Moonrise Kingdom : Wes Anderson a-t-il son compte ?

16/05/2012 - 15h05
  • Partager sur :
  • 4
Moonrise Kingdom : Wes Anderson a-t-il son compte ?©

Wes Anderson ouvre ce soir les portes de Cannes 2012 avec Moonrise Kingdom, récit initiatique qui suit deux ados fugueurs pourchassés par la communauté. Le cinéaste indé new-yorkais y compile tout son cinéma : mélancolie dépressive, maniérisme chic et sweet, pastel 60’s et famille dysfonctionnelle... Pour certains, c’est l’art de Wes porté à son sommet. Pour d’autres, c’est le film de trop : Wes tourne en rond et a définitivement perdu son mojo.

Alors Wes est-il à sec ? On fait le point.

Oui il se contente de recycler son cinéma

Dès les premiers plans, on sent que c’est perdu. Que quelque chose s’est brisé. Emmené par le Young Person’s Guide to the Orchestra de Benjamin Britten, Moonrise Kingdom s’ouvre sur une scène d’intro cadenassée, étouffante, une déambulation dans une maison de poupées où le cinéma de Wes Anderson se met à tourner en rond (littéralement), et où tout ce qui menaçait depuis l’origine son petit monde – la surstylisation en vase clos, la muséification autiste – éclate au grand jour. Soudain, l’air ne circule plus entre les plans composés au cordeau du dandy texan. Quoi qu’on pense de ses deux précédents films, A bord du Darjeeling Limited et Fantastic Mr. Fox, ils avaient le mérite de faire voir du pays aux obsessions maniéristes de leur auteur, à la faveur d’un déplacement géographique (l’Inde sous influence renoirienne de Darjeeling) ou esthétique (l’animation en stop motion de Mr. Fox). Ici, Anderson démissionne, se replie sur son pré carré, et livre, dix ans après, ni plus ni moins qu’un remake délavé de La Famille Tenenbaum : tout y est, des 33 tours pop écoutés en cachette sous une tente à la trame salingerienne du récit. C’est moche à dire, mais il arrive ces jours-ci à l’ami Wes la même chose qu’à Burton au tournant des années 90-2000 : ce moment terrible où un cinéaste, tyrannisé par ce qu’il croit qu’on attend de lui, n’a plus d’autre choix que de se retrancher à l’intérieur de son propre musée. On lui souhaite de rapidement trouver la clé pour s’en échapper.

Fredéric Foubert
 
Non, c’est quasiment une renaissance artistique

Il est de bon ton de vouloir brûler ceux qu’on a adorés. Wes Anderson fait partie de ces cinéastes faciles à allumer parce que leur univers singulier, reconnaissable entre mille, est tôt ou tard gagné par une forme d’usure et de répétition – cf Tim Burton. Après A bord du Darjeeling Limited, qui marquait pour le coup une petite baisse de régime, Anderson a ré-enchanté son cinéma avec Fantastic Mr. Fox, merveille de poésie minimaliste où il injectait un élément nouveau : le discours social. Moonrise Kingdom bénéficie à fond de cette expérience dans l’animation, essentiellement sur le plan visuel. C’est sans doute son film live le plus beau, un conte rétro éminemment graphique où l’usage scientifique du travelling, combinée à une direction artistique infaillible, se transforme en outil narratif puissant qui rend les dialogues inutiles – ils sont d’ailleurs principalement réduits à une fonction informative. Le manque d’incarnation des personnages (assimilables à des poupées animées) ? Il s’inscrit dans le projet d’Anderson qui parvient à faire naître l’émotion par la seule force de sa mise en scène. Moonrise Kingdom est un film d’esthète, un hommage revendiqué à la peinture (Norman Rockwell, les impressionnistes) qui approche l’abstraction. Tati n’est plus très loin. A quand le film purement sonore ?

Christophe Narbonne

Voir aussi : l'interview exclusive avec Wes Anderson

Suivez toute l'actu cannoise sur notre dossier spécial avec Orange Cineday

En savoir plus
Le Festival de Cannes 2012
Moonrise Kingdom
  • La fiche film de Moonrise Kingdom
  • Toutes les news de Moonrise Kingdom
  • OK
COMMENTAIRES
Connectez-vous en cliquant ici pour laisser un commentaire en utilisant votre pseudo. Si vous ne vous loguez pas, votre commentaire n'apparaîtra qu'en ANONYME.
D'accord avec Christophe Narbonne. Pour moi c'est une magnifique ôde à ces aventures d'enfants qu'on aurait tous aimer vivre. Même s'il est vrai que des les premières images, j'ai eu la peur au ventre d'être déçue, de trop avoir vu ce qu'on voit.. mais sitôt j'en ai oublié cette pensée honteuse, eu l'impression d'avoir douze ans. J'ai été émue simplement par ce plan du gamin sur le canoé, avec son équipement de scout, qui rame dans cette grande forêt parce qu'il est amoureux pour la première fois.. En plus, les deux jeunes acteurs sont si pleins de spontanéité ! Et quand avait on vu un Bruce Willis comme ça ? Mon seul regret a été de quitter la salle après ce superbe générique. J'ai vingt ans, j'ai l'âge d'aimer les choses, je râlerai plus tard, mais j'éspère pas contre Wes Anderson.. Parfois c'est juste dommage de vouloir à tout pris jeter à la poubelle les films parce que le réalisateur en fait trop. Au cinéma, et surtout dans celui de Wes Anderson, trop, c'est souvent magnifique.
  • 3
  • 0
Anonyme | le 18/05/2012 à 00h58 | Signaler un abus
Votre réponse...
J"ai 62 ans et j'ai adoré. Mélange de nostalgie et de bonheur.... bande son exceptionnelle
  • 2
  • 0
Anonyme | le 18/05/2012 à 08h26 | Signaler un abus
Votre réponse...
tout simplement génial
  • 1
  • 0
Anonyme | le 16/05/2012 à 22h34 | Signaler un abus
Votre réponse...
Hâte
  • 0
  • 0
Anonyme | le 16/05/2012 à 15h33 | Signaler un abus
Votre réponse...

Dernières news sur Le Festival de Cannes 2012

Cannes live !
  • Les phrases cultes de Brad Pitt 03/12/2012 - 17h17 4
  • Shootings cannois : les making-of 09/06/2012 - 09h48
  • Norman rate le casting de Drive 04/06/2012 - 18h05 7
  • Marion Cotillard au Festival de Cannes 2012 Marion Cotillard est VOTRE gagnante 29/05/2012 - 16h00 1
  • Mikkelsen revient sur sa perf' 29/05/2012 - 12h25 1
> Tout le Festival de Cannes
Les plus recommandés !