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Après les 8 grandes qualités de Star Wars 8, place à ses défauts.

Les Derniers Jedi divise fortement le public. Si, à Première, on a globalement bien apprécié le spectacle proposé par Rian Johnson (nos critiques, avec et sans spoiler sont ici), il faut bien avouer que quelques idées tombent à plat dans cette suite. Après avoir détaillé les 8 réussites de Star Wars 8, place à ses 8 erreurs impardonnables.

Attention, cet article contient de nombreux spoilers sur Les Derniers Jedi.

1. Ne pas respecter assez les anciens héros
Si Luke (Mark Hamill) et Leia (Carrie Fisher) sont très présents dans l’intrigue, on ne peut pas en dire autant de C-3PO, Chewbacca ou R2-D2, plus que secondaires dans cette histoire. Chewie fait vraiment de la figuration, R2 est là le temps d’une blague nostalgique et C-3PO a tout juste le temps d’apparaître pour qu’on lui demande de la fermer. C’est d’autant plus marquant que le film suit Le Réveil de la Force, un épisode qui jouait à fond la carte de l’hommage nostalgique à la première trilogie. Le décalage de ton entre les deux est frappant. Heureusement que Yoda est là pour mettre un peu de vraie nostalgie et d’humour bien senti dans tout ça… même si c'est au coeur d'une scène qui brise toute ce qu'on croyait savoir sur la Force.

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Leia et Luke s'en sortent mieux, donc, mais même eux ont leur lot de scènes "wtf", notamment lorsque le général flotte dans l’espace comme une super-héroïne (voir plus bas). Luke est un peu mieux traité, dans le sens où c’est le personnage qui évolue le plus, mais le voir rejeter son sabre-laser et se moquer ouvertement de la Force au début du film a de quoi choquer les puristes. Enfin, son sacrifice final rattrape le coup. Quoi que ? Si la symbolique est belle (les deux soleils, comme dans sa scène d'ouverture d'Un nouvel espoir), tous les enjeux de cette séquence ne sont pas très clairs (Luke est mort d’épuisement en faisant voyager son corps astral à une si grande distance ? Reviendra-t-il en spectre ?).

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2. Ne pas faire assez évoluer les nouveaux
Le message des Derniers Jedi ? Dire au revoir aux anciens pour laisser la place à la nouvelle génération. Très bien, sauf que dans le détail, les jeunes héros de cette suite évoluent peu. Le côté déceptif de l’anti-révélation à propos des parents de Rey (Daisy Ridley) accentue l’idée que la jeune fille n’a pas appris grand-chose sur elle-même malgré sa rencontre avec Luke. On ne sait toujours pas d’où elle tire son grand contrôle de la Force, par exemple. Elle se rapproche de son adversaire Kylo Ren (Adam Driver), qui devient ici pleinement méchant, mais même son rôle à lui ne semble pas tellement fouillé : il reprend le flambeau du grand leader Snoke (qui n’était pas si malin que ça, finalement), avant de piquer une colère contre son ancien maître Luke Skywalker. On retrouve alors le Kylo victime de ses sautes d’humeur, exactement comme au début du Réveil de la Force. Et ce n’est pas sa scène de (torse) nudité gratuite qui va nous amadouer. Non, mais.

Que dire des autres héros ? Finn (John Boyega) et Poe (Oscar Isaac) étaient attachants dans Star Wars 7, mais ne font plus grand-chose ici. Sans parler de BB-8, pourtant très populaire auprès des enfants, qui participe à quelques scènes d’action rigolotes et basta. Le duo de Finn et la nouvelle venue Rose (Kelly Marie Trann) est sympathique mais manque cruellement d’originalité. En plus, concrètement, l’ex-Stormtrooper en est toujours au même point : à combattre son ancienne capitaine, Phasma (Gwendoline Christie). Poe reste un personnage intéressant. On aurait cependant aimé le voir assumer pleinement les conséquences de ses actes (ce sera peut-être le cas dans L’Episode 9 ?), mais là, il sert surtout à mettre en avant les directives de deux femmes fortes : le général Leia Organa et l’amiral Holdo (Laura Dern). Justement, parlons un instant des nouveaux personnages : excepté cette dernière, dont le sacrifice donne lieu à une scène magnifique, le voleur incarné par Benicio Del Toro est trop peu présent pour être vraiment marquant (sans compter que sa trahison est prévisible). Les scénaristes ont visiblement eu trop de personnages à gérer et cela donne la désagréable impression que la plupart sont relégués au second rang…

