Miramax
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The Weinstein Company
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10. Inglourious Basterds
Et si on arrêtait deux secondes le gaz hilarant et qu'on regardait pour de bon le plus gros hit de la carrière de QT qui a valu l'Oscar à Christoph Waltz ? Bavard, puéril, autoparodique et interminable (cette scène d'intro, mon Dieu), mélangeant sans vergogne au son d'une playlist en mode random (la BO de David Bowie pour La Féline, sérieusement ?) le comique troupier le plus vulgos (les accents de Brad Pitt, le monologue sur la tarte aux pommes, la pipe courbée) et la nazisploitation la plus nanarde -buter Hitler dans un cinéma en flammes reste l'un des moments les plus embarrassants de la filmo de Quentin- Inglourious Basterds est de loin le film le plus patapouf de Tarantino. Qui semble avoir troqué tout son mojo pour de l'ego périmé. Le triomphe du film relève de l'hallucination collective.

9. Four Rooms
Film à sketchs réalisé par la "promo 92" de Sundance : Alexandre Rockwell, Allison Anders, Robert Rodriguez et Tarantino. Complètement oublié depuis, du moins du point de vue cinématographique. On s'en souvient surtout grâce à Peter Biskind qui donne du tournage une vision particulièrement vilaine et divertissante dans son livre Sexe, mensonges et Hollywood (mauvaise traduction chez Points Poche, 9,80€). En quelques mots : projet initié chez Miramax par Rockwell qui devait être le manifeste de la Sundance Generation où l'on suit les aventures d'un groom chaplinesque (Tim Roth manifestement atteint de la danse de Saint-Guy) dans un hôtel hanté de tarés le soir du Nouvel an. Finalement Tarantino a siphonné tout le projet à sa gloire. Très gros flop à sa sortie en 1995, inédit en France jusqu'en 2011 où il sortit en DTV sous le titre de Groom Service. Les trois premiers sketchs sont gentiment grotesques et hystéro, mais celui de QT est révélateur puisqu'il termine le film en se mettant en scène sous la forme d'un réalisateur de génie ravagé par la célébrité et le champagne. Un exercice de style paresseux, irritant et narcissique, mais très révélateur sur le Quentin post-Palme d'or qui pouvait faire ce qu'il voulait chez les Weinstein. Aux dernières nouvelles, il fait toujours ce qu'il veut.

8. Kill Bill Volume 2
Le contraste avec le Volume 1 est carrément violent : le Volume 2 (pourtant tourné en même temps) ressemble à une sacrée descente de speed. La violence sadique en forme d'impasse, les citations mal foutues qui deviennent beaucoup trop voyantes : l'entraînement avec Pai Mei et ses zooms, la scène de l'enterrement prématuré, l'épilogue aussi bavard que balourd avec le speech de David Carradine sur Superman. Tarantino se laisse aller, s'autocaricature et se regarde filmer. C'est avec ce film que Quentin devient sa propre caricature.

7. Django Unchained
Il y a plein de bonnes choses dans Django Unchained. Dommage qu'elles soient toutes au début : en filmant la formation d'un ancien esclave en chasseur de primes, Tarantino s'amuse, en se promène tout au long d'une balade sanglante et aérée. On l'a rarement vu aussi primesautier. Même Christoph Waltz est supportable. Et puis Quentin enferme ses héros dans la baraque de DiCaprio et pouf, il retombe dans tous ses travers post-Kill Bill Volume 2 : lourdeur, flemmardise, autocitation, paresse. Malgré tous les efforts de Leo pour jouer un méchant, la sauce ne prend jamais et on s'emmerde sec pendant une heure. Dommage, c'est toute la fin du film.

6. Reservoir Dogs
On a beau connaître ça par cœur, on ne s'en lasse pas. Au petit déj, des malfrats parlent du sens caché de "Like A Virgin" de Madonna, puis s'engueulent sur le pourboire (pour ou contre ?), râlent sur le café, les serveuses, la musique 70's, les gueules des mecs... Le film entier pourrait se passer sur ce moment-là, sur ces banquettes, que ça ne nous aurait pas dérangé. Vingt ans après le film sent un peu l'huile (un peu trop facile de dire que tout QT est déjà là, c'est faux), son réalisateur faisant tout pour se faire remarquer comme l'ado tapageur et bourré de talent qu'il était. Ca a marché. Il s'est fait remarquer. L'année d'après c'était Pulp Fiction et les tapis rouges de la gloire. On connaît ça par cœur. On ne s'en lasse pas. Stuck in the middle with you.

