Les réalisateurs de Michael Jackson
Abaca

Né le 29 août 1958, Michael Jackson aurait dû fêter cette semaine ses 60 ans.

La rencontre tant attendue entre le roi de la pop et le cinéma a toujours échoué (The Wiz ? Moonwalker ? Yurk…). Mais à travers ses clips, Michael Jackson s’est construit un carnet de réalisateurs qui ferait rougir n’importe quelle star actuelle. 
Par François Grelet

Sidney Lumet
Quand et pourquoi ? Quand, c’est facile : en 1978. Pourquoi, c’est plus compliqué. Peut-être pour pouvoir fricoter avec Quincy Jones et mettre sa carrière solo sur orbite. Résultat, The Wiz !
Et c’est comment ? Probablement le pire film de Lumet, cette variation sur le même thème que le Magicien d’Oz, et adaptation kitchissime d’un succès de Broadway, reste, trente ans après, irregardable même par pur plaisir sadique. Dans le rôle de L’Epouvantail, Michael, quatre ans avant son explosion internationale, assure le show sans avoir à se forcer. Sa seule raison valable de figurer dans ce naufrage ? La présence au cast de son amour de toujours, la sublime Diana Ross. 

 

 

John Landis
Quand et pourquoi ? A deux reprises, d’abord pour dépuceler MTV et le vidéo clip à l’occasion de Thriller en 83, puis pour marquer de son empreinte le début des 90’s, avec le brûlot pop Black Or White, featuring Macaulay Culkin &  Bart Simpson et du beau morphing. Et c’est comment ? Deux classiques absolus de la télé. Ce que Landis a fait de mieux de toute sa carrière, à un Blues Brothers près. Deux traumas définitifs pour ceux qui ont grandi aux alentours de cette époque. L’intrusion définitive de la sous culture dans le mainstream. Un triomphe geek de l’ampleur de Star Wars, ni plus ni moins. 

Clip de Thriller :

 

Clip de Black or White

 

Francis Ford Coppola et George Lucas
Quand et pourquoi ? En 1986, le réal de Jack, le producteur d’Howard The Duck et Bambi décident de tourner un clip en 3D pour les parcs Disneyland. Ca s’appelle Captain Eo.
Et c’est comment ? Une pure production George Lucas du milieu des années 80. Soit un gros nanar surbudgétisé (30 millions de dollars les 17 minutes) et rigolo. Coppola, alors au bord de la banqueroute financière, vient faire acte de présence, profitant de la sympathique enveloppe tendue par son ex-petit protégé du Nouvel Hollywood, et filme n’importe comment, mais en 3D, cette fable FM qui rendit ivre de bonheur, à l’époque, plusieurs générations de mômes élevés aux Ewoks et au Coca. MJ, lui, accomplit ici son rêve ultime: figurer en tête d’affiche d’une attraction à Disneyland. Peu importe que ce soit nul, tout le monde est content.

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Martin Scorsese
Quand et pourquoi ? Septembre 87, Bad, premier single de l’album du même nom. Pour le Clip MJ s’offre un Marty, alors au creux de la vague, et lui refile un chèque en blanc.
Et c’est comment ? Looké comme le méchant d’un sous-Mad Max italien, Michael s’amuse à frauder dans le métro avec des copains breakdancers, sous l’oeil à moitié assoupi d’un Scorsese qui se contente lui de faire tournoyer sa caméra dans tous les sens. Etrangement, le clip marque son époque. Aujourd’hui, il fait doucement ricaner, et reste surtout symptomatique de la perte de créativité immédiate de Bambi après l’ouragan Thriller.

