Les animaux fantastiques, Le petit locataire, Planetarium : les films au cinéma cette semaine

Les animaux fantastiques, Le petit locataire, Planetarium : les films au cinéma cette semaine

Ce qu’il faut voir ou pas en salles cette semaine.

L’ÉVÉNEMENT

LES ANIMAUX FANTASTIQUES ★★★☆☆
De David Yates

L’essentiel
Les Animaux fantastiques malgré certains défauts consacre la puissance de l’imaginaire de JK Rowling.

Ca ne dure que l’espace d’un instant, mais d’un seul coup le réel vient nous fracasser la tête. Jon Voight incarne un magnat de la presse qui parle à son fils, sénateur populiste en quête de succès politique, lorsqu’une secrétaire dans le fond du plan explique sottovocce : "on en parle comme d’un futur président"… Forcément, quelques jours après l’élection de Trump, un fils de nanti, qui trône au sommet d’une tour écrasant Manhattan, démagogue et affublé d’une drôle de tignasse blonde, forcément…. Pas de panique : nous sommes à New-York en 1926. Dans le monde d’Harry Potter. Dans l’univers roudoudou de Rowling et : Tout va bien. Ou presque (on peut d’ailleurs tout de suite vous dire que cette sous-intrigue politique est la partie la plus faible du film). Les Animaux fantastiques n’a rien d’un manifeste -ou pas seulement, et en tout cas beaucoup moins que les derniers opus d’Harry Potter. Une course haletante dans le New-York des roaring twenties, sans aucun doute. Un film SF au bestiaire impressionnant certainement. Une screwball façon La Dame du vendrediwhy not. Mais d’abord, surtout, il s’agit du triomphe de J.K. "Jo" Rowling.
Pierre Lunn

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PREMIÈRE A AIMÉ

LE PETIT LOCATAIRE ★★★★☆
De Nadège Loiseau

Enceinte à 49 ans, une joie ou un malheur ? A la tête d’une famille dysfonctionnelle (mari chômeur heureux, mère castratrice, fille-mère envahissante, petite-fille trop lucide, fils au large), Nicole ne se pose pas de question : elle ne peut pas se permettre de garder son "petit locataire". À moins que… Actrice de feel-good movie par excellence, surexpressive, capable de passer du burlesque à l’émotion en un clignement d’œil, Karin Viard imprime le tempo à ce premier film réussi et entraîne derrière elle une ribambelle de seconds rôles au diapason. Secondée pour l’écriture par le duo Fanny Burdino-Mazarine Pingeot (déjà à l’œuvre sur L’économie du couple dans un registre noir opposé), Nadège Loiseau fait preuve d’une réelle maîtrise, tant dans la gestion des arcs narratifs que du rythme et des ellipses ("ça doit être bien de se disputer avec son papa", dit la petite-fille de Nicole au square, scène courte mais suffisante pour comprendre sa situation familiale et sa psychologie). Avec son regard tendre sur les personnages et leur background et sa mise en scène soignée, Le petit locataire évoque ni plus ni moins La famille Bélier. Avec la même réussite au bout ?
Christophe Narbonne

SWAGGER ★★★★☆
D’Olivier Babinet

Avant de désigner une attitude frimeuse dans le vocable de la jeunesse actuelle, le verbe "swagger" fut inventé par Shakespeare lui-même, dans Songe d’une nuit d’été : "Quels sont ces rustiques personnages qui font ici les fanfarons, si près du lit de la reine des fées ?" Quatre siècles plus tard, c’est dans un collège du 9-3 encadré par des tours HLM qu’Olivier Babinet a trouvé ses fanfarons. À partir des témoignages d’une dizaine d’ados d’Aulnay-sous-Bois, le réalisateur de Robert Mitchum est mort orchestre un séduisant portrait choral, esquivant les clichés dans un écrin léché – ni voix off misérabiliste, ni caméra à l’épaule illisible à déplorer ici – sans pour autant verser dans la pose cool stérile. L’idée ? Percer l’écorce paresseuse et uniformément grisâtre des JT pour zoomer sur des personnalités. Des intériorités. Nos collégiens confient ainsi leurs peurs, leurs rêves, leurs doutes. Tantôt grave, tantôt plus cocasse (Mickey et Barbie forment-ils une organisation occulte adepte de la décapitation de masse ?), leur imaginaire délesté de son habituel poids sociologique vire parfois au délire onirique. Il s’exprime dans une esthétique idoine, à la fantaisie débridée : incursions dans la comédie musicale ou la SF, faune improbable, effets clippesques avec force ralentis, musique hypnotique (signée Jean-Benoît Dunckel) et arabesques en drone… Swagger ne se refuse rien. À l’instar de ses attachants héros, ce docu hors norme brise les carcans avec un sacré style.
Eric Vernay

