Les Tuche 3, Wonder Wheel, L’Insulte : les films au cinéma cette semaine

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Ce qu’il faut voir cette semaine.

L’ÉVENEMENT

LES TUCHE 3 ★★★☆☆ 
D’Olivier Baroux

L’essentiel
Jean-Paul Rouve dévore tout et tout le monde sur son passage dans ce troisième épisode.

Les Tuche 3 a tout presque compris aux failles des deux premiers, qui tentaient désespérément de faire sens et d’épaissir les personnages. En ne faisant même plus semblant d’avoir une histoire, la comédie s’affranchit de toute contrainte scénaristique une fois arrivée à son but : faire de Jeff Tuche le président de la République.

François Léger

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PREMIÈRE A AIMÉ

L’INSULTE ★★★☆☆
De Ziad Douairi
 

C’est un échange vif comme il en existe tant. Une réplique blessante qui en appelle une autre. Une tension qui monte à vitesse grand V avant que, généralement, les esprits finissent par s’apaiser et que tout rentre dans l’ordre. Sauf que l’altercation qui ouvre L’Insulte ne se déroule pas dans n’importe quelle ville et n’oppose pas n’importe quels individus. Elle a lieu au cœur de Beyrouth et implique un nationaliste chrétien et un réfugié palestinien (Kamel El Basha, primé à Venise)..
Thierry Cheze

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GASPARD VA AU MARIAGE ★★★☆☆
D’Antony Cordier

Le film commence comme le dernier Klapisch : le fils préféré revient au bercail où il retrouve sa sœur et son frère qui ont géré l’affaire familiale en son absence. Certes, un zoo remplace le domaine viticole, le père n’est pas mort et Gaspard est célibataire mais la photo d’ensemble est à peu près la même. Il s’agit dans les deux cas de faire le deuil de l’enfance et d’entrer de plain-pied dans l’âge adulte. Adieu à la binarité du monde, place à la complexité des rapports humains qu’incarne avec humour et vitalité Laura, jeune femme rencontrée par hasard dans le train à qui Gaspard va proposer de jouer sa copine le temps du mariage de son père. Ce personnage déconcertant (auquel l’étonnante Laetitia Dosch prête sa nature spontanée) sert à Cordier de révélateur de sévères dysfonctionnements familiaux, au premier rang desquels la relation quasiment incestueuse entre Gaspard et sa petite sœur, Coline. Cette dernière, qui se prend pour un ours (!), est caractéristique de l’univers d’Antony Cordier (Douches froidesHappy few), moraliste contrarié qui aime filmer la normalité en train de se lézarder sous les coups de pulsions incontrôlées –ou inattendues. On peut lui reprocher une tendance trop nette à organiser le chaos à travers ses portraits acérés et à chasser in fine toute ambiguïté. Malgré cela (ou en dépit de), Gaspard va au mariage suscite plus de trouble et d’interrogations que de nombreux films d’auteur métaphysiques où le non-dit est érigé de fait en mystère. 
Christophe Narbonne

SPARRING ★★★☆☆
De Samuel Jouy

Impossible de ne pas établir de liens entre le premier plan du film, qui suit Mathieu Kassovitz monter sur un ring, et le premier combat professionnel de celui-ci, en juin dernier. Son partenaire à l’écran, Souleymane M’Baye (ex-champion du monde WBA des super légers), n’est-il pas son mentor et entraîneur depuis le tournage ? La séquence où Tarek M’Barek (joué par M’Baye), en lice pour le championnat d’Europe, donne méchamment la leçon à Steve Landry (Kasso), son “sparring” (partenaire d’entraînement), peut ainsi se voir comme l’incipit de leur future collaboration. Au-delà de cette troublante analogie, Sparring est une double déclaration d’amour aux sports de combat, cette “école de la vie”, et au storytelling des films mythiques qui l’ont précédé, de Nous avons gagné ce soir à Rocky, en passant par Fat City : le héros fatigué est au soir de sa carrière, le quotidien est difficile à assurer, les à-côtés ne suffisent plus, la souffrance est autant physique que morale… Inscrite dans un réalisme loachien grisâtre un peu appuyé (Steve parviendra-t-il à offrir à sa fille le piano de ses rêves ?), l’histoire ne révolutionne pas le genre mais vise à l’authenticité, cette marotte de la production indépendante mondialisée. Elle y parvient en grande partie grâce à l’interprétation lasse de Mathieu Kassovitz, à son statut d’underdog du cinéma français qu’il insuffle à ce Steve, ivre de coups, brisé par les échecs, mais toujours debout.
Christophe Narbonne

