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30/ Hook (1991)
Peter Pan a préféré oublier le Pays Des Rêves pour péter dans la soie et se vautrer dans les joies du libéralisme à outrance : ça aurait pu donner un super sketch des Monty Pythons, c’est devenu le pire film de Spielberg. Les enfants perdus sortent d’un sous Mad Max rital, Dustin Hoffman roule des yeux en secouant son crochet en plastoc, et Spielby torpille comme un capitaine ivre LE projet faramineux dont il rêvait depuis des années. Déjection kitschouille, croûte décérébrée, fantaisie glucose, Hook est une synthèse parfaite du cauchemar spielbergien. Même les pires daubes Amblin ne lui arrivent pas à la cheville. Quoiqu’il fasse Spielberg enterre toujours la concurrence.   

29/ Un coup de pied dans la boîte (Segment Twilight Zone: The Movie) (1983)
Réalisé dans un contexte très particulier (quatre acteurs venaient de trouver accidentellement la mort sur la plateau du segment réalisé par John Landis), ce très mauvais sketch, adapté d’un très mauvais épisode de la Quatrième Dimension, voit des pensionnaires d’hospices retomber en enfance et regoûter à la vie après leur rencontre avec un simili-Jésus. Soit le programme d’E.T appliqué cette fois à des vessies capricieuses. Dégoulinant et artificiel, du Spielberg en pilote automatique qui laisse libre court à ses pulsions guimauves les plus sinistres.

28/ Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal (2008)
Dans les bonus, très exhaustifs, de l'édition blu-ray de ce film par ailleurs pitoyable, Spielberg insiste très fortement, quasiment en préambule de chacune de ses interventions, sur l’idée qu’il n’a jamais voulu réalisé Indy 4, qu’il trouvait tous les choix de son ami George complètement crétins, mais que plein de gens (Lucas donc mais aussi Harrison Ford, les fans, sa comptable, etc) ont vraiment insisté pour qu’il mette en boite ce bidule. C’est un excellent running-gag, et une très bonne manière de nous expliquer que non, il n’a pas pris beaucoup de plaisir, par exemple, à filmer Shia Labeouf se balancer de liane en liane au milieu de petits singes numériques. Ouf, ça va mieux, merci Steven.

27/ Amistad (1997)
C’en est fini des daubes intenables, passons si vous le voulez bien aux films, aux vrais. Celui là par exemple est un procedural assez ennuyeux où des esclaves noirs se font gauler par les services d'immigrations US après avoir zigouillé leurs tortionnaires sur un navire espagnol. Saccagé par les deux pires cabots en chef du cinéma US (Matthew McConaughey et Anthony Hopkins), le film compte au moins deux scènes anthologiques  (la mutinerie du début et le flashback de Djimon Hounsou) dont la violence effarante et l’inspiration graphique foutent encore de gros frissons. 

26/ Indiana Jones et la dernière croisade (1989)
Conçu en terme de tonalité, comme l’antithèse parfaite du lugubre Temple Maudit, cette comédie pour les tout petits est également son négatif en terme d’ambition esthétique et narrative. Elle transforme les aventures exotiques du légendaire Dr Jones en vague sitcom tournée rapidos entre deux feuilles de décor vintage. Tout le monde est en roue libre, mais tout le monde a l’air très content de ses petites impros. Une ambiance de kermesse donc, pour le film de vacances le plus juteux de l’histoire d’Hollywood. 

25/ Le Terminal (2004)
Il y a plein d’idées aberrantes dans ce film (Tom Hanks et son accent slave, Tom Hanks qui forme un couple de rom-com avec Catherine Zeta-Jones, Tom Hanks qui mange des crackers à la moutarde), il y en a même beaucoup trop. Il y a aussi la pire photo jamais signée par Janusz Kaminski et un sujet formidable sur un néo-apatride qui n’est jamais traité, mais il y  aussi une manière d’emballer la fable post-Capra, avec ce qu’il faut de charme et de vitesse pour que ça se sirote paisiblement, parfois même avec un peu de plaisir.

24/ Le Monde Perdu (1997)
Après la récolte d’Oscars post-Schindler et la reconnaissance institutionnelle, public et critique qui va avec, Steven Spielberg revient au cinéma après un silence radio de 4 ans. Il peut tout se permettre, il est (plus que jamais) le roi du monde, il va donc réaliser… la suite de Jurassic Park ! Pas toujours simple de comprendre les choix de carrière du garçon, plus facile en revanche de voir les films dont il se contrefout. Comme celui là, qui ne vaut que pour quelques morceaux de bravoure complètement déconnectés du récit (le pare-brise qui se craquèle, la longue séquence de safari) et ses vignettes hargneuse, gores et malpolies. Ce n’est pas grand-chose, ça enterre quand même les deux tiers de la production hollywoodienne actuelle.