DEMOCRACY ★★★★☆
De David Bernet

Il y a deux documentaires en un dans Democracy : une réflexion très approfondie sur la protection des données, question qui a agité l’Europe avant d’agiter le monde suite aux révélations fracassantes d’Edward Snowden ; et un document précieux sur le fonctionnement des institutions européennes, qui devrait être projeté dans toutes les écoles du continent. Democracy raconte une histoire, celle du combat d’un jeune député vert allemand élu au Parlement européen, devenu rapporteur d’une loi sur la protection des données personnelles dans notre économie numérique. On peut trouver le sujet peu porteur jusqu’à ce qu’on découvre les oppositions que le projet de loi soulève et le lobbying délirant qu’il déclenche : la question est au cœur de la plupart des problématiques économiques et met tous les géants de l’économie sur le pied de guerre. En donnant la parole à de nombreux intervenants des deux côtés, le film dresse un tableau assez complet des enjeux de cette loi (enjeux fondamentaux qui relèvent d’une vision globale de la société) dans une démonstration éloquente. Mais alors que le réalisateur parvient à construire une vraie tension dramaturgique, il abandonne son récit alors que la loi est encore dans les limbes de l’agenda du Conseil de l’Europe et refuse d’écrire la fin de son histoire. Le film s’en relève pourtant, puisque ce qu’il s’attache au fond à écrire c’est un guide de l’Europe. Si on frôle parfois le désespoir face à ce système kafkaïen dont on se demande comment il peut produire la moindre directive, la fascination pour cette utopie communautaire à laquelle des gens se dévouent corps et âme finit par l’emporter et redonner un peu de foi en nos institutions. Ce qui, quelques mois après le Brexit, ne peut pas faire de mal.
Vanina Arrighi de Casanova

CLOSE ENCOUNTERS WITH VILMOS ZSIGMOND ★★★★☆
De Pierre Filmon

Il fut dans les années soixante-dix l’un des grands peintres du paysage américain. Sans doute le chef opérateur le plus important du Nouvel Hollywood. Vilmos Zsigmond avait fui les chars soviétiques en 1956, au moment où ceux envahissaient sa Hongrie natale, puis passé les sixties à bouffer de la vache enragée, avant de se retrouver soudain synchrone, à l’aube des seventies, avec une génération de cinéastes qui voulaient faire du cinéma autrement. Altman, Schatzberg, Cimino et les autres. De la révolution John McCabe au sublime fiasco de La Porte du Paradis, en passant par Délivrance, Rencontres du troisième type et Voyage au bout de l’enfer, l’homme passe une décennie à révolutionner l’art de filmer et d’éclairer, travaillant sur les plus grands films de l’époque, apportant sa sensibilité d’Européen de l’Est aux horizons US. Le Français Pierre Filmon raconte, en compagnie de l’intéressé (mort le 1er janvier dernier), ce parcours cinématographique exceptionnel dans ce documentaire méticuleux et émouvant, ponctué de témoignages de première main (John Boorman, Peter Fonda, John Travolta en duo avec Nancy Allen…). Le tout bien sûr ponctué d’extraits d’une beauté insensée. Un must pour cinéphiles.
Frédéric Foubert

