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25. Jérémie Rénier/Claude François (Cloclo, 2012)
C’est François Ozon le premier qui a décelé le Claude François qui sommeillait en Jérémie Renier, en l’affublant d’une mèche blonde XXL et de cols pelle à tarte dans son pastiche Potiche. Ne restait plus à l’acteur belge qu’à bosser comme un fou ses chorégraphies de Belinda et Magnolia for Ever, avant d’investir de son énergie démentielle le très retors Cloclo (portrait d’une star antipathique qui n’a même pas le temps de faire sa rédemption). Impressionnant. Il serait sans doute encore plus haut dans ce Top s’il était parvenu à totalement effacer de la mémoire collective Bernard « Podium » Frédéric. 

24. Natalie Portman/Jackie Kennedy (Jackie, 2017)
Une performance limite. Fascinante ou horripilante, c’est selon, et qui déterminera l’amour que vous portez au film requiem de Pablo Larrain. Natalie Portman, amaigrie, plus pâle que jamais, croque Madame Kennedy en Lady Macbeth déboussolée, du sang encore frais sur le tailleur Chanel. Mi-ange, mi-démon, comme la ballerine schizo de Black Swan. Suffisant pour qu’elle puisse commencer à fantasmer un deuxième Oscar sur sa cheminée. 

23. Cate Blanchett/Bob Dylan (I’m Not There, 2007)
C’est lequel, votre Bob Dylan préféré, dans le biopic diffracté de Todd Haynes ? Christian Bale ou Richard Gere ? Heath Ledger ou Ben Whishaw ? À ce petit jeu, les suffrages vont quasi systématiquement à Cate Blanchett qui a parfaitement capturé le look et la persona sixties du barde de Duluth tels que fixés dans l’imaginaire pop par le documentaire Don’t Look Back (cheveux en pétard, lunettes noires, veste à col Mao, clope au bec). Un mystère demeure cependant : le film aurait-il été plus satisfaisant si Cate Blanchett avait joué elle-même tous les Dylan ? 

22. Eminem/Eminem (8 Mile, 2003)
Eminem est très convaincant (et vraiment très ressemblant) dans la peau de... Eminem. Rare cas recensé d’autobiopic (en fait, pas vraiment, Eminem jouant une version « fictive » de lui-même, mais tout le monde a tendance à oublier ce détail), 8 Mile puisait ses racines mégalos dans The Greatest (Mohammed Ali dans son propre rôle), et inspira la concurrence (Réussir ou mourir avec 50 Cent). Un Rocky rap « in real life » qui fait regretter que Marshall Mathers n’ait pas poursuivi sa carrière ciné. 

21. David Carradine/Woody Guthrie (En route pour la gloire, 1976)
Le film que Tarantino aimait regarder avec David Carradine à ses côtés pendant la pré- production de Kill Bill. Un trésor caché du Nouvel Hollywood, dédié à la vie sur la route de Woody Guthrie, idole de Dylan et poète de la Grande Dépression. Visage en lame de couteau, sourire énigmatique aux lèvres, Carradine joue l’icône folk comme un vagabond indolent sur la voie de la sainteté. Quelque part entre Jésus et son personnage de Caine dans la série Kung Fu. 

20. Denzel Washington/Malcolm X (Malcolm X, 1992)
Spike Lee accorde un traitement 100 % hollywoodien à l’une des figures les plus subversives de l’histoire politique américaine. Washington confère au rôle son charisme monstre, sa puissance tellurique. La meilleure incarnation « biographique » de l’acteur, encore plus fort que Hurricane Carter ou le Frank Lucas d’American Gangster. « On m’a aussi proposé de jouer Nelson Mandela, nous a-t-il confiés un jour, hilare, en interview. Mais soyons sérieux : combien de grands leaders politiques noirs suis-je censé jouer dans ma vie ? Un, c’est bien. » 

19. Sveva Alviti/Dalida (Dalida, 2017)
Sveva Alviti est la véritable attraction du film de Lisa Azuelos. D’abord, elle est belle. Très belle. D’une beauté qui isole du commun des mortels, exerce un pouvoir de fascination immédiat et lui permet de devenir une star en deux heures. Au-delà de la ressemblance physique, du mimétisme, elle a surtout su capter ce truc impalpable, mystérieux, qui transcende les grandes incarnations. Dans le cas de Dalida, un mélange troublant de sex-appeal et de charme enfantin. 