OH LUCY ! ★★★☆☆
De Atsuko Hirayanagi

Prolongement d’un court-métrage à succès de la réalisatrice, cette étonnante comédie dramatique japonaise met en scène une employée de bureau dépressive qui se découvre une énergie insoupçonnée grâce à des cours d’anglais où elle porte une perruque blonde et peut se libérer de ses inhibitions. Quand le professeur, dont elle s’est entichée, quitte Tokyo pour la Californie, notre héroïne part sur les routes américaines en quête d’émotions exacerbées mais potentiellement douloureuses. Oscillant entre farce débridée et tragédie sentimentalo-familiale, Oh Lucy ! livre, malgré une réalisation parfois bancale, une vision décapante de la crise de la cinquantaine, et bénéficie de la présence de Josh Hartnett, ancien jeune premier hollywoodien dont le regard se voile ici d’une touchante mélancolie.
Damien Leblanc

CENTAURE ★★★☆☆
D’Aktan Arym Kubat

C’est un peu « Voyage en terre inconnue » mais sur grand écran, sans Frédéric Lopez ni invité star. Une plongée passionnante au cœur d’un petit village du Kirghizstan signée Aktan Arym Kubat (passé par les sélections parallèles cannoises avec Le singe et Le voleur de lumière). Avec comme guide, un voleur de chevaux repenti dont le grand plaisir est de conter régulièrement à son fils les légendes du temps jadis où chevaux et hommes ne faisaient qu’un. Alors forcément, lorsqu’un nouveau vol de chevaux se produit, tous les soupçons se portent sur lui. Mais Centaure ne se limite pas à cette simple enquête. Aktan Arym Kubat y raconte aussi et surtout le quotidien de son pays avec cette dualité permanente entre le poids encore très présent des traditions et la modernité qui s’y est peu à peu imposée via une occidentalisation galopante. Mais il signe aussi un très sensible portrait de famille avec ce père qui craint que son fils, refusant catégoriquement de parler, ne devienne muet comme sa mère, soupçonnant, elle, son mari d’infidélité. Tendresse, jalousie, affrontement entre hier et aujourd’hui, Centaure évolue sur une multitude de registres sans jamais se perdre au fil des (més)aventures vécues par son personnage central, campé avec charisme, malice et émotion par le réalisateur lui- même. Aussi à l’aise donc devant que derrière la caméra.
Thierry Cheze

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIMÉ

WONDER WHEEL ★★☆☆☆
De Woody Allen

Devant les films majoritairement oubliables que Woody Allen tourne depuis une vingtaine d’années, on se dit qu’il ferait peut-être mieux de tourner à un rythme moins soutenu et de regrouper dans un seul film toutes les bonnes idées qu’ils éparpillent au sein de sa production pléthorique. Mais Allen adore tourner à toute allure et, si Wonder Wheel est traversé de beautés, celles-ci sont encore une fois trop rares.
Frédéric Foubert

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UNE SAISON EN FRANCE ★★☆☆☆
De Mahamat-Saleh Haroun