3. Tuer Snoke (de façon lamentable)
Star Wars 7 a reçu pas mal de critiques concernant sa construction trop copiée-collée des épisodes 4 et 6, mais le film de J. J. Abrams créait quand même de nouveaux personnages intrigants. Le puissant Snoke a notamment fait naître pas mal de théories chez les fans, et Rian Johnson et son équipe ont contre toute attente décidé de briser la construction du personnage au beau milieu des Derniers Jedi. Dans l’idée, pourquoi pas ? C’est une manière de jouer avec le mythe et de créer des surprises, mais ce n’était peut-être pas une raison pour le tuer de cette façon. Coupé en deux au moment où il se sent plus fort et manipulateur que jamais, le grand méchant s’effondre lamentablement, puis son corps tordu est une nouvelle fois montré pour insister sur sa disparition grotesque. Scénaristiquement parlant, cela devrait permettre à Kylo Ren d’obtenir le statut de leader suprême, et donc d’être au top de sa puissance maléfique, mais la fin de son prédécesseur est tellement ridicule qu’elle finit par gâcher cette idée. Et le public a visiblement du mal à s’en remettre.

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4. Casser toute intensité dramatique avec des blagues
D’ailleurs, ce principe de "détruire" la force d’une scène en balançant des blagues est un gros travers de cet épisode. La rencontre entre Rey et Luke, attendue depuis deux ans par le public, est rapidement brisée par la réaction de ce dernier, qui jette son sabre laser et part vaquer à ses occupations pas vraiment passionnantes (sauf si vous avez toujours rêvé de voir Luke Skywalker aller à la pêche !). L’entraînement de Rey est alors entrecoupé d’une peinture absurde du quotidien de l’ancien maitre Jedi, entre les Porgs mignons mais envahissants et ses voisines râleuses.

Cette année, Disney a poussé à fond ce principe avec Thor Ragnarok, qui proposait du fun avant tout, au détriment d’un fond un minimum dramatique. Chaque début de conflit était systématiquement détruit par une vanne, qu’elle soit verbale ou visuelle. Si ça marchait bien chez Marvel, Star Wars a un tel statut de saga culte que ce changement radical de ton a de quoi désarçonner les spectateurs de la première heure. Attention, on ne dit pas qu’il ne doit pas y avoir d’humour dans Star Wars. Il y en a toujours eu, et c’était souvent très drôle. Il y a d’ailleurs des blagues géniales dans Les Derniers Jedi, comme celle des fers à repasser, qu’on croirait tout droit sortie de La Folle histoire de l’espace. Mais c’est plus déroutant quand ça concerne une séquence où l’intensité dramatique était en train de se jouer. Montrer Snoke fou de sa pleine puissance avant de le massacrer en un coup de sabre laser, c’est un epu comme si Dark Vador avait sorti une bonne grosse vanne à Luke après lui avoir révélé qu’il était son père, vous voyez ?

5. Transformer Leia en super-héroïne
Un autre gros défaut de cette suite est de multiplier les incohérences et/ou facilités scénaristiques. Un exemple concret : DJ, le personnage joué par Benicio Del Toro, est peu présent à l’écran, mais bien pratique puisqu’il sauve deux fois de suite Rose et Finn. Il les sort de prison, puis vient les récupérer à bord d’un vaisseau volé après leur escapade à dos de Fathiers. Les Derniers Jedi est bourré de twists scénaristiques "faciles" de ce type. Faire exploser les vaisseaux de rebelles un par un, par exemple, ça n’a aucun sens. Quitte à se sacrifier, Holdo aurait pu mettre Poe au courant de son plan plus tôt et foncer dans le vaisseau du Premier Ordre avant que ses troupes ne commencent à être décimées. La scène est bluffante visuellement, mais ça n’excuse pas l’incohérence. Arrêtons-nous un instant sur Poe, d’ailleurs, qui envoie Finn et Rose sur Canto Bight, la planète casino, pour une mission finalement ratée. Il ne pouvait pas le prévoir, certes, mais cela donne à la scène en question un côté inutile. D’accord, ça permet au duo de sauver les bestioles maltraitées et c’est bien mignon, mais le seul intérêt scénaristique de cette planète est de présenter le petit garçon qui ressent la Force et annonce une nouvelle génération de Jedi (scène qui aurait pu se passer ailleurs, en plus). Vu qu’on ne nous montre pas les retombées de cette mission échouée par Poe, la séquence entière perd son intérêt. On espère vraiment que la question sera traitée dans la suite et que le personnage de Del Toro reviendra, sans quoi toute cette partie aura été franchement inutile.