18. Marion Cotillard/Edith Piaf (La Môme, 2007)
La voix, la démarche, le maquillage... Tout y est. C’est parfait. Presque trop. Mais c’est justement l’idée. Un truc too much, excessif, premier degré, qui veut vous secouer et ne vous laisser aucun répit. Comme une chanson de la môme Piaf. Marion Cotillard impressionne l’Amérique (qui s’y connaît en biopic), entre dans l’histoire et s’invente un destin de tragédienne superstar qui vivra désormais chaque rôle comme si c’était le dernier. 

17. Paul Dano/Brian Wilson (Love and Mercy, 2015)      
Brian Wilson, face A. Visage joufflu, regard triste, Paul Dano incarne le leader zinzin des Beach Boys en 1966, au moment où celui-ci doit composer avec un papa tyrannique, tout en essayant de composer son chef-d’œuvre, le génial album Pet Sounds. La grâce fragile de Dano brise le cœur. Question : son interprétation aurait-elle été aussi bouleversante sans les flash-forward vers le Brian Wilson vieux interprété par John Cusack ? 

16. John Cusack/Brian Wilson (Love and Mercy, 2015)
Brian Wilson, face B. Visage émacié, regard triste, John Cusack incarne le leader zinzin des Beach Boys en 1988, au moment où celui-ci doit composer avec un « docteur feel-good » tyrannique, tout en essayant de composer une chanson, ce qu’il ne parvient plus à faire depuis des années. La grâce fragile de Cusack brise le cœur. Question : son interprétation aurait-elle été aussi bouleversante sans les flash-back vers le Brian Wilson jeune interprété par Paul Dano ? God Only Knows... 

15. Philippe Caubère/Molière (Molière, 1978)
Pour porter le projet fou d’Ariane Mnouchkine (quatre heures torrentielles pour raconter la vie de Jean-Baptiste Poquelin et capturer l’essence du théâtre sur un écran de cinéma), il fallait un acteur fou : ce sera Philippe Caubère, superstar du Théâtre du Soleil, funambule faisant le grand écart entre la comedia dell’arte et Hollywood (on pense parfois à Gene Kelly), clown truculent capable de passer de la tristesse à la tendresse puis au délire hystérique en un seul plan. Épuisant. Et époustouflant. 

14. Forest Whitaker/Charlie Parker (Bird, 1988)
L’exubérance. La folie furieuse. Et surtout, surtout : l’intériorité. Bird, projet chéri de Clint Eastwood, est l’un des rares films jazz où on a l’impression que l’acteur porte en lui le génie du musicien. Comment Forest Whitaker est-il parvenu à ce miracle ? Le fait qu’il sache réellement jouer du saxophone n’explique pas tout. Le fait qu’il soit le seul acteur à placer deux films dans notre Top est en revanche un bon indice : cet homme est juste un peu plus fort que la moyenne. 

13. Reese Witherspoon/June Carter (Walk the Line, 2005)
OK, en Johnny Cash, Joaquin Phoenix a une classe folle (et chante très bien). Mais le cœur battant du film, c’est elle, Madame Cash, alias June Carter, alias Reese Witherspoon. Ses robes à fleurs, son accent haut perché, son bagout sudiste... Phoenix n’a pas eu l’Oscar (battu par Truman Capote), mais la Witherspoon, elle, est repartie avec une statuette ce soir-là. Ouf. L’honneur était sauf. 

12. Jim Carrey/Andy Kaufman (Man on the Moon, 1999)
Jim Carrey est Andy Kaufman, le comique aux mille visages, l’homme qui n’était per- sonne, donc tout le monde, et qui passa sa vie à changer d’identité : il fut Latka, le gentil immigré de la sitcom Taxi ; puis le bouffon de Las Vegas Tony Clifton ; puis un provocateur phallocrate défiant les femmes sur un ring de catch ; puis un gentil chanteur mainstream qui fêtait Noël à Carnegie Hall... Tout en se déguisant régulièrement en Elvis Presley. Le genre de perf qui laisse sur les rotules. D’ailleurs, vous avez remarqué ? Jim Carrey n’a plus jamais été tout à fait le même après ça. 