Mahamat-Saleh Haroun est le tout premier cinéaste tchadien de l’histoire. Logique donc qu’il ait jusque-là consacré ses longs métrages à son pays, rongé par des guerres civiles à répétition, avec en point d’orgue, Un homme qui crie, Prix du Jury à Cannes en 2010. Mais avec Une saison en France, il pose sa caméra à l’intérieur de nos frontières pour parler immigration, droit et devoir d’asile. On y suit le quotidien d’Abbas, prof de français, qui a fui la guerre en Centrafrique pour poser les bases d’une nouvelle vie en France, avec ses enfants. Il travaille comme manutentionnaire sur un marché où il a fait la rencontre de Carole, vite tombée sous le charme du courage de cet homme. Même si régulièrement les fantômes du passé reviennent le hanter, Abbas semble voir le bout du tunnel. Mais une épée de Damoclès continue à planer au- dessus de sa tête : va-t-on accepter sa demande de droit d’asile ou le forcer à quitter le territoire ? Avec Une saison en France, Mahamat-Saleh Haroun met un nom et un visage sur ce qui se résume trop souvent à des débats rhétoriques nourris par une batterie de statistiques. Il le fait avec sobriété et dignité, deux qualités qui rendent encore plus saillantes les scènes d’une grande violence (comme celle où un Africain s’immole par le feu au cœur d’un bâtiment administratif…). Deux qualités qu’on retrouve dans l’interprétation d’Eriq Ebouaney (qui fut un remarquable Lumumba pour Raoul Peck) et Sandrine Bonnaire. Mais cette peur du sentimentalisme et de la larme forcée tient cependant le film à distance. Son austérité finit par se retourner contre lui. Il manque un souffle, une main un plus tendue vers le spectateur, une ambition formelle qui n’auraient fait que renforcer le mélange de tension et de mélancolie existant. Mais la pierre qu’il apporte au débat mérite d’être débattue.
Thierry Cheze

MÉMOIRES DU 304 ★★☆☆☆
De Pascal Luneau

Le commandant Valmy (Karine Valmer) du 304 est à la tête d’une enquête sur la mort de Sauveur (Antoine Martin Sauveur), un agent de la maison chargé d’une affaire de corruption politique entre le parlement européen et la mafia parisienne.
Pour son premier film, Pascal Luneau signe un polar viril bien ficelé, fortement inspiré de l’univers de 36 quai des Orfèvres et Braquo d’Olivier Marchal. Rythmé par des flashbacks et scènes d’actions réussies, Mémoires du 304 souffre toutefois d’une interprétation approximative qui dessert son ambition.
Alexandre Bernard

PREMIÈRE N’A PAS AIMÉ

VOYOUCRATIE ★☆☆☆☆
De FGKO

À sa sortie de prison, Sam est rattrapé par ses vieux démons et une amitié embarrassante. La présence lointaine de son fils l’aidera-t-elle à surmonter sa descente aux enfers programmés ? Biberonnée aux polars américains, une nouvelle génération de cinéastes français tente de sur-affirmer son amour du genre dans des films “à la manière de” (Scorsese, Mann, Fincher, etc). Dans Voyoucratie, on jure tout le temps, on saigne beaucoup mais ce n’est pas suffisant pour faire passer des vessies pour des lanternes. Autrement dit, Voyoucratie n’est pas Mean Streets, ni sur le fond (plus que banal) ni sur la forme (so 2018, hautement définie mais sans personnalité).
Christophe Narbonne

NON ★☆☆☆☆
De Eñaut Castagnet, Ximon Fuchs

Ce Chute libre basque raconte le pétage de plombs d’un chômeur, suite à un contrôle de gendarmerie inopiné. Approximativement interprété mais armé de bonnes intentions, traversé de scènes gore grotesques mais monté furieusement, Non déroule son discours anti-patronat et anti-système avec une sincérité évidente. Du cinéma très bis pour amateurs.
Christophe Narbonne

ZERO PHYTO, 100% BIO ★☆☆☆☆
De Guillaume Baudin

Oui, en France, il est possible de manger bio pour moins cher ! Intéressante initiative  que celle de Guillaume Baudin d’aller à la rencontre des municipalités qui mettent en place des cantines bio se passant de pesticides. Sur la forme, hélas, le documentaire juxtapose les témoignages de manière très austère.
Sophie Benamon

Et aussi

Horse soldiers de Nicolai Fuglsig
Etre plutôt qu’avoir ? À l’école autrement… d’Agnès Fouilleux
Indivisbilii d’Edoardo De Angelis

Reprises
Assurance sur la mort de Billy Wilder
Vera Cruz de Robert Aldrich
Le ciel peut attendre d’Ernst Lubitsch
Adua et ses compagnes d’Antonio Pietrangeli
Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin de John Carpenter
 


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