23/ Always (1989)
Comme Hook, réalisé dans la foulée, ce remake d’un vieux Victor Fleming multi-diffusé à la télé US, était un projet convoité depuis des lustres par Spielby. Comme Hook, Always est une pure débâcle esthétique, le témoignage d’une période un peu dingue où “le plus grand filmeur de l’histoire du cinéma US” ne savait plus du tout filmer. Son mojo en berne, Spielberg semble compenser ici avec une sensibilité plus exacerbée que jamais. Et puisqu’Always est une vraie love-story - la seule de son auteur - aux accents mélos méchamment prononcés, les larmes ne se font pas prier pour se rameuter très très vite. Tant pis pour la laideur de l’emballage.  

22/ Minority Report (2002)
Profitons de cette tribune qui nous est offerte, pour affirmer de manière un peu incongrue que ce film-là est l’anti-Always. C’est à dire un manifeste esthétique de premier choix, dans lequel tout le monde s’est allègrement servi, mais qui serait entièrement habité par les mauvais démons de Spielberg. Un goût pour la farce un peu dark qui a pu donner parfois de grands films, mais qui se résume ici à une accumulation de motifs Z embarrassants (Cruise qui court après ses yeux dans une salle d’opération craspec) et à de l’anticipation politique sans mordant ni clairvoyance. Non cet homme-là n’est pas fait du même bois que Paul Verhoeven. 

21/ Lincoln (2014)
Un film de vieux maitre, un peu austère, rempli d’idées assez fortes sur les fondements d’une démocratie, sur le biopic, sur la légende qu’on imprime ou pas, qui nous avaient toutes beaucoup intéressés lors de sa sortie en salle. Ça n’a pas suffi pour qu’on s’y replonge depuis. On devrait ?

20/ 1941 (1979)
A chaque fois qu’on retombe dessus on se dit que ce sera la bonne, qu’on ne peut qu’adorer ça. Des mouvements de Louma virtuoses, les jeunes pousses du SNL 70’s en roue libre, des gags idiots, un script signé Bob Zemeckis et Bob Gale, Robert Stack qui chiale devant Dumbo, et cette énergie destructrice qui fait vibrer chaque séquence. Bon sang, quel programme faramineux. Et puis comme toujours, au bout d’une demie-heure on n’en peut déja plus, on regarde notre montre, on se dit qu’il reste encore deux bonnes heures et qu’on verra la suite demain. Ce film est essorant, splendide, exaspérant, orgiaque et intenable. On l’aime de loin alors qu’on voudrait le serrer fort dans nos bras. C’est un bon copain un peu casse-pieds.

19/ Arrête moi si tu peux (2002)
Là encore un drôle de film, un peu schizo, pas simple à appréhender : ça se veut vif, enlevé et aérien - ça l’est souvent d’ailleurs -, mais ça dure aussi 2H30, ça manque un peu de concision, ça assène de manière un peu trop affirmée ses ambitions thématiques et son pathos chargé. Du coup le projet est parfois illisible, comme si le scénariste et les deux chasseurs d’Oscars présents à l’écran ne jouaient pas la même partition que celle conduite par le patron du groupe. Mal fichu, mais le charme est là et l'émotion serre la gorge.

18/ Le Pont Des Espions (2015)
Un autre joli film de vieux maître, qui dialogue d’ailleurs beaucoup avec Lincoln en s’amusant à filmer des gens pas très sexy, dans des bureaux un peu gris, qui décident très paisiblement de l’avenir du monde entre deux gorgées de whisky. Faux film d’espionnage, et vraie épopée humaniste, le dernier Spielberg est un film très conscient de ses effets, les maîtrisant à merveille, et s’épanouissant dans une petite musique chaleureuse, bouleversante et profondément singulière.