11. Forest Whitaker/Idi Amin Dada (Le Dernier Roi d’Ecosse, 2007)
La deuxième entrée de Forest Whitaker dans notre Top. Avant, quand on pensait à Idi Amin Dada, les images hallucinantes du documentaire de Barbet Schroeder venaient instantanément à l’esprit. Désormais s’y superpose l’interprétation électrique et shakespearienne de Whitaker, qui croque le tyran africain en monstre trop humain, quelque part entre le roi Lear et Tony Soprano. Atrocement attachant. 

10. Val Kilmer/Jim Morrison (Les Doors, 1991)
On pense ce que l’on veut du cinéma d’Oliver Stone, mais impossible de ne pas admettre que les acteurs de ses biopics sont quasiment toujours en état de grâce, du Tom Cruise de Né un 4 juillet, au Joseph Gordon-Levitt de Snowden, en passant par l’hilarant Josh Brolin de W. Mais le roi (lézard), c’est bien sûr Val Kilmer en Jim Morrison, tellement habité qu’il donna à l’époque l’impression à certains fans que le chanteur des Doors était réellement ressuscité. Du ciné-chamanisme à l’état pur. 

09. Martin Landau/Bela Lugosi (Ed Wood 1995)
La vraie star de Ed Wood, c’est bien sûr Johnny Depp. Mais on n’avait pas d’attente particulière sur la façon d’interpréter le réalisateur cintré de Plan 9 from outer Space... Bela Lugosi, en revanche, était un challenge. Martin Landau transforme le vieux clown des Carpates en figure tragi-comique déchirante, sans doute mû par une douleur intime, celle d’avoir passé sa vie à n’être résumé qu’à un seul rôle. En recevant son Oscar en 1995, Landau remerciera d’ailleurs l’orchestre de n’avoir « pas joué le thème de Mission : Impossible ». La classe. 

08. Dustin Hoffman/Lenny Bruce (Lenny, 1975)
La théorie cinéphile selon laquelle Lenny (biopic du comique révolutionnaire Lenny Bruce) recèle la plus grande performance de Dustin Hoffman paraissait à une époque suspecte à certains, le film ayant disparu de la mémoire collective, contrairement à Little Big Man, Le Lauréat ou Macadam Cowboy, de vrais classiques, eux, contenant des interprétations qu’on ne peut pas franchement qualifier de nulles. Mais la ressortie du film dans un Blu-ray somptueux, l’an dernier, a bien prouvé qu’on ne délirait pas. Le rôle ultime de Dustin Hoffman (bouffon, tragique, cruel, tordant, déchirant), c’est bien celui-là. 

07. Henry Fonda/Abraham Lincoln (Vers sa destinée, 1939)
Quand Steven Spielberg et Daniel Day-Lewis tournent leur Lincoln, ils n’ont pas seulement à cœur de redonner un peu de lustre contemporain à une image d’Épinal défraîchie, ils entament aussi le dialogue avec ce « prequel » de la vie du grand homme (quelque chose comme « Abraham Lincoln begins »), imaginé par John Ford et Henry Fonda en 1939. Une vision semi-fantasmée des débuts du géant de la politique US, presque une fantaisie qui, le temps aidant, a fini par avoir valeur de mythe. Print the legend, comme disait John Ford. 

06. George C. Scott/Patton (Patton, 1970)
Tout est réglé en 6 minutes et 20 secondes. Dans l’une des séquences d’ouverture les plus mémorables de l’histoire du cinéma (un chef de guerre chauffe ses troupes devant une bannière étoilée aux dimensions délirantes), le Patton de Schaffner et Coppola entre dans la légende. La scansion martiale flanque la chair de poule. George C. Scott, impérial, halluciné (il a l’air de débarquer du plateau de Docteur Folamour), s’offre ici un instant d’éternité. 