 

David Fincher
Quand et pourquoi ? Ete 92, Who Is It est le cinquième single issu du LP Dangerous. David Fincher est embauché pour tourner le clip.
Et c’est comment ? : Mieux que tout. Tourné pendant la période la plus bling-bling de la clipographie de MJ (des effets spéciaux, des guest stars, du cool et des pas de danse, partout, tout le temps), Who Is It pète à la tronche par son romantisme cradingue qui cite Hitchcock, Saul Bass et (donc) Vertigo à tout bout de plans, et son absence de frime revendiquée comme un acte de foi. Mieux, shooté par un Fincher essoré par le bide (et le remontage) de son Alien 3 et revanchard comme jamais, Who Is It peut s’envisager, sans trop d’exagération, comme le prototype de toute la filmo à venir de son auteur: on y décèle pêle-mêle des motifs qu’on retrouvera dans Seven (la traque, l’acteur qui ressemble à Morgan Freeman, la photo ocre), The Game (les cartes de visite) et Panic Room (l’expressionnisme architectural). En filigrane le réal de Zodiac balance sa vision, troublante, du mythe Jackson, et décide, in fine, de l’intégrer à un mausolée toc-pop. Déjà mort, MJ?

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David Lynch
Quand et pourquoi ? A l’occasion de la sortie de la vidéo de Dangerous, en 1993.
Et c’est comment ? Publicité abstraite et arty, qui servait en fait d’intro à la VHS regroupant tous les clips de l’album Dangerous. Du David Lynch tellement lynchien, qu’il finit par en ressembler à du Tarsem Singh. C’est dire si c’est nul.

Spike Lee
Quand et pourquoi ? En 1996, à l'occasion du clip de They Don't Care About Us, quatrième single issu de l'album History
Et c'est comment ? Dément, d'autant plus qu'il y en a deux. On s'explique: pour shooter la vidéo du morceau, de loin le plus politisé de son interprète, le réalisateur de Do The Right Thing balance Bambi au milieu d'une prison en ébullition, et parasite le tout par des images d'archives hardcores où sont convoqués les spectres d'Angela Davis, du Ku Klux Klan et de l'insurrection civile. Flippés par le caractère hautement subversif du clip, les networks et suitmen exigent une aseptisation immédiate du produit avant diffusion en prime-time. Couillus, MJ et Spike ne se démontent pas et sortent de leur chapeau, une autre vidéo de la chanson, tournée, elle, quelques mois plus tôt dans une favela de Rio. Le résultat, mélangeant des plans de grue chiadés à des inserts naturalistes en caméra portée, est époustouflant de maitrise rythmique et d'aisance formelle. La toile de fond choisie, décuple, quant à elle, la portée revendicatrice des lyrics, et peut s'envisager comme une micro Cité de Dieu avec 10 ans d'avance. Du coup tout le monde panique, les médias hurlent au scandale, les networks censurent et Jackson se voit taxé d'antisémite par des assos à côté de leurs pompes. Pendant ce temps, Spike Lee se félicite d'avoir réussi à foutre un bordel pas possible aux pays de MTV et des Grammy Awards.

 

Stan Winston
Quand et pourquoi ? En 97, MJ décide de s’offrir un miniblockbuster et embauche deux légendes des SFX, Rick Barker & et Stan Winston, pour mettre en image cinq titres de son pas terrible Blood On The Dancefloor.
Et c’est comment ? Rigolo. Winston recycle le fruit de ses expérimentations sur Terminator 2 pour réaliser, un peu comme il peut, c’est à dire pas très bien, ce moyen métrage musical (40 minutes), en forme de film d’horreur rigolo. La botte secrète du film réside dans l’interprétation de MJ, tout simplement scotchant en vieux maire réac parti faire la chasse aux freaks et autres weirdos. Pour le reste Ghosts vaut à peine mieux qu’un épisode des Contes De La Crypte friqué et gnangnan. Too Bad.

 

Kenny Ortega
Quand et pourquoi ? En 2009, Kenny Ortega a filmé les répétitions de la tournée de 50 concerts de Michael Jackson, intitulée This is It, qui devait démarrer le 13 juillet, mais qui n’a jamais vu le jour, suite à la mort du roi de la pop le 25 juin.
Et c’est comment ? Moins triste que ce qu’on pensait. Vous pouvez lire ici la critique publiée dans Première à l’époque de sa sortie en salles, en octobre 2009.

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