17/ Sugarland Express (1974)
Pensé, écrit, looké comme un film du Nouvel Hollywood, ce Bonnie & Clyde tout public en est aussi le négatif absolu puisque c’est un pur film de Steven Spielberg - c’est à dire un film réalisé par l’homme qui sonna, un peu malgré lui, le glas de ce cinéma-là. De ce point de vue Sugarland est vertigineux: il montre à la fois patte blanche pour s’intégrer dans la charte esthétique et politique de l’époque, tout en ouvrant la voie à l’imagerie et l’imaginaire du cinéma 80’s - préférant par exemple citer Chuck Jones et Disney plutôt que Kerouac et Dylan. A la fois cheval de Troie, prophétie et incipit fulgurant.

16/ Jurassic Park (1993)
Une pure commande réalisée à la demande d’Universal, oui. Un petit B pour se remettre en selle après la dégringolade Hook sûrement. Mais aussi un blockbuster qui délimite l’horizon technologique pour les deux décennies à venir et un film nourri d’un bout à l’autre par la personnalité et le savoir-faire de son auteur. A l’image de son fameux ravin qui apparaît et disparaît selon le bon vouloir de la scénographie lors de l’attaque du T-Rex, Jurassic Park est une oeuvre de vieux brigand de la pelloche horrifique, un retour salvateur à l’essence la plus primitive du cinéma d’exploitation, un tour de passe-passe qui continue encore aujourd’hui à marcher du feu de dieu. 

15/ Cheval De Guerre (2012)
Un remake d’E.T en pleine première guerre mondiale, raconté cette fois du point de vue de la bestiole - ici un cheval donc. Un pur geste poétique, qui dérive sans sommation vers la fable animiste et l’abstraction. Parfois un peu nébuleux, parfois trop « exercice de style », mais systématiquement sidérant dans sa manière de capturer un peu de lumière et de grandeur d’âme à l’intérieur du chaos pyrotechnique.
 

14/ E.T (1982)
Les 40 premières minutes sont démentielles et constituent l’expression la plus limpide du cinéma spielbergien en action. Un  mélange de pure naïveté cajoline et de grandeur stylistique. Chaque vignette, chaque sourire, chaque note de musique fait monter les larmes aux yeux, semble littéralement touché par la grâce. Et puis, paf, le film s’écroule, se met à pédaler dans la semoule dès que l’armée se pointe dans le petit lotissement, que Peter Coyote et Dee Wallace deviennent subitement les héros du film et que l’alien ne tient plus que du symbole christique qui meurt et ressuscite à l’envie. Une des plus grandes douleurs du passage à l’âge adulte c’est de réaliser un beau jour qu’E.T est un film à moitié réussi. Vous ricanerez moins quand ça vous arrivera.

13/ Il Faut Sauver le soldat Ryan (1998)
La maman qui s’écroule “en silence” lorsque le prêtre sort de la voiture, le village en ruine qui devient un lieu de communion spirituelle sur fond d’Edith Piaf, le coup du flashback-mytho, piqué à Hitchcock, et qui a assis la terre entière, et puis bien sûr le champ de bataille comme on ne l’avait encore jamais filmé, mélange d’hyper-réalisme qui tord le bide et de sur-stylisation qui fait écarquiller les yeux. Spielberg a réalisé ce film comme un devoir de mémoire dit-il; sûr qu’on ne l’oubliera jamais en tout cas.

12/ Duel (1971)
Sympathique exclusivité locale: s’octroyer le droit de mettre ce téléfilm splendide dans ce genre de classement, puisqu’ici il est passé par la case ciné. Un camion sorti tout droit des forges de l’enfer va donc rendre la vie impossible à un conducteur paisible au volant de sa petite bagnole rouge. Dans le même temps un jeune homme de 24 ans va étaler avec beaucoup de calme son sens aigu du découpage, de la chorégraphie, du rythme et de la tension en se cramponnant à ce programme ultra-minimaliste. Il y a des premiers films qui annoncent toute l’oeuvre à venir des cinéastes qui l’ont réalisé, Duel prophétise tout simplement que les mots “Spielberg” et “cinéma” ne sont en fait que des synonymes.

11/ Les Aventures de Tintin: Le Secret de la Licorne (2011)
Faisant suite à Indy 4 dans la filmo de son auteur, ce film d’aventures suprême peut évidemment se regarder comme une lettre d’excuse, en même temps qu’un sympathique doigt d’honneur adressé au copain George Lucas. Le Royaume de Cristal, sans le cahier des charges imposé par le créateur de Jar Jar Binks, ça aurait peut être pu donner ça. En l'occurrence un déchaînement créatif ahurissant, porté par les possibilités offertes par la performance capture et le cinéma virtuel. L’imagerie de Hergé rencontre alors à la furia destructrice du cinéma de Hong Kong et la force de frappe de la logistique hollywoodienne. Du jamais-vu, du jamais-ressenti, du jamais-pensé que ce soit possible. Depuis seul George Miller a réussi à s’aligner sur ce standard là.