05. Jesse Eisenberg/Mark Zuckerberg (The Social Network, 2010)
Tiens, à propos de séquence d’ouverture inoubliable... Le débit mitraillette, l’amertume au fond des yeux, les mots qui claquent comme des gifles. Jesse Eisenberg impose en une poignée de minutes son Zuckerberg : même pas besoin de lui ressembler physiquement pour le transformer en emblème générationnel, nerd flippé tentant d’oublier son chagrin en rafraîchissant l’écran de son PC. Commentaire de l’intéressé : « C’est douloureux ». 

04. Toni Servillo/Giulio Andreotti (Il Divo, 2008)
L’homme politique le plus endurant de la deuxième moitié du XXe siècle, le fossoyeur de la démocratie italienne, Machiavel terminal qui tirait les ficelles des loges maçonniques, de la Mafia et de gouvernements fantoches, c’est lui. Oui, lui, ce petit bonhomme rabougri et insectoïde aux oreilles décollées qui a l’air d’avancer sur coussins d’air. Un monstre au sang-froid, mi-Droopy mi-cafard, croqué par le génial Toni Servillo qui su donner corps, mieux qu’aucun autre acteur, à la suavité et l’horreur mêlées de la chose publique. Sidérant. 

03. Kurt Russell/Elvis Presley (Le roman d’Elvis, 1979)
Il y a ceux qui aiment interpréter leur Elvis façon Vegas, en tenue de parachute blanche. Ceux qui préfèrent le Elvis teigneux et hillbilly des débuts. Ceux qui choisissent d’être l’enfant sauvage de Tupelo, ou alors le prodige de Sun Records, ou bien le rocker déchu en chemise hawaïenne, voire le roi obèse rotant du beurre de cacahuète sur son trône de Graceland. Mais le seul qui a su TOUS les incarner, un à un, c’est Kurt Russell, dans ce téléfilm patrimonial indépassable signé John Carpenter. Une question de classe, de frime, de rage, d’attitude, d’accent sudiste, de mouvement de hanches, de mouvement de pelvis, de lippe hargneuse retroussée à la perfection. King Russell. 

02. Helen Mirren/Elizabeth II (The Queen, 2006)
Après le roi, la reine. Michael Sheen est excellent en Tony Blair (il faut dire qu’il avait de l’entraînement, étant donné qu’il l’avait déjà joué dans le téléfilm The Deal), mais ça n’empêche pas Helen Mirren de le dévorer tout cru. La bouche pincée, l’air plein de morgue, lassée de tout, personnifiant comme jamais l’expression anglaise « stiff upper lip », elle passe le film à fusiller le reste du cast du regard. Un carnage. 

01. Robert De Niro/Jake LaMotta (Raging Bull, 1980)
La performance qui enterre toutes les performances. L’alpha et l’oméga de l’acting contemporain, un Graal qui traumatisa au moins deux générations de comédiens (pour le meilleur et pour le pire) et après lequel continuent de courir tous les acteurs studieux de la planète. Les kilos en trop, l’implication extrême, la fièvre sans fin. On pense en avoir fait le tour, mais à chaque fois qu’on lance Raging Bull dans le lecteur DVD ou en extraits sur YouTube, impossible de détacher les yeux de De Niro, à l’époque clairement en train de jouer son va-tout. Récemment, l’exposition Scorsese à la Cinémathèque française révélait une lettre écrite à l’acteur par Vikky, l’ex du boxeur Jake LaMotta, qui se terminait par cette question : « Comment avez-vous fait pour capturer son âme ? » La réponse est peut-être dans le film, quand De Niro imite LaMotta qui imite Laurence Olivier et Marlon Brando et conclut, triomphal : « That’s entertainement! ». C’est du spectacle, oui. Et un peu aussi de la magie. 

De Cloclo à Raging Bull en passant par Dalida : voici notre top 25 des incarnations dans un biopic.

Alors que sortent ces jours-ci des films sur Jackie Kennedy, Chet Baker, Pablo Neruda et Dalida, Première recense, non pas les meilleurs biopics, mais les meilleures performances dans un biopic. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existé n’est pas, mais alors pas du tout, une coïncidence.

Cet article est initialement paru dans le numéro 475 de Première.
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