Le grand jeu, Les heures sombres, Burn out : les films au cinéma cette semaine

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Ce qu’il faut voir cette semaine.

L’ÉVENEMENT
 

LE GRAND JEU ★★★★☆ 
D’Aaron Sorkin

L’essentiel
Le scénariste superstar Aaron Sorkin passe derrière la caméra pour raconter l’histoire (vraie) de la femme qui organisait les parties de poker clandestines de la jet-set hollywoodienne.

Où en est Aaron Sorkin ? Le scénariste vénéré, auteur de deux chefs-d’œuvre intouchables du début du 21ème siècle (A la Maison Blanche et The Social Network) semblait être en perte de vitesse ces derniers temps. Sa série HBO The Newsroom (un état des lieux du journalisme américain à l’ère de Facebook et WikiLeaks) l’avait vu se figer dans ses poses les plus grandiloquentes et pontifiantes, et on ne peut pas dire que son Steve Jobs mis en scène par Danny Boyle (pourtant exceptionnel) ait passionné les foules. L’homme rebondit aujourd’hui en passant derrière la caméra, pour la toute première fois de sa carrière, et propose un biopic amoral et véloce, comme l’époque les aime, dans la lignée de Lord of War et du Loup de Wall Street.
Frédéric Foubert

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PREMIÈRE A ADORÉ
 

LES HEURES SOMBRES ★★★★☆
De Joe Wright

Le Churchill-movie, plus qu’une passion anglaise : une vraie petite mode. Quelques mois à peine après l’oubliable biopic avec Brian Cox, au tour de Gary Oldman d’enfiler la panoplie du grand homme. Pas forcément une évidence sur le papier, au regard de la non-ressemblance assez frappante entre cet expert en rôles de bad guys (de Coppola à Besson en passant par Tony Scott ou Alan Clarke), plutôt effilé, et le massif politicien aux bajoues de bulldog. Mais rien de grave, ce ne sont pas un goitre en silicone, des kilos de postiches ou même 3h30 de maquillage quotidien qui effraieront l’acteur-caméléon de 59 ans, rompu à ce genre de défi.
Eric Vernay

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TASTE OF CEMENT ★★★★☆
De Ziad Khaltoum

Au début de cet épatant essai filmique, la caméra se détache délicatement d’un paysage de pierre naturelle avant de dévoiler la ville de Beyrouth dans un assourdissant vacarme de travaux. Habile manière de plonger d’emblée dans la peau des personnages, ouvriers du bâtiment syriens venus au Liban pour fuir la guerre, mais sans cesse renvoyés à des traces de démolition tant Beyrouth est elle-même cernée par une mémoire guerrière. Soumis à un couvre-feu nocturne, ces travailleurs silencieux ne sortent jamais du gratte-ciel en construction qui prend des allures de prison géante. Contraints de contempler le jour une mer à laquelle ils n’ont jamais accès, puis de suivre la nuit la situation en Syrie par écrans interposés, ces exilés fantomatiques sont pourtant magnifiés par des plans hypnotiques, à mi-chemin entre le documentaire et l’exercice de style. Au milieu de longues plages de silence, une onirique voix-off associe ainsi l’odeur du ciment à de doux souvenirs d’enfance avant de réaliser combien elle est désormais porteuse de violence : exposée au cycle infernal des guerres civiles et des destructions, la région se retrouve toute entière englobée par un montage virtuose où les bruits de marteaux-piqueurs du Liban finissent par se confondre avec ceux des chars qui ravagent la Syrie. L’enfermement social, historique, physique et mental trouve donc ici une sidérante incarnation plastique, où l’horizon des rêves s’avère constamment menacé par le spectre de l’effondrement.
Damien Leblanc

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PREMIÈRE A AIMÉ

BURN OUT ★★★☆☆
De Yann Gozlan

On a l'impression que le polar français n’échappe plus que rarement à la malédiction Olivier Marchal dès que son auteur cherche à faire du style (le cuir, des clopes, la pluie, la nuit, la tragédie, les femmes -voir le récent Carbone pour en avoir un « worst of »). Mais Yann Gozlan, réalisateur de Burn Out, préfère faire chauffer l'efficacité brute et rechercher l'action pure : voilà donc l'histoire de Tony (François Civil, épatant en action hero décidé), magasinier en banlieue qui ne vit que pour arracher le bitume sur son deux-roues.
Sylvestre Picard

