Lily-Rose Depp L'Homme fidèle
Ad Vitam/Shanna Besson

Révélée en 2016 avec Planetarium et La danseuse, cette enfant de la balle fait mieux que confirmer tous les espoirs placés en elle dans L’homme fidèle de Louis Garrel. Un marivaudage amoureux où sa cinégénie saisissante et son aisance à interpréter des dialogues finement ciselés par Jean-Claude Carrière font merveille. En route vers le César ?

Au vu de votre ascendance, on a spontanément tendance à imaginer que devenir actrice fut quelque chose de naturel pour vous…

Lily-Rose Depp : Très jeune, il y a quelques films que je regardais littéralement en boucle. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai vu Le magicien d’Oz ou Autant en emporte le vent. Mais j’ai aussi eu une éducation de cinéma très européenne. Gamine, j’étais folle de Sissi impératrice, de Peau d’âne, des films de Louis de Funès… Pour autant, je n’ai jamais pensé sérieusement à devenir comédienne jusqu’à ce que je tourne ma première scène à 15 ans. Mais là encore ce fut un hasard. Il se trouve que mon amie d’enfance, Harley Quinn Smith, partageait une scène avec mon père dans Red tusk, que réalisait… son père Kevin (Clerks). L’idée de nous réunir toutes les deux fut donc comme un clin d’œil que je n’ai en tout cas pas vécu comme le premier pas de quelque chose de plus important. C’est vraiment en jouant que j’ai compris que ça me plaisait et que le désir de continuer a commencé à se développer. Car quand j’étais plus petite, comme beaucoup, je voulais suivant les jours devenir ballerine, mannequin, princesse, espionne… (rires)

Tout ce que le cinéma permet finalement…

Exactement ! Mais en fait, dans ma petite enfance, je voulais surtout être comme ma mère. Faire tout ce qu’elle faisait. Et je remercie Kevin Smith de m’avoir mis le pied à l’étrier. Puisqu’il m’a ensuite donné un rôle un peu plus important dans Yoga trosers. Avant que j’aie la chance d’enchaîner Planetarium et La danseuse, de me confronter ainsi très vite à des univers plus sérieux et de voir d’autres facettes du métier de comédien.

Jusqu’à cet Homme fidèle mis en scène par Louis Garrel, votre partenaire justement dans Planetarium

Louis m’a proposé directement le rôle. Et là encore c’est vraiment une chance car les essais me font toujours flipper. (rires) Il m’a appelé pour me dire qu’il voulait me faire lire quelque chose et m’a donc confié à notre rendez- vous le scénario de L’homme fidèle. En rentrant chez moi, je l’ai dévoré et évidemment eu envie de faire partie de son film

Qu’est-ce qui vous a séduit plus précisément ?

J’avais déjà énormément aimé son premier film Les deux amis. Mais c’était surtout un immense privilège pour moi de pouvoir jouer un scénario de Jean-Claude Carrière. Le mélange entre son écriture et celle de Louis donne naissance à un récit dont l’originalité – sur un thème a priori classique –saute aux yeux dès les premières pages. Les situations rencontrées par les différents personnages sont totalement réalistes mais ce qu’ils disent dans ces situations-là paraît invraisemblable. Il existe vraiment peu de rôles aussi intrigants et complexes pour une jeune fille de mon âge.

Comment avez-vous construit ce personnage d’Eve, amoureuse depuis sa plus tendre enfance d’Abel, campé par Louis Garrel ?

Dès la première lecture, j’avais repéré qu’il pourrait être facile de la considérer juste comme folle. Or il fallait à tout prix que j’évite cet écueil car sinon, personne ne comprendrait pourquoi Abel allait pouvoir aussi à ce point s’enticher d’elle. Mais il se trouve que moi aussi j’ai été une fille de 12- 13 ans qui n’avait qu’une envie : devenir femme. Et j’ai donc tout mis en oeuvre pour que le spectateur comprenne aussi bien Eve que je la comprenais. Eve n’a rien d’une obsessionnelle. C’est juste une jeune femme amoureuse de ce qu’elle considère - du haut de son inexpérience - comme son idéal masculin. Amoureuse au point d’aller en effet dire – sans élever la voix – à Marianne, la compagne d’Abel, de lui donner son mec sans quoi ce sera la guerre entre elles. Or, à ses yeux, Marianne représente la femme idéale à qui elle n’en veut que parce qu’elle possède ce qu’elle désire le plus au monde. Donc quand elle vient lui faire ainsi face, c’est avec énormément de respect et d’admiration et sans la moindre once d’agressivité ou de manipulation. Ce qu’elle dit vient spontanément du coeur. Mon travail consistait à jouer cette situation improbable avec le plus grand naturel possible.

Comment y parvient-on ?

Grâce aux nombreuses lectures et répétitions en amont. Car un tournage en pellicule sur une durée de seulement 4 semaines réduit drastiquement le droit à l’erreur. Connaître son personnage, en trouver l’humanité et assimiler le rythme soutenu du récit était essentiel avant de se lancer

Avez-vous été d’emblée à l’aise avec ces dialogues extrêmement littéraires, au sens le plus noble du terme ?

Je voulais rendre hommage à ces dialogues et aux sensations finalement très proches de chacun de nous que ce scénario déploie. Fille comme garçon, on a tous ressenti à un moment ce sentiment d’être trop petite ou petit pour atteindre un fantasme rendu inaccessible. Cette idée que l’amour est réservé aux adultes et qu’il faut donc patienter à un moment où on veut à l’inverse tout, tout de suite. Il fallait que je hisse mon jeu à la hauteur des mots imaginés par Jean-Claude et Louis. En ayant conscience que toute maladresse de ma part aurait abîmé leur travail.

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