PREMIÈRE A PLUTÔT AIMÉ

TRASHED ★★★☆☆
De Candida Brady

On a beaucoup entendu parler ces derniers temps d'Avant le déluge, le documentaire écolo produit et narré par Leonardo DiCaprio, qui essaie, grâce à des images choc et une approche globale du problème (rencontrer des hommes politiques, des industriels etc.), d'éveiller les consciences sur les énormes conséquences du réchauffement climatique. Son message est clair : si l'on veut protéger la planète, il faut agir. Et vite. Trashed, présenté à Cannes en 2012, part du même principe, mais s'intéresse à un problème en particulier : les déchets. Personne n'a envie de mettre le nez dans ses poubelles, et encore moins dans celles de ses voisins, et pourtant, la question est elle aussi urgente. Que faire des milliards de tonnes de produits plus ou moins toxiques jetés chaque année ? Ici, c'est un autre acteur oscarisé qui se charge d'être la voix d'alerte : le Britannique Jeremy Irons, qui s'investit également en tant que producteur. Il guide les spectateurs du Liban à San Francisco, en passant par l'Ecosse, l'Indonésie ou la France, de déchetteries en usines de recyclage à la recherche de plusieurs cas concrets. La réalisatrice Candida Brady a choisi de découper son film en quatre parties en fonction des quatre techniques utilisées actuellement pour stoker ou tenter de faire disparaître les déchets : l'enfouissement, l'abandon pur et simple dans la nature, l'incinération et le rejet dans l'océan. Aucune n'est idéale. Au contraire, elles causent de gros problèmes de pollution et de santé. A partir de cette idée simple, souvent filmée de façon scolaire, l'équipe parvient à marquer les esprits. Il faut dire que  même sans chercher à faire de fioritures, elle a en mains un sujet assez révoltant. La visite d'un hôpital rempli de patients lourdement handicapés, victimes de l'utilisation massive d'un dangereux herbicide, est particulièrement dure. Sans compter que la composition musicale de Vangelis (Les Chariots de feu, Blade Runner...) est parfaite pour accentuer la sensation d'oppression et d'urgence que la réalisatrice veut à tout prix faire ressentir au public. Brady et Irons ne se contentent pas de dénoncer, ils montrent aussi quelques initiatives proposant des solutions à long-terme pour éviter le gaspillage. Certaines sont personnelles, mais les exemples positifs peuvent aussi venir de membres à part entière de l'industrie. Une manière de rappeler que le gaspillage est l'affaire de chacun et qu'on le veuille ou non, il est grand temps de s'intéresser d'un peu plus près à nos poubelles...
Elodie Bardinet

GORGE CŒUR VENTRE ★★★☆☆
De Maud Alpi

Documentaire ? Fiction ? Le premier long métrage de Maud Alpi est une énigme, brillamment entretenue par l’intéressée qui fait d’un réel abattoir le décor morbide d’un récit décousu que traversent un jeune homme (employé du lieu et acteur occasionnel) et son chien. Vous suivez ? En fait, la vérité sur le genre du film importe peu. Ce qui compte, c’est que ce soit un vrai et bel objet de cinéma, sensoriel, intrigant, éminemment plastique avec sa lumière et ses cadres travaillés qui installent une ambiance entre horreur et fantastique. Tout n’est pas parfait, notamment lorsque la réalisatrice commente, à travers le personnage masculin, la tragédie des abattoirs, brisant à cette occasion la neutralité vertueuse du point de vue observé jusque-là. L’audace et l’originalité dont fait globalement preuve Maud Alpi la range néanmoins parmi les jeunes réalisatrices à suivre.
Christophe Narbonne

POLINA DANSER SA VIE ★★★☆☆
D’Angelin Preljocaj

C’est un récit d’apprentissage dans le milieu de la danse, un Rocky de poche avec des entrechats à la place des crochets du droit. On croit d’ailleurs un instant que Polina, danser sa vie (adaptation par le chorégraphe Angelin Preljocaj de la bande dessinée de Bastien Vivès) ne va pas survivre à l’empilement de clichés du genre coming-of-age qui rythment son récit : l’enfance à la dure dans une Russie inhospitalière, le prof de danse sévère mais juste, l’exil parisien où l’on découvre l’amour et les petites galères du quotidien, Juliette Binoche en simili-Blanca Li… Sauf que le film a un atout irrésistible dans sa manche : elle, Polina, alias Anastasia Shevtsova, une inconnue fraîchement débarquée de l’Est à la cinégénie exceptionnelle, qui fusille le reste du cast de son regard triste et fait se décrocher les mâchoires dès qu’elle commence à évoluer sur la piste. Grâce à elle, et ses chorégraphies en apesanteur, Polina pourrait bien devenir un hit chez les apprentis danseurs et les wannabe petits rats. Parfait, en tout cas, pour taper du pied en attendant la sortie de Ballerina.
Frédéric Foubert

TOUR DE FRANCE ★★★☆☆
De Rachid Djaïdani

Dans ce buddy-movie qui associe un jeune rappeur en rupture de ban et un vieux maçon amateur de peinture, Rachid Djaïdani (Rengaine) fait se rencontrer la France des quartiers, rebelle et créative, et la France profonde, soumise et laborieuse. Quand Far’Hook écrit ses rimes avec son sang, Serge peint à la façon d’un maître académique, spécialiste des marines. Il y a évidemment du bon et du mauvais à prendre chez l’un et chez l’autre, constat que Djaïdani souligne avec une simplicité qui confine à l’évidence. C’est la limite et la beauté du film que cette littéralité qui nous change du cynisme ou de la beauferie habituellement inhérents au genre. Fidèle à lui-même, Gérard Depardieu est monstrueux de générosité. Mais on retient surtout la performance de Sadek : dans son premier rôle, le rappeur de Neuilly-Plaisance impose sa bonhomie derrière laquelle le feu couve. Une révélation.
Christophe Narbonne

