Les sorties ciné de la semaine du 3 février : Anomalisa, Chocolat, Steve Jobs...

Les sorties ciné de la semaine : Anomalisa, Chocolat, Steve Jobs...

Cette semaine au cinéma, Omar Sy fait le clown, Charlie Kaufman joue avec des marionettes et Danny Boyle filme "la suite de The Social Network".

Choix n°1 : Anomalisa de Charlie Kaufman et Duke Johnson avec les voix de David Thewlis, Jennifer Jason Leigh...

Synopsis : Michael Stone, mari, père et auteur respecté de «Comment puis-je vous aider à les aider ?" est un homme sclérosé par la banalité de sa vie. Lors d'un voyage d'affaires à Cincinnati, où il doit intervenir dans un congrès de professionnels des services clients, il séjourne à l'Hôtel Fregoli. Là-bas, il entrevoit la possibilité d’échapper à son désespoir quand il rencontre Lisa, mal dans sa peau et représentante des ventes des pâtisseries Akron, qui pourrait être ou pas l’amour de sa vie.

L'avis de Première : À l’origine, Anomalisa était un projet du compositeur Carter Burwell, qui avait organisé pour la scène un dispositif où des comédiens lisaient leur texte sur sa musique. Grâce à une série de coïncidences heureuses (le recours au crowdfunding pour financer son tournage, entre autres), Charlie Kaufman en a fait un long métrage en coréalisation avec l’animateur Duke Johnson, qui rêvait de travailler avec lui depuis Eternal Sunshine of the Spotless Mind. La réalisation, en animation image par image, est à ce point hors normes que l’existence même de ce film tient du miracle. Il y a tout lieu de s’en réjouir. Les premières scènes nous invitent à partager le point de vue d’un voyageur à l’accent britannique (la voix de David Thewlis), qui cache un profond malaise derrière une indifférence de façade. Autour de lui, qu’ils soient hommes ou femmes, tous les personnages parlent avec la même voix masculine (celle de Tom Noonan). Encore plus étrange, ils ont tous le même visage. Un indice (l’hôtel s’appelle le Fregoli) nous suggère que Stone souffre de ce que la psychiatrie appelle le syndrome de Fregoli, une forme de paranoïa dans laquelle le sujet imagine qu’une même personne le poursuit sous des apparences variées. La perspective de passer une nuit dans la peau d’un héros dépressif n’est pas précisément plaisante, jusqu’à ce que ce dernier rencontre une jeune femme à la voix différente (celle de Jennifer Jason Leigh), dont il tombe amoureux l’espace d’une nuit romantique et bouleversante. Kaufman poursuit l’exploration de ses thèmes familiers (la solitude, le besoin d’amour, l’attrait pour l’exception), mais cette fois, il a trouvé dans l’animation image par image une forme idéalement adaptée à son sujet. Elle lui a inspiré une série d’idées de cinéma géniales qui amplifient l’impact émotionnel de ce très étrange conte de fées pour adultes. 

Bande-annonce : 

 

Choix n°2 : Chocolat de Roschdy Zem avec Omar Sy, James Thierree...

Synopsis : Rafaël Padilla, dit le clown Chocolat, est né à Cuba en 1860. Il a été le premier artiste noir de la scène française. Avec le clown Footit, il a inventé de célèbre duo du clown blanc et de l'auguste noir. Personnage emblématique de son époque, coqueluche de Montmartre, il a inspiré Toulouse Lautrec et apparaît dans les premiers films des frères Lumières. Il a également été le premier artiste à apparaître dans des publicités. Chocolat est mort dans l'anonymat à Bordeaux en 1917. Ce film retrace l'histoire oubliée d'un homme hors du commun.

Librement adapté de l’oeuvre Chocolat clown nègre de  Gérard Noiriel

L'avis de Première : Qu’on imagine un croisement thématique entre Elephant Man de David Lynch et la Vénus noire d’Abdellatif Kechiche. On se fera alors une idée de l’ambition qui irrigue le quatrième film de Roschdy Zem, toujours intéressant lorsqu’il passe derrière la caméra. Il signe un conte cruel, humaniste et engagé, tiré d’une histoire vraie, que le scénario se charge de rendre tour à tour burlesque, dénonciatrice, poignante et désolée. Le racisme primaire dont il fait l’objet aiguillonne en même temps qu’il carbonise l’idéal et l’orgueil de son impressionnant héros. Le rôle permet à Omar Sy de confirmer la stature que lui avait sculptée Intouchables puis Samba, épicentre d’un récit mené avec une fluidité superbe, visuellement flatteur, mais d’une facture peut être un peu trop sage pour procurer l’inimitable frisson qui l’aurait hissé au niveau du grand spectacle attendu.

Bande-annonce : 

 

Choix n°3 : Steve Jobs de Danny Boyle avec Michael Fassbender, Kate Winslet...

Synopsis : Dans les coulisses, quelques instants avant le lancement de trois produits emblématiques ayant ponctué la carrière de Steve Jobs, du Macintosh en 1984 à l’iMac en 1998, le film nous entraîne dans les rouages de la révolution numérique pour dresser un portrait intime de l’homme de génie qui y a tenu une place centrale.

Adaptation du livre Steve Jobs de Walter Isaacson

L'avis de Première : Évacuons la question d’emblée, Steve Jobs est un film dont Danny Boyle a hérité après le retrait de David Fincher. Le cinéaste britannique célèbre le patron d’Apple comme une icône pop et le met en scène comme une rock star en coulisses avant un concert. De l’autre côté du rideau, ce sont des applaudissements, des tapements de pieds et l’excitation qui monte comme la marée. Steve Jobs, le film, est un concept qui n’illustre pas la naissance, la vie et la mort du génie californien, mais tente d’en saisir la nature complexe à travers trois séquences, chacune située avant la présentation de trois produits phares – des moments "révolutionnaires" qui ont ponctué nos trente dernières années. Un dispositif à la fois brillant et évident qui dialectise l’idée de mise en scène d’un ego, et de l’envers du décor, sans pratiquement nous faire quitter les coulisses. Cette structure, c’est l’œuvre d’Aaron Sorkin, un des plus grands scénaristes et dialoguistes américains, qui sait comme personne transcender l’homme en une pensée plus large que lui. The Social Network (réalisé par David Fincher et produit par le même Scott Rudin), c’était lui, et Steve Jobs fonctionne comme une variation sur le thème : le portrait analytique d’un génie aussi odieux que fascinant. Dans son pull à col roulé noir, Michael Fassbender, impérial, magnétique et envoûtant, est habité par un rôle qui est sans conteste son plus grand.

Bande-annonce : 

 

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