L'histoire secrète de Die Hard : et si 58 minutes pour vivre était un bon film ?

Die Hard 2

Die Hard 2 revient ce soir sur C8. L'occasion de replonger dans son "histoire secrète".

Les épisodes précédents :

L'histoire secrète de Die Hard : les racines de la saga

L'histoire secrète de Die Hard : Piège de Cristal

Septembre 1988 : auréolé de son succès au box-office américain, Piège de Cristal sort sur les écrans français. Mais malgré une campagne publicitaire calquée sur les US, le film est un échec au box office. C'est que Bruce Willis est alors encore un quasi-inconnu dans notre pays, la série qui l'a révélé, Clair de Lune, jugée trop "edgy", étant alors programmée depuis moins d'un an sur M6... après 22H30. Considéré aujourd'hui dans le monde entier comme un film-charnière de l'histoire du cinéma d'action, Piège de Cristal va cumuler péniblement 655 545 entrées au terme de sa carrière en salles en France (pour comparaison, Rambo III, sorti le mois suivant et généralement considéré comme un ratage, finira son exploitation à 1 989 064 entrées !).

Suite secrète

Pendant que les Français avancent à reculons, les Américains eux sont déjà dans le futur. Alors que Piège de Cristal / Die Hard en est seulement à sa troisième semaine d'exploitation en salles aux Etats-Unis, le producteur associé de Joel Silver, Lawrence Gordon, embauche le scénariste alors débutant Doug Richardson pour écrire "officieusement" Die Hard 2. "Officiellement, j'ai été signé par Lawrence Gordon pour adapter le livre 58 minutes de Walter Wager", nous confie Doug Richardson. "Lawrence Gordon était très malin. Il se doutait, au vu du succès initial du film, que le studio allait demander une suite. Il se doutait aussi que de nombreux scénaristes allaient se battre pour tenter d'avoir le contrat. Le studio allait avoir son avis là-dessus, et cela aurait entraîné une perte de temps, et des complications qu'il voulait éviter à tout prix. Alors il a récupéré les droits du livre, 58 minutes, dont il aimait l'idée de base, et m'a engagé. J'étais un scénariste alors débutant. Capable, mais sans aucun crédit, et mes exigences financières étaient donc raisonnables. C'est pourquoi j'ai eu le job !"

Fin renard, Lawrence Gordon réussit à convaincre la Fox de financer l'adaptation de 58 minutes, sans leur dire à aucun moment qu'il s'agit de la suite de Piège de Cristal : "Le studio aimait le concept du livre, donc ils ont été partants. Ils m'ont fait un contrat, que j'ai signé, pour adapter le livre, mais tout le long des discussions contractuelles, Larry (Gordon) me disait "c'est la suite de Die Hard. Fais en sorte que tout ce que nous aurons à changer au final soient les noms des personnages principaux". Les noms des méchants étaient les mêmes, seuls ceux de John et Holly McClane n’apparaissaient pas".

Contrairement à l'adaptation de Nothing Lasts Forever en Piège de Cristal, qui retenait de nombreuses scènes du livre, il restait très peu de 58 minutes dans le scénario final de Richardson. "Tout ce que nous avons gardé, c'est l'idée des terroristes contrôlant l'aéroport, et empêchant les avions de se poser".

