Le scandale Audiard et l’absence des US : retour sur un Palmarès controversé

27/05/2012 - 23h04
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Alors que la sélection semblait cette année plus ouverte et plus audacieuse, Nanni Moretti aura privilégié les habitués. Dommage.

C’est la loi du genre. Alors que Nanni Moretti vient de remettre son palmarès, des voix s’élèvent déjà pour le contester. Où sont passés Audiard et Kidman ? Pourquoi avoir boudé l’Amérique ? Et franchement qui a compris le Reygadas ? Debrief à chaud, avant de tout oublier pour une année entière…


Une palme attendue (et méritée)

Conformément aux pronostics de la journée, c’est donc Amour de Michael Haneke qui décroche la Palme d’or. 3 ans après son Ruban Blanc, l’autrichien repart avec sa deuxième Palme d’or sous le bras (rentrant dans un club très fermé déjà squatté par Coppola et Bille August). Isabelle Huppert absente du jury cette année, on ne soupçonnera personne de copinage. Et le fait est que, depuis la présentation du film dimanche, c’était plié : son cri d’amour déchirant, son étude clinique de la dissolution d’un couple avait fait l’unanimité. Précision de la mise en scène, empathie pour ses personnages  et ses comédiens (une grande première pour Haneke) : en découvrant Amour, on savait que la compétition venait de décoller et que peu de postulants pourraient rattraper le cinéaste autrichien. Comme l’a rappelé Moretti, le film doit beaucoup à ses deux acteurs principaux. Mais Haneke a su les mettre en scène, les écouter, les laisser vivre : Amour est du coup son film le plus maîtrisé, le plus doux, le plus sensible. Le plus habité. Et celui où passe le plus de cinéma, notamment à travers son regard plein d’admiration pour Trintignant et Riva. La palme d’or était méritée. Le reste du palmarès, en revanche…


L’absence des américains

Le retour des américains sur la croisette aura finalement été un vrai fiasco. Copieusement ignorés par Nanni et ses amis, méprisés par la presse dans son ensemble, Andrew Dominik, John Hillcoat, Jeff Nichols (mal placé) repartent les mains dans les poches. Ce qui ne passe pas pour ces trois là, c’est le classicisme. Ces trois (grands) films nagent dans les mêmes eaux, celles du Mississipi, et surtout, celles où se confluent les grands mythes ricains (liberté, combat entre l’individu et l’Etat, enfer de la corruption, goût des armes) et l’histoire du cinéma. La volonté de se confronter au genre - le western, le film de gangster, le film de traque – aura sans doute aveuglé (effrayé ?) le jury qui n’a peut-être pas su voir que derrière le glamour et l'esthétisme hollywoodien, ces trois chef d’œuvres se répondaient en s’attaquant aux racines du capitalisme et de la société individualiste.
Dans un autre registre Wes Anderson, Cronenberg et Lee Daniels n’auront pas séduit le jury. Pour Paperboy c'est clair : trash, vulgaire, le nouveau film de Lee Daniels pousse tous les compteurs dans le rouge. Mais justement : avec ce film too much - parfois inspiré - Lee Daniels s’installe quoiqu’il arrive dans le panthéon des auteurs provocs à suivre (entre Almodovar et John Waters). Face à ce cinéma américain audacieux, frontal, Nanni et son jury auront préféré valoriser un cinéma d’auteur hardcore (au hasard le Reygadas) et ultra-cannois. De ce point de vue, le Palmarès sonne comme le retour du refoulé et une peur du grand cinéma hollywoodien assez désespérante.


Le scandale Audiard ?

Rien. Nib. Que dalle. Jacques Audiard doit avoir un sale gout de rouille, d’os et d’amertume dans la bouche. Pas sûr qu’il aille passer ses vacances d’été en Autriche. Pour la deuxième fois consécutive, il doit en effet s’incliner devant Michael Haneke. Après le duel «Un Prophète/Ruban Blanc» de 2009, cette édition avait des petits airs de revanche. Et Audiard perd la deuxième manche. Cette fois-ci c’est encore pire qu’en 2009, puisqu’il repart totalement bredouille. Alors quoi ? Nanni est-il allergique au mélo ? L’amputation lui file-t-elle les chocottes ? Déteste-t-il à ce point les Marynelands ? Que De Rouille et d’os reparte sans un prix est en tout cas une véritable injustice. Qui s’explique quand même un peu : présenté en début de festival, peut-être un peu trop poussé par les médias français et surtout très mal vendu (un Marion Cotillard’s movie), De Rouille et d’os (rebaptisé « bredouille et d’os » sur Twitter) n’aura pas tenu la distance. On aurait aimé que Nanni salue la mise en scène insensée de ce film (sensualité et violence) ; qu’il valide l’ambition folle de son scénario (un mélo avec des couilles qui cite La Nuit du Chasseur et Morse) ou consacre Schoenaerts pour son interprétation monstrueuse. Mais non : surstylisé (un crime de lèse-majesté pour Moretti), assumant pleinement son caractère mélo et finalement trop ambitieux (le film clame à chaque plan : « chef d’œuvre, chef d’œuvre »), le film a laissé le jury coi.


