The Jokers

Mads Mikkelsen a tout joué ou presque. Dans Arctic, il se mue en Robinson Crusoé moderne défiant la nature pour sa survie. L'occasion de revenir avec lui sur l'anatomie de son jeu hors-norme.

Ce qui est marquant dans votre jeu, c'est la manière dont vous vous servez de votre corps comme d'un outil. A quel moment avez-vous compris que ce serait un atout ?

Mads Mikkelsen : J'en ai pris conscience lorsque les gens autour de moi ont commencé à m'en parler. Ça n'a jamais été calculé, je m'adapte juste au personnage. Aujourd'hui, c'est une partie de moi que je ne peux plus ignorer même si j'essaie de ne pas y penser outre-mesure. Ça m’empêcherait d'avancer.

En 2015 vous vous faites torturer par Rihanna dans un clip et on vous retrouvera prochainement en motion capture dans un jeu vidéo. Est-ce que vous abordez ces performances de la même manière qu'un rôle classique ?

Non, surtout pour le jeu vidéo sur lequel j'ai travaillé avec Hideo Kojima (créateur de Metal Gear Solid, ndlr). Mon passé de danseur a été bénéfique pour rentrer dans ce personnage. J'ai fait dix ans de ballet avant d'être acteur et cette expérience m'a permis de trouver les mouvements adéquats. C'est un exercice différent du cinéma même si au final on injecte des émotions pour donner de la vie.

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Il y a des similitudes entre Le guerrier silencieux et Arctic : ce sont des survivals en territoire hostile, votre composition est très intérieure et vous en prenez plein la gueule.

Je vois où vous voulez en venir... Physiquement, les deux rôles sont très opposés. Mais les personnages se rejoignent dans leur solitude. One-Eye, le guerrier, est complètement muet. Il ne parle jamais. Le personnage d'Artic, lui, parle mais sa situation de détresse et son isolement font qu'il reste dans le monologue.

Lequel de ces deux rôles a été le plus compliqué à incarner ?

Artic, sans aucun doute. J'en ai vraiment bavé jusqu'à en perdre plusieurs kilos. On a tourné en Islande dans un environnement brutal et très changeant. Mais d'un autre côté c'était aussi un compagnon de route qui m'a aidé dans ma composition. Je n'avais pas besoin de jouer que je mourais de froid : je mourais littéralement de froid !

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Pour moi, c'est une parfaite synthèse de votre style. D'un côté il y a ce côté physique et instinctif. De l'autre, vous intériorisez toutes vos émotions dans un carcan monolithique.

Oui c'est vrai, il essaye de contrôler la situation mais il est totalement brisé physiquement et émotionnellement, fatigué de se battre contre une nature plus forte que lui. Les conditions de tournage ont augmenté ma fatigue, j'ai refoulé toutes mes émotions au plus profond. C'est ça aussi qui créé la surprise chez le spectateur : en remontant à la surface elles leur explosent au visage.

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