un symbole.