10/ La Couleur Pourpre (1985)
Moment charnière, décisif, puisque c’est ici et maintenant que Spielberg devient officiellement un réalisateur de drames historiques, et plus seulement un entertainer à casquette. Adaptation du roman hardcore de la Pulitzerisée Alice Walker, le film refuse systématiquement la violence frontale d’un récit gorgée d’incestes, de viols, d’humiliations et de châtiments corporels. En leur substituant des pures trouvailles visuelles, basées sur la symbolique et le hors-champ, Spielberg prend le risque d’une certaine mise à distance. Sauf qu’il y a ici une verve romanesque, une ambition dickensienne ultra affirmée, qui incite à  regarder le film non pas comme un brûlot identitaire ou un chemin de croix dans l’Amérique des péquenots violents, mais bel et bien comme le récit féerique d’une pure passion entre deux sœurs. Un angle d’attaque singulier, hautement subversif, qui choisit de tout ré-enchanter sans pour autant éluder les coups portés. Prouesse formelle faramineuse, fresque saisissante, mélo saturé de couleurs, d’amour et de cris, ce film mal-aimé est à réévaluer de toute urgence.    

9/ A.I - Intelligence Artificielle (2001)
Non-événement total au moment de sa sortie, malgré sa promesse de rencontre entre Kubrick et Spielberg, il a fini avec le temps par gagner sa dimension de classique absolu de la SF contemporaine. “Qu’est ce que l’amour ?” s’interroge au début du film le scientifique joué par William Hurt. Le principe d’A.I c’est de tenter de répondre à cela, en allant faire un détour par la case robotique pour y voir un peu plus clair. Une ambition de cinéma colossale, kubrickienne donc, à laquelle Spielberg devait forcément se confronter un jour ou l’autre. De ce point de vue, l’association était tout sauf artificielle, elle.   

8/ La Guerre des Mondes (2005)
Le meilleur film post 9/11, le meilleur Tom Cruise, la meilleure petite-fille de blockbuster, le meilleur plan-séquence de Spielberg, le meilleur film d’invasion extra-terrestre et le meilleur film de guerre depuis ... Le Soldat Ryan. Tout ça, et seulement huitième ? Même nous, on n’arrive pas à le croire.

7/ Les Aventuriers de L’Arche Perdue (1981)
Encore un “simple” exercice de style, pas loin de la perfection celui là, si l’on oublie le dernier quart d’heure où tout fout un peu le camp - le rythme, les péripéties, les sfx et la romance. A part ça, comme tout le monde le sait, c’est probablement le film le plus agréable à regarder au monde avec La Mort Aux Trousses et Piège de Cristal en outsiders coriaces. D’ailleurs vous comptiez voir quoi vous, ce soir?

6/ Munich (2005)
Gaulé comme un thriller-parano des 70’s, Munich fonctionne comme un casse-tête dialectique chauffé à blanc, sur lequel plane une inquiétude sourde et très atypique dans le cinéma de Spielberg. En racontant l’opération menée en 72 par une poignée d’agents du Mossad qui traquent les têtes pensantes de Septembre Noir, le film met en relief une sorte de boucle temporelle à l’intérieur de laquelle toute idée de réconciliation et de paix semble définitivement impossible. Désolé, pétrifié, transi, Munich cherche désespérément un peu de lueur dans les ténèbres. A la fin tout le monde repartira de son coté, avec ses convictions comme seul reste d’humanité.

5/ Les Dents de La Mer (1975)
Un film coupé en deux, tchac, d’un coup net et sans bavure, comme une grosse morsure de requin. La première partie est un film d’exploitation sensationnel, dynamique, crado et flippant dans lequel un gros poisson carnivore fout le bordel dans une petite cité balnéaire, la seconde rejoue Moby Dick dans un bateau un peu trop petit, et introduit l’idée que les héros spielbergiens seront avant tout caractérisés par leurs délires obsessionnels, à la limite de la pathologie. Le tout forme la matrice du genre blockbuster, et très probablement son point culminant.