L’exemple le plus marquant dans ce domaine est sans aucun doute LA scène de Leia. Un instant surréaliste où la sœur de Luke Skywalker fait pour la première fois pleinement usage de la Force pour revenir à l’abri dans un vaisseau après avoir été propulsée dans l’espace. Elle a commencé à geler, mais elle trouve en elle le pouvoir de se déplacer. C’est tellement "what the fuck ?" que Rian Johnson a dû justifier la séquence depuis la sortie du film. Il a d’ailleurs aussi dû faire pareil à propos du sort de Snoke et des parents de Rey auprès des fans… C’est bien une preuve d’échec : si le public a besoin d’explications, c’est que son film n’est pas assez clair.

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6. Le générique déroulant n’a aucun sens
Il aurait d’ailleurs dû nous mettre la puce à l’oreille. Concrètement, l’action des Derniers Jedi démarre quelques secondes après celle du Réveil de la Force. Il n’est donc pas logique de d'introduire l’intrigue par le fameux générique déroulant, puisque comme l’histoire commence dans la continuité directe de la précédente, il ne s’est strictement rien passé entre les deux ! D’un autre côté, si le film s’était ouvert sans, les fans auraient crié au scandale, tant la tradition est importante au sein de Star Wars (son absence au début de Rogue One avait déjà pas mal divisé les spectateurs, elle était justifiée par la production par le fait qu'il s'agissait d'un spin-off).

Ce paradoxe montre bien toute la difficulté de la réalisation d’un Star Wars. Même dans un épisode comme celui-ci, qui veut briser les codes, certains éléments sont inévitables… tant pis s’ils sont illogiques. Cela participe à cette impression d’histoire générale incohérente.

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7. Briser la continuité de la saga
Rian Johnson essaye clairement de se détacher de la mythologie Star Wars avec cet épisode, et cela peut donner quelques bonnes idées, mais ça crée aussi un étrange décalage au milieu de l'histoire générale. Contrairement aux autres épisodes qui marchent en trilogie, celui-ci est si différent du Réveil de la Force qu’on a du mal à voir entre les deux une intrigue cohérente. Star Wars 8 est au beau milieu du "canon" officiel de la saga, mais ressemble étrangement à un spin-off, à un épisode à part, sorte de défouloir où on se permet de casser les codes (et le sabre de Luke, et le masque de Dark Vador…) sans trop se soucier de la suite. Bon courage à J. J. Abrams, d’ailleurs, qui va devoir se débrouiller pour finir la trilogie à partir de ça. Snoke et Luke ne sont plus là, les parents de Rey n’étaient personne (à moins que Kylo ait menti ?), Leia doit revenir mais on ne voit pas bien comment depuis la mort de Carrie Fisher… Pourtant, on sent bien la volonté du réalisateur de créer du neuf pour la suite avec cette belle scène du petit garçon possédant la Force, mais ça reste bizarre de choisir de trancher radicalement avec ses prédécesseurs dans un épisode du milieu. Le concept d’"on efface tout et on recommence", pourquoi pas, mais au cœur d’un reboot ? Ou en fin de trilogie ? Prendre ce virage en plein milieu de la nouvelle histoire est franchement déroutant.

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8. Tout déconstruire… pour ne rien proposer de fou
Pour finir sur cette histoire de déconstruction : même si l’on accepte l’idée de détruire les modèles pour laisser la place à une nouvelle génération, celle-ci manque pour l’instant de profondeur. Que Luke soit remplacé par Rey et Dark Vador par Kylo Ren, ok. Mais à ce compte-là, il faut que les successeurs en questions soient dignes de leurs aînés. Les Derniers Jedi déconstruit tout, et c’est un risque de la part de ses créateurs. Malheureusement, il ne propose pas grand-chose pour compenser. Ce sera sans doute la mission de l’épisode 9, du coup. N’empêche que celui-ci aurait été moins frustrant s’il avait commencé à véritablement miser sur ses nouveaux héros, plutôt que de laisser Rey dans le vague, Kylo toujours à piquer ses crises, Poe n'assumant pas son échec et Finn à tourner en rond (et Rose à finir… comme lui dans l’épisode précédent !).

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