Visuel Dilili à Paris
Mars Film

Dilili à Paris, son nouveau long métrage, fait l’ouverture du Festival d’Annecy. Michel Ocelot a bien voulu nous en parler.

Il aura donc fallu attendre douze ans pour voir un long métrage inédit de Michel Ocelot -Les Contes de la nuit et Kirikou et les Hommes et les Femmes étaient des compilations de courts. Douze ans pour égaler, peut-être, la splendeur d’Azur et Asmar. Dans Dilili à Paris, le réalisateur de Kirikou et la Sorcière met en scène une enfant kanake qui enquête sur des disparitions mystérieuses dans le Paris de la Belle Époque. Les premières images laissent présager du meilleur.

 

Comment est née cette Dilili ?

J’ai d’abord voulu situer l’action à Paris, à la Belle Epoque. Puis, je me suis rendu compte que les gens étaient blanchâtres dans ce temps-là. Allais-je faire un film où il n’y aurait que des blanchâtres ? (rires) J’aurais été déçu ainsi qu’une partie de mon public. Il fallait de la couleur qu’apporte Dilili, une fillette métisse qui s’échappe d’un des villages indigènes reconstitués à l’époque dans les parcs publics. Elle comprend et parle le français car j’ai découvert que l’anarchiste Louise Michel, déportée en Nouvelle Calédonie, avait appris, sur place, à lire et à écrire aux enfants. Dilili peut ainsi mener l’enquête sur des enlèvements de petites filles.

C’est un film sur la condition féminine ?

Partout, et de tout temps, des hommes se sont mal conduits avec les femmes. Cela tue plus que les guerres. C’est quotidien et, parfois, quand on ne meurt pas, c’est pire. C’est une chose importante que je voulais aborder. En contrepoint, je souhaitais aussi évoquer les bienfaits de la civilisation occidentale, en particulier à Paris, à une époque particulièrement ouverte et créatrice, avec des hommes et des femmes vivant en harmonie.

Festival d'Annecy 2018 : le programme complet

J’imagine que cette période-là, où s’épanouissent notamment l’Art Nouveau et les élégantes toilettes des femmes, s’accordaient parfaitement à votre univers ?

C’était bien de montrer ce courant artistique qui a duré très peu de temps et qui était novateur. J’ai beaucoup aimé jouer avec les couleurs et les matières.

Comment cela se traduit-il visuellement ?

Comme la ville de Paris est belle, je ne l’ai pas refaite, je l’ai photographiée. Les personnages sont animés dans des décors en vues réelles. Tout ce que l’on voit existe.

Que représente le Festival d’Annecy pour vous ?

Annecy est un lieu sacré pour moi même si, depuis vingt ans, je n’ai pas eu l’occasion d’y passer une semaine complète. Je m’en réjouis d’avance cette année.

Le Festival rend hommage cette année à votre ami Isao Takahata. Un mot sur ce grand de l’animation ?

C’est un rêve pour moi d’avoir pu collaborer avec un tel maître -Takahata a adapté en japonais les films d’Ocelot, ndlr. Nous nous voyions dès qu’il venait en France, qu’il adorait. Nous parlions essentiellement de la vie… Ses films sont tous discrets et on n’en perçoit pas l’audace tout de suite. Je pense qu’il durera autant que son génial camarade, Miyazaki.