AFECTADOS ★★★☆☆
De Silvia Munt

Il est presque impossible de poser un regard critique sur un documentaire qui dénonce le désastre de la crise financière et donne la parole à quelques unes de ses innombrables victimes. Pour Afectados, Silvia Munt a posé sa caméra dans les locaux de la PAH, "la plateforme des victimes du crédit hypothécaire", collectif citoyen espagnol qui vient en aide au victime des prêts toxiques, ces centaines de milliers de personnes expulsées de leur logement par leur banque après s’être retrouvé au chômage et dans l’incapacité de rembourser leurs prêts exorbitants. L’approche est purement humaine : pas de chiffre ni de démonstration méthodique, pas de discours politique et aucun intervenant "spécialisé". Le dispositif repose sur la captation d’assemblées de la PAH et des témoignages individuels. Ceux-ci sont souvent vertigineux, effrayants, bouleversants, et donnent toute sa puissance à Afectados. Ils tissent l’histoire d’un naufrage sociétal et racontent le coût humain de la faillite du système libéral. La mise en scène est austère, les moyens limités et la dramaturgie intentionnellement déceptive : chaque lueur d’espoir qui point dans une trajectoire particulière est suivie par la présentation d’un nouveau cas encore plus grave que le précédent. La crise est loin d’être terminée, rien n’est réglé et il s’agirait de ne pas l’oublier.
Vanina Arrighi de Casanova

 

PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIMÉ

PLANETARIUM ★★☆☆☆
De Rebecca Zlotowski

Planetarium brasse beaucoup de choses, mais son agrégat presque délirant d’enjeux et de thématiques ne lui donne pas un aspect compact, consistant, mais au contraire particulièrement filandreux et irrésolu. Zlotowski est incontestablement plus douée que la moyenne quand il s’agit de poser une atmosphère, de créer des fétiches instantanés (sublime gros plan noir et blanc de Portman en train de devenir une star de cinéma), mais le problème, c’est que beaucoup de pistes narratives ici sont ébauchés, esquissées, avant d’être laissées à l’abandon (le personnage de Lily-Rose Depp existe à peine).
Frédéric Foubert

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TANNA ★★☆☆☆
De Bentley Dean et Martin Butler

A Tanna, île de l’archipel du Vanuatu, dans le Pacifique, vit l’une des dernières communautés tribales au monde. Ses membres vivent selon des croyances et des rituels ancestraux que les deux réalisateurs australiens ont appris à connaître avant de leur proposer de jouer la comédie devant une caméra. Tanna revisite donc un grand thème de la tragédie (les amoureux séparés par deux camps adverses) sous la forme d’une fable cruelle où le mythe le dispute au réalisme -parfois fantastique. On est partagé devant le côté rafraichissant et inédit de la chose et son aspect un peu fabriqué, inhérent au regard occidental que les cinéastes posent sur ces acteurs improvisés, à la fois justes et empruntés. Au crédit de Dean et Butler : des images spectaculaires, redevables à la géographie de Tanna, île volcanique et verdoyante.
Christophe Narbonne

 

PREMIÈRE N’A PAS AIMÉ

IRIS ☆☆☆☆☆
De Jalil Lespert

Après le succès du joliment manufacturé Yves Saint Laurent et sa collaboration à la série de Canal, Versailles, Jalil Lespert entendait confirmer son statut de super faiseur de luxe, à l’aise dans tous les registres, avec cette adaptation d’un film méconnu de Hideo Nakata (Chaos, sorti direct en DVD ici). Raté. Iris est un thriller à twists neurasthénique dont on se désintéresse avant le premier coup de théâtre, englué dans une atmosphère sexy-SM prétendument sulfureuse et en réalité totalement ringarde, qui rappelle les sous-Joe Eszterhas qui fleurissaient après le triomphe de Basic Instinct. A la fois devant et derrière la caméra, Lespert est déchaîné dans la peau d’un banquier louche à la Edouard Stern, au point de voler la vedette à Romain Duris, censé être la tête d’affiche, mais ici complètement éteint et désinvesti.
Frédéric Foubert

 

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