Die Harder

Après plusieurs mois de travail, le président de la Fox, Joe Roth, convoque Lawrence Gordon pour lui apprendre qu'il veut une suite à Die Hard / Piège de Cristal. "Tiens, c'est amusant, leur répond Gordon, j'ai justement un scénario tout prêt !". "J'ai rendu mon scénario terminé, qui était désormais officiellement la suite de Die Hard, une semaine après que Joe Roth l'a demandé !", nous dit Doug Richardson. Enchanté à la lecture du script, le studio donne le feu vert au film... et il arrive à Doug Richardson la même chose qu'à Jeb Stuart sur le premier épisode : Joel Silver vire le scénariste pour le remplacer par Steven DeSouza ! Son principal apport : la notoriété momentanée de McClane (empruntée à Commando II, cf épisode précédent), ainsi que des scènes d'action encore plus démesurées. "Le pays fictif du Val Verde, qui est une invention de DeSouza (initialement dans Commando, puis Predator NLDR), curieusement, était déjà dans ma première version du scénario", nous confie Doug Richardson. "Je devais lui avoir emprunté. Esperanza, le nom du général joué par Franco Nero, était le nom de la grand-mère de ma femme de ménage ! La première partie du film suit vraiment fidèlement mon scénario original. Ensuite, quand McClane monte sur la snowmobile, le film se met à dévier de mon scénario, pour devenir presque trop Bondien et fantastique à mon goût. La scène du crash de l'avion rempli de voyageurs (dont DeSouza aime s'attribuer l'idée - NDLR) était déjà dans mon script original. La différence était qu'il s'agissait d'un jet privé, que les méchants envoyaient en collision avec un avion Fedex. C'était la même idée, mais sans autant de morts..."

 

Y a-t-il un contrôleur dans la tour ?

Doug Richardson découvre le film terminé en projection, où il réalise, à sa grande stupeur, que le nom du commandant de la tour de contrôle, Ed Trudeau, n'a pas été changé par les avocats du studio. "Or, j'avais basé ce personnage sur le vrai Ed Trudeau, chef de la tour de contrôle du JFK airport ! Dans le film, un avion s'écrase alors qu'il est en charge de la tour de contrôle. Le nom et le prénom, le physique, la fonction et l'accent du personnage sont les mêmes que le personnage réel, on montre qu'il ne contrôle pas la situation, et qu'il se retrouve responsable de centaines de morts. Il y avait un risque réel de poursuite en justice". Informé par Richardson de l'erreur juste avant la sortie du film, le vrai Trudeau hausse les épaules : "Est-ce que le film est bon ?". "Pas mal. Il va faire un carton au box office". "Eh bien c'est tout ce qui compte !"

Le charme discret de 58 minutes pour vivre

Sorti en salles aux USA en juillet 1990, et en France en octobre de la même année, 58 minutes pour vivre réussit l'exploit de dépasser Piège de Cristal au box office (en France, la VHS du premier ayant fait grandir la réputation de Bruce Willis, le second arrive presque au million d'entrées). Si le film pâtit de la comparaison avec l'original, ayant longtemps été regardé comme le "moins bon" Die Hard, il semble avec le temps prendre de la patine : la structure, proche de celle du premier, le côté post moderne "self-conscious" ("comment la même situation peut arriver au même gars deux fois ?!") introduit par Richardson et développé par DeSouza, le retour de personnages du premier film (Holly McClane, le reporter arriviste Richard Thornburg, le Sergeant Al Powell), les ralentis esthétiques de Renny Harlin empruntés à John Woo, la présence de Franco Nero, de Robert Patrick (futur T-1000 dans Terminator 2), l'ultra violence (le film fut censuré par le MPAA, mais une version workprint avec la violence intacte circule), et apparemment la présence de cheveux sur la tête de Bruce Willis (qui semble, bizarrement, être un critère de qualité pour les fans de la série) : tout participe à conférer à l'oeuvre un certain charme vintage, bienvenu à l'heure où le public se plaint que les divertissements deviennent trop formatés et édulcorés.

Et Doug Richardson dans cette histoire ? Embauché, puis viré, se faisant des sueurs froides à l'idée que le vrai Ed Trudeau attaque par sa faute la Fox en justice, sermonné par sa maman outrée par le langage grossier du film, il n'a même pas pu faire copain avec Bruce Willis. Mais les choses vont changer au prochain épisode de la saga Die Hard.

A suivre...

David Fakrikian

 

Prochain épisode, les multiples scénarios de Une Journée en Enfer, et toutes ses scènes coupées :

L'histoire secrete de Die Hard : Une journée en enfer

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