Les bonnes manières : Bon genre [Critique]

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Les brésiliens Juliana Rojas et Marco Dutra repoussent les frontières des genres pour accoucher d’une œuvre à l’ambition folle.

Julia Ducournau (Grave) nous confiait récemment qu’elle se reconnaissait dans le cinéma crossover anglais et sud-coréen, qui avait érigé le mélange des genres et la transgression en modèles esthétiques et narratifs. Elle aurait également pu citer le nouveau cinéma brésilien qui, sous l’impulsion de Kleber Mendonça Filho (Aquarius), tente de sortir les récits des carcans imposés par Hollywood et le grand cinéma d’auteur international. Avec Les Bonnes Manières, le duo Juliana Rojas et Marco Dutra pousse la logique de l’hybridité au maximum. On y passe du portrait existentiel à l’histoire d’amour, du mélodrame au film fantastique, du pamphlet social au questionnement sur la maternité, de l’ambiance de télé novela à celle de conte de fée, du dialogue réaliste à la berceuse poétique. Tout ça dans le même film ? Oui, et même dans deux, puisqu’à la faveur d’un twist central stupéfiant, l’action change de décor, de chronologie et de protagoniste principal. Ça y est, l’excitation monte ? Si vous ne savez rien des Bonnes manières (il faut, pour cela, être passé à côté de l’affiche, de la bande-annonce et des comptes rendus de festivals…), ne lisez pas la suite, elle pourrait vous gâcher sa découverte.

Allégorique et subversif
Clara, infirmière noire des quartiers pauvres, devient la bonne à tout faire d’Ana, bourgeoise blanche enceinte jusqu’aux dents qui habite seule un immense building. Ana fait des caprices et a parfois un air absent. Son teint de porcelaine prend des contours menaçants à la nuit tombée, surtout les soirs de pleine lune. La peur et le désir se confondent dans un élan donné par la mise en scène ellliptique qui cherche moins à impressionner qu’à épouser les émotions primaires des deux héroïnes rendues à leur condition animale. Plus de barrières sociales ni de tabous. Les Bonnes Manières est à la fois une allégorie politique, un conte subversif et une invitation à la rêverie qui prend une dimension mythologique dans la deuxième partie. Ce n’est pas pour rien que Rojas et Dutra citent les films de Jacques Tourneur et La nuit du chasseur à longueur d’interviews : la suggestion et la possibilité de l’horreur (toute relative) y sont bien plus puissantes que sa représentation.
 


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