Cotillard et Kidman boudées.

Deux actrices auront survolé la compétition : Nicole Kidman et Marion Cotillard. Cotillard avait ouvert la compétition avec une performance énorme, à fleur de peau. Dans le rôle de Stéphanie, elle passait par tous les registres, et tous les états. Drame, légèreté, angoisse et violence. Inattaquable, inaccessible elle avait gagné le prix dès le premier jeudi. Ca ne faisait pas débat. Même Emanuelle Riva (pourtant magistrale) ne lui arrivait pas au moignon. Ca, c’était jusqu’à ce qu’on découvre la Kidman dans Paperboy. Son numéro de fille facile, blonde et naïve, est hallucinant. Sa scène de fellation l’un des morceaux de ce festival, tout comme le peegate… Rarement une actrice de ce calibre se sera mise à ce point en danger. De la beauté pure et classique 80’s qu’elle était, Kidman se transforme en icône trash et gay ne reculant devant rien (et surtout pas les sécrétions). Osée, jusqu’auboutiste, habitée, Kidman rentrera pourtant, elle aussi, sans rien  si ce n’est la petite pique du président (« Je ne suis pas contre le glamour mais il faut que cela soit dans des films qui me plaisent »). Que Nanni Moretti file le prix d’interprétation à deux actrices inconnues, trouvées sur le net (par ailleurs très bien), montre son désir de valoriser un cinéma naturaliste, « vrai », où la performance le cède à l’authenticité.


Le club            

Au fond, que le jury ait sacrifié les américains et Audiard n’est pas bien grave. Mais qu’il fasse triompher des auteurs locaux pour des films mineurs (Loach et sa petite comédie imbibée, Mungiu et son histoire d’exorcisme faiblarde, Reygadas, primé pour un film incompréhensible) en dit long sur sa vision (très conservatrice) du cinéma. Alors que la sélection, elle, semblait cette année, ouverte à toutes les promesses, le palmarès est une vraie déception.