4/ L’ Empire Du Soleil (1987)
Devoir de mémoire, encore. A la sortie de ce film la troupe de Libé concluait sa critique par “Un Spielberg show avec sa grande parade de phénomènes et d’illusionnistes, ses clowns et ses éléphants, par un cinéaste qui n’a jamais eu la queue d’une idée”. Nous sommes donc en 1987 et Spielby adapte les récits d’enfance de JG Ballard, claquemuré de 41 à 45 par les Japonais dans un camp de prisonniers au beau milieu de la Chine. Pas forcément le meilleur endroit pour tomber sur des clowns, des éléphants ou des illusionnistes. Film de rupture, L’Empire du Soleil tient surtout à raconter la fin de l'innocence, la perte de l’âme enfantine, et la fin des histoires qu’on se raconte dans le noir pour se rassurer. Lorsque Jim, 12 ans, aperçoit au loin les retombées de la frappe nucléaire qui vient d’anéantir Hiroshima, il pense voir dans ce nuage de lumière l’âme d’un de ses compagnons, fraîchement décédé, qui vient de s’envoler “au ciel”. Lorsqu’il finira par réaliser l’ampleur de l’horreur et la naïveté de son interprétation, son cœur se raidira à jamais. Cette prise de conscience soudaine, ce moment où l’ado devient en un battement de cil un adulte, c’est peut être le plus bel instant de toute la filmo de Spielberg. En tout cas, accordons-nous au moins là-dessus, c’est un tout petit peu plus que la queue d’une idée.

3/ Indiana Jones Et Le Temple Maudit (1984)
Tout le début dans le Obi Wan club, avec Anything Goes, la fixette Bubsy Berkeley, les sourires en coin, le gros diamant, le poison, l’antidote, le smoking et les ballons, est probablement l’un des moments d’euphorie les plus vivaces d’une filmo qui en compte un gros paquet. Et puis sans sommation, ça vire au cauchemar rouge-sang. On y arrache des cœurs à pleines mains et en gros plan, des gamins sont battus jusqu’à en crever, d’autres deviennent des créatures maléfiques incontrôlables et même Indy balance une bonne torgnole à Demi-Lune. Plus de sourire en coin nulle part, juste un déchaînement de colère et de fureur ininterrompu, calé dans des vignettes expressionnistes traumatisantes. Aujourd’hui encore, tout le monde se demande comment ce film a pu exister, surtout Spielberg qui le déteste. Le Temple Maudit est le seul moment de la carrière du wonderboy où il laissa libre cours à ses pulsions les plus refoulées. Elles sont toutes aussi intenses, poétiques et remuantes que ses rêves les plus doux.

2/ La Liste de Schindler (1993)
La réinvention esthétique opérée par le chef op prodige Janusz Kaminski coïncide avec ce classique intouchable, où l’imagerie spielbergienne, soudainement moins douce et diffuse, s’incarne désormais dans une hyper-proximité avec l’environnement et ses protagonistes. C’était quelque part la condition sine qua non à la réussite d’un tel projet, qui regarde l’horreur droit dans les yeux pour en faire finalement ressortir les dernières gouttes d’humanité. Refusant de voir des groupes là où il n’y a toujours eu qu’une somme d’individus, le film s’emploie à travailler cette idée à travers tous les éléments visuels (la gamine au manteau rouge au milieu d’une rafle) ou narratifs (la liste, dont la somme de noms ne doit jamais cesser de s’allonger) possibles. Pourtant, ici, impossible de réenchanter le quotidien comme c’était le cas dans La Couleur Pourpre, pas de rachat en fin de course, ni de croyance absolue en la fiction pour rédimer les âmes damnées. Si le passage à l’âge adulte a été opéré bien avant, Schindler marque surtout le passage à l’âge amer. 

1/ Rencontres du Troisième Type (1977)
Tout a toujours été une question de musicalité chez ce cinéaste là. Ici ce sont cinq notes, pas plus, qui racontent tout. L’envie de nouer le contact, le désir de l’autre, la soif d’aventure, les signes à décrypter, l’extase mystique, la poésie minimaliste, le génie de John Williams, la promesse de jamais-vu, les croyances ésotériques, la soif d’absolu, la toute-puissance évocatrice. Cinq notes qui contiennent absolument tout Spielberg. Si cet homme est bel et bien le cinéaste le plus populaire de toute l’Histoire, alors il y aura toujours des raisons d’espérer.

Et le meilleur film de Spielberg est...

Où se situera Le Bon Gros Géant dans ce classement ? Réponse en salles.

Prochainement au Cinéma