5. Boulevard de la mort
Dès qu'on oublie le cahier des charges irritant du projet Grindhouse (pelloche rayée, titrage vintage, références balourdes) de la première partie et les dialogues paresseusement étirés à l'infini sur les meilleurs films de bagnole ad nauseam (QT n'est jamais pire qu'en mode autocitation), on tient là un vrai bon film d'exploitation, terriblement sexy, avec peut-être la meilleure playlist jamais mixée par Tarantino ("The Love You Save" de Joe Tex : plus belle chanson du monde) hyper féministe -les proies se rebellent face au prédateur. Boulevard de la mort donne aussi un rôle génial à Zoë Bell, la doubleuse cascades d'Uma Thurman dans Kill Bill. Bon signe : échec en salles, Tarantino -à l'instar de Spielberg avec Le Temple maudit- déteste le film. Et pourtant au finish Boulevard de la mort est la meilleure face B de la filmo de Quentin.

4. Les 8 Salopards
QT choisit de shooter un petit épisode du Virginien  comme Ben Hur : en 70mm Ultra Panavision. Bonne idée. Huis clos western cuit saignant dans une cabane, vrai film d'horreur impressionnant, vrai gros morceau de cinoche hyper ambitieux et intelligent qui étripe la mythologie américaine. Petit bingo du style Tarantino (citations nourricières, dialogues énormissimes et violence larger than life) mais miraculeusement digeste. Les 8 Salopards ressemble à un Reservoir Dogs vingt ans d'âge, arrivé à pleine maturité. Un futur classique, à notre avis.

3. Kill Bill Volume 1
Après Jackie Brown qui a laissé les critiques perplexes, Quentin a préféré tourner Kill Bill plutôt qu'Inglourious Basterds. Kill Bill carbure à un mélange d'excitation et de mélancolie pures (la scène belle à pleurer où Sonny Chiba offre un sabre : hommage souterrain et émouvant à True Romance), à l'amour fou d'Uma Thurman et du cinéma (de tous les cinémas : chambara, wu xia pian, western, gore, animation) qui déborde de chaque séquence, le plus sincèrement possible. Dans son Volume 1, du moins. Gros films de quatre heures tourné d'un coup et tranché en deux d'un coup de katana, le Volume 2 n'est qu'une caricature fadasse de la première tranche, qui reste, malgré tout, un mouvement de cinéma superbe.

2. Pulp Fiction
C'est impossible de lister tout ce qu'on aime dans Pulp Fiction. Labyrinthique et inépuisable magnum opus pop qui a été vu, revu, survu -encore plus que Reservoir Dogs- depuis sa Palme en '94 et qu'on enseigne dans les écoles de cinéma. Fantasmé dans l'ennui parmi les rangées d'un vidéoclub par QT et son ex-pote Roger Avary (auteur du chapitre sur Bruce Willis) Pulp Fiction reste un film immense, conscient de sa propre grandeur (c'est aussi son défaut, quelque part, sa conscience de faire du grand cinéma postmoderne à longueur de bobine), totalement divertissant. Dans les dictionnaires à Tarantino il y a écrit "réalisateur de Pulp Fiction". Voilà.

1. Jackie Brown
Deux has been tombent amoureux. Une hôtesse de l'air dans une compagnie minable et un prêteur de caution qui vont tenter d'arnaquer un trafiquant d'armes dans un Los Angeles banal fait de bars vides et de centre commerciaux climatisés. Dans les années 70 l'une était Coffy, reine de Harlem et l'autre cachetonnait dans des séries B (Robert Forster, génial). Loin d'être un gadget sorti de la naphtaline, Pam Grier devient la raison d'être du cinéma de Tarantino, le nexus autour duquel naissent et meurent toutes ses obsessions. La mélancolie, immense et totale du film (cette scène de fin, bon sang), qui nous ouvre grand les bras, c'est celle du cinéma qui capte à jamais des images mais non les sentiments provoqués par ces images. On est tombés raides dingue de Jackie, on espère que ce sentiment-là durera pour toujours.

Où se situe Les 8 Salopards dans la filmo de Tarantino ?

Tarantino prétend que Les 8 Salopards -actuellement en salles- est son huitième film parce qu'il compte les deux Kill Bill comme un seul ouvrage. Mais on sait qu'il a réalisé en réalité 9 longs métrages et quart : Reservoir Dogs, Pulp Fiction, Jackie Brown, deux Kill Bill, Boulevard de la mort, Inglourious Basterds, Django Unchained, Les 8 Salopards. Et un sketch de l'oublié film choral Four Rooms. En mettant de côté Tarantino téléaste (Urgences, Les Experts) et purement scénariste (Tueurs nés et Une nuit en enfer sont restés sur l'étagère) bien que ça nous a désolés de laisser tomber True Romance, film follement tarantinien mais surtout tonyscottien, il est temps de classer les films de Tarantino du pire au meilleur. Et devinez quoi ? Pulp Fiction n'est pas premier.