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COMMENTAIRES
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Apparaître en anonyme pour commenter un article...non signé, me va parfaitement..si je comprends tout, Kidman a bien mérité de la patrie des mâles pour la scène citée, et ses multiples déclinaisons...récompenser quelqu'un pour collaboration, oui ce serait original en France, une " Première "...allez, fais t'en mettre un bon coup par derrière, avec le label " Jean-Marc Barr ": rien que du vrai, du vécu..et puis tu pourras concourir..ben pour les hots d'or, parce qu'il est finalement rassurant que ce Festival fasse encore la différence entre happening, " performance ", buzz...et la composition d'un rôle...Kidman vieillit, elle veut continuer d'exister dans un monde où on est jetable après 35 ans, on la comprend..elle semble prête à tout pour se faire remarquer et tenir la rampe, c'est son choix...on ne voit pas bien en quoi cela devrait engager un jury de Festival...quant au coup de la modernité ou de la rébellion, celui de la mise en danger, depuis le temps qu'on nous fait avaler cette énormité, ça va aller...il s'agit plus trivialement de consentir aux " ajustements " de l'époque, toujours les mêmes, dans l'espoir d'en retirer la reconnaissance de qui " paye " de sa personne..aussi éculé que sordide...la fille facile, blonde et naïve...waow, quelle originalité, quelle recherche dans l'écriture...à l'image du film, Paperboy, qui marquera les anales et les buccales d'on ne sait trop quoi...les toilettes d'un cinéma de quartier, peut-être...
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Anonyme | le 28/05/2012 à 03h42 | Signaler un abus
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En réponse à l'anonyme du 28/05 à 3h42 : C'est bizarre, dès qu'une actrice sort de sa zone de confort et prend des risques, elle est critiquée. Donc si Kidman a accepté de jouer dans 'The Paperboy', c'est parce qu' "elle vieillit et veut continuer à exister". Incroyablement sexiste comme raisonnement, non? Kidman a prouvé depuis longtemps qu'elle est une immense actrice qui peut et veut tout jouer. Essayer de la faire passer pour une has-been désespérée prête à tout accepter pour exister est absolument dégueulasse et ridicule (mais aussi typique de la façon dont certaines personnes traitent les actrices hollywoodiennes une fois qu'elles ont passé la barre des 40 ans). Pour info, The Paperboy n'était pas son seul film à Cannes. Elle était aussi là pour 'Hemingway et Gellhorn' dans lequel elle joue la journaliste Martha Gellhorn. Son prochain film 'Stoker' est réalisé par Park Chan-Wook (réal de 'Old Boy' et 'Thirst'). Et, si vous voulais voir une belle 'composition de rôle' comme vous dites, je vous conseille vivement un des ses derniers films, Rabbit Hole, pour lequel elle a été nommée à l'Oscar l'an dernier. Et je suis sûr que vous n'avez même pas vu 'The Paperboy'...
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Anonyme | le 28/05/2012 à 10h14 | Signaler un abus
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moi je voudrais savoirr pourquoi critiqué un palmares certes deconcertant d'ennuis mais privisible car tjs les meme realisateur en competitions !
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Anonyme | le 29/05/2012 à 10h03 | Signaler un abus
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De Rouille et d'os "peut-être un peu trop poussé par les médias français " !! Vous êtes les rois de l'euphémisme.
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Anonyme | le 28/05/2012 à 09h38 | Signaler un abus
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En fait, N. Moretti est un connard de provocateur qui a fait exprès de voter pour un cinéma chiant, de mauvaise qualité et anti-populaire. Vraiment nul !
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Anonyme | le 28/05/2012 à 19h10 | Signaler un abus
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Écrit avec les pieds, vous avez du mal à convaincre (bien que vous ayez sans doute raison...)
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Anonyme | le 28/05/2012 à 09h24 | Signaler un abus
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Un palmarès ennuyeux à mourir!!! J'ai failli m'endormir lors de la cérémonie de clôture. Des films que personne ne connait et dont presque tout le monde se moque récompensés? c'est une mauvaise blague ce 65ème festival de cannes! Ce que je remarque c'est que le palmarès est en majorité composé de films européens... mais les américains, canadiens... nada! Tout de même il y a de l'exagération là. Un parmi tant d'autre, Cosmopolis un film extraordinaire mené par Cronenberg qui a dirigé un Robert Pattinson talentueux, qui m'a franchement bluffée faut l'avouer, à des milliers de km de son twilight! Honnêtement ils méritaient quelque chose... mais non nani a pas apprécié! Et il y en a d'autre! Mais non il a préféré des films chiants comme la pluie! Concernant le film d'Audiard c'est vrai que la presse française nous l'a servi à toutes les sauces celui-là, cela en était vraiment pénible! Je rejoins l'avis de quelqu'un d'autre dans les commentaires : FAITES REVENIR DE NIRO!!!
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Anonyme | le 29/05/2012 à 00h39 | Signaler un abus
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ça me ferait tripper qu'un jour, un blockbuster aie une palme, car je commence à en avoir un peu ras-le bol qu'on ne mette que les films soi-disants d'auteurs en omettant totalement ces derniers du palmarès. Je milite pour qu'on réévalue les film avec plus de budget car, même si je suis le premier à reconnaître qu'il y a beaucoup d'horreurs dans les gros films, certains sont vraiment géniaux. Les récompenser à Cannes prouveraient qu'il est VRAIMENT ouvert
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Anonyme | le 28/05/2012 à 23h14 | Signaler un abus
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Palmarès lamentable, jury de merde (surtout le président) qui a voté avec les pieds ! Je ne me faisais pas d'illusion sur les films Américains / Australiens (qui sont de qualité), mais pour le film d'Audiard, aucun prix, c'est minable ! Qu'on ré-élise " Dieu" Robert De Niro président du jury tous les ans !
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Anonyme | le 28/05/2012 à 18h42 | Signaler un abus
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Le Festival de Cannes,c'est le rendez vous des "intellos du cinéma",et des stars de pacotille. Ce qui caractérise ce festival c'est d'abord ses 3 P(Pognon,Paillettes,Paparazzi) et un jury prise de tête (malgré le respect que j'ai pour Moretti,un des derniers des mohicans du cinéma italien). L'excellent Audiard toujours pas récompensé aura sa chance dans d'autres festivals de vrai cinéma et grâce aux entrées qui seront en progression. A bas le Festival de Cannes
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Anonyme | le 28/05/2012 à 22h20 | Signaler un abus
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