Annapurna
StudioCanal
New Regency
Paramount
Summit
Metropolitan / Seven7
Universal/Annapurna
20th Century Fox / FPE
Universal/Annapurna
Warner
StudioCanal

Un thriller romanesque et intello avec Sean Penn, achevé en 2000 mais sorti seulement deux ans plus tard. Parfois incompréhensible, pas très beau, Le Poids… pèse des tonnes. Bige-low.

Sur le papier, K-19 a tout pour plaire : Harrison Ford et Liam Neeson pilotent avec leur sens de l'honneur un sous-marin nucléaire russe plein de trous à la fin de la Guerre froide. En VO, le film a un joli titre : The Widowmaker, "le faiseur de veuves". En VF, c'est nettement plus bis  ("Le Piège des profondeurs", donc). Et le résultat est plus Piège des profondeurs que Faiseur de veuves : honnêtement divertissant mais incapable de transcender son simple statut de B-movie (l'accent russe aléatoire d'Harrison Ford...), et de se hisser à la hauteur des titanesques A la poursuite d'Octobre rouge ou USS Alabama.

Un incunable. Une variation sur L’équipée sauvage saupoudrée d’homo-érotisme cuir et queer à la Kenneth Anger, avec un Willem Dafoe tout jeunot dans le rôle de Marlon Brando. Mi-western (des étrangers arrivent en ville, la tension monte), mi-film d’art (en partie produit par le MoMa), parfois atrocement statique, mou, englué dans ses poses fétichistes, le film ne s’apprécie aujourd’hui que comme un artefact, l’étincelle primitive du cinéma de Kathryn Bigelow. Et à ce titre, les dix dernières minutes furibardes sont génialement annonciatrices de la filmo future de la réalisatrice : la violence, la fascination pour les flingues, les huis-clos sous tension où tout bascule en un éclair (et qu’on retrouvera dans Aux Frontières de l’aube ou Detroit). Franchement dispensable pour le commun des mortels, totalement indispensable pour le fan-club.

Le film qui fait (re)basculer la carrière de Bigelow. En perte de vitesse depuis Strange Days (1995), la réalisatrice se retrouve soudain propulsée au sommet avec son portrait d’un soldat yankee accro au danger. Triomphe critique aux Etats-Unis, Oscars remportés à la barbe de son ex James Cameron, Jeremy Renner sur orbite, etc. On se permettra néanmoins de souligner ici l’ennui profond que procure le film, étouffant, pesant, répétitif, hésitant constamment entre film de genre et film sur le genre, B-movie et film à thèse, rush d’adrénaline et posture réflexive. Un constant pas de deux qui lui donne des airs bâtards, inaboutis, malgré d’indéniables fulgurances (la douche de Renner dans sa tenue de démineur reste une image démente) et une capacité à saisir l’air du temps (l’amertume et la gueule de bois de l’après Bush) qui forcent quand même le respect.

Une femme flic addict aux gros calibres croise la route d’un trader complètement marteau sur le point d’entamer une reconversion en serial-killer. Un autoportrait de Bigelow en cinéaste virile et forte tête, doublé d’un ahurissant condensé des obsessions de la décennie 80 : la terreur urbaine post-Maniac et proto-American Psycho, Wall Street et les traders fous (c’est une production Oliver Stone), les lumières bleutées et métalliques à la Michael Mann, la vogue des thrillers nanars façon Liaison Fatale. Le temps joue pourtant en faveur de Blue Steel, illuminé par une Jamie Lee Curtis impériale et désormais recouvert d’une délicieuse patine eighties qui fait oublier l’intrigue nawak. Hautement divertissant.

On sait depuis Hérodote que la vengeance est le moteur de l'histoire. C'est ce qu'illustre Zero Dark Thirty avec une brutalité inouïe : la vengeance obsessionnelle de l'Amérique, le désir de buter Ben Laden "jusque dans les chiottes". Comme pour répudier les moments de comique troupier de Démineurs, Bigelow synthétise magistralement ici dix ans de cinoche post-11 Septembre, dans toutes ses nuances : le "d'après une histoire vraie", les zones d'ombre, l'autopsie clinique, le thriller glacial à la Bourne, l'actioner bourrin en treillis. Soit l'accomplissement du brouillon/projet Démineurs, en gros. Deux heures trente de tortures, de coups de feu et d'impasses mentales plus tard, ni trompettes ni médailles ni héroïsme cocardier. Un cadavre presque banal qui ne résout rien et sur lequel la caméra s'attarde à peine, préférant cadrer les larmes de Jessica Chastain. Pas des larmes de joie ou de soulagement mais de peur face au chaos du monde, au futur incertain et terrifiant. Et ça aussi c'est Hérodote : "l'homme n'est qu'incertitude." Aussi fascinant qu'écrasant, et on a du mal à décider laquelle des sensations gagne à la fin. Le poids de l'incertitude.

C'est l'esquisse de Detroit. En version cyberpunk. Une plongée au ras du bitume dans un futur immédiat : Strange Days se passe le 31 décembre 1999, alors que le film a été tourné en 1994. Ralph Fiennes deale et sniffe des souvenirs en vidéo et la caméra de Bigelow devient littéralement les yeux du spectateur qui regarde Los Angeles s’embraser. Rageur, foutraque, halluciné, du cinéma sous speed qui a pris avec le temps une puissance cinétique incroyable.

Après Démineurs et Zero Dark Thirty, la méthode Bigelow-Boal est portée à son point d’ébullition. En situant son brûlot dans des late sixties à feu et à sang, Bigelow retrouve la puissance qui animait le Arthur Penn de cette époque-là, celui de La Poursuite Impitoyable et de Bonnie & Clyde : violence qui dérange, lyrisme et sécheresse mêlés, ampleur du regard historique. La résurrection d’une certaine idée du grand cinoche US.

Souvent dépassé par son statut culte, Point Break est avant tout un film d'action pas loin d'être parfait. Un modèle de film-concept pompé partout ("un flic infiltré chez les surfeurs-braqueurs de banque"), incroyablement aiguisé et constamment surexcitant, où Bigelow fonce à cent à l'heure (les scènes de braquage annoncent Strange Days). Keanu Reeves y est au summum de sa beauté 90s. "Young, dumb and full of cum." Insubmersible.

Bigelow reprend le casting d'Aliens (Paxton, Henriksen, Goldstein) et le chef op' de Terminator pour leur faire danser entre chien et loup un ballet de cuir, de plomb, de sexe et de mort au milieu de l'Arizona, au son de Tangerine Dream et de "Fever" des Cramps. Western, film de vampires, film de gang, film d’horreur, série B, grand mélo sanglant… Tout ça à la fois. Tout Bigelow en un seul film.

Est-ce que Detroit est un meilleur film que Zero Dark Thirty ?

Detroit est en salles depuis le 11 octobre dernier et, à Première, on adore ce brûlot violent et rageur concocté par Kathryn Bigelow : mais comment se situe Detroit dans la filmo speed, violente et racée de la réalisatrice de Point Break, extrême limite ou Zero Dark Thirty ? Bonne question. On a donc revu les dix films de Bigelow et on les a classés du pire au meilleur, sans oublier l'un des mantras de Point Break : "vision is higly overrated". Surf's up !

Prochainement au Cinéma