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LE LION EST MORT CE SOIR ★★★☆☆
De Nobuhiro Suwa

Avec Jean-Pierre Léaud dans le cadre, qui filme-t-on au juste ? L’interprète aux mille conquêtes ou son double plus ou moins fantasmé ? Léaud c’est un peu notre Brando, une figure totémique qui charrie avec lui un monde en celluloïd imperméable à tous les assauts de la fiction. L’homme est là, du haut de sa démesure fatiguée et s’impose sans forcer. Hier encore, Soleil, dans La Mort de Louis XIV d’Albert Serra où écrasé sous une montagne de cheveux royaux il parvenait à être beaucoup plus que son personnage. Aujourd’hui “lion” pour le nippon francophile Nobuhiro Suwa (Yuki & Nina, Un couple parfait…). Il est tel qu’en lui-même, un acteur en tournage qui attend patiemment l’heure du moteur dans une sublime première séquence.
Thomas Baurez

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CŒURS PURS ★★★☆☆
De Roberto De Paolis

Ils habitent tous les deux Rome. Elle s’appelle Agnese et a 18 ans. Lui, de 7 ans son aîné, se prénomme Stefano. Elle a été couvée par une mère croyante qui exige d’elle un vœu de chasteté jusqu’au mariage. Il a grandi entre petits trafics et vols en tout genre et pour s’affranchir de son milieu, il se fait engager comme vigile. Rien ne les prédestinait donc à se croiser un jour et encore moins à tomber amoureux. Mais la vie a plus d’imagination qu’on ne le croit. Et les voilà donc embarqués dans une histoire passionnelle singulière qui se nourrit de leurs différences tout en devant résister à des forces extérieures (sa mère pour elle, ce quotidien violent fait de heurts récurrents avec des gitans vivant dans le camp adjacent au parking qu’il garde pour lui). Pour son premier long métrage, Roberto de Paolis signe un Romeo et Juliette des temps modernes, intense, tendu, à fleur de peau. Il filme aussi bien les battements de cœur qui s’accélèrent que les milieux sociaux aux antipodes dont sont issus ses personnages. Il se promène avec l’aisance d’un funambule sur ces fils ténus tendus entre le bien et le mal, la vertu et le vice, la religion et la morale. Et signe un film aussi cérébral que physique, porté par un duo de comédiens (Selene Caramazza et Simone Liberati) au charisme et à la puissance naturelle renversants.
Thierry Cheze

EL PRESIDENTE ★★★☆☆
De Santiago Mitre

A la Maison Blanche, House of Cards, Borgen, Scandal, Baron Noir... Depuis une quinzaine d'années, les fresques politiques ont fait du petit écran leur principal terrain de jeu. Santiago Mitre, lui, a choisi le cinéma pour examiner les coulisses du pouvoir et dérouler un drame aux accents coppolesques, dans lequel un chef d’État sombre dans la tourmente médiatique lors d'un sommet primordial pour le destin économique de son pays. En marge de négociations à couteaux tirés, il est rattrapé par des magouilles financières opérées par son gendre au détriment de sa fille instable. La vraie force du film réside dans sa volonté de prendre le genre à contre-pied, évitant de starifier l'homme politique façon Frank Underwood. Le cinéaste préfère tirer le portrait d'un homme fragile, tiraillé entre sa mission politique et ses fêlures personnelles : à l'ombre des spotlights, au fin fond d'un jet privé ou cloîtré dans une chambre d'hôtel, Hernan Blanco (brillamment incarné par Ricardo Darin, le De Niro argentin) est un monolithe qui se fissure dangereusement. Face à ses troupes, le chef de meute reste impassible mais les yeux gris acier de son interprète laissent transparaître la détresse de l'humain derrière le requin politique. Alternant caméra à l'épaule dans les scènes les plus intimes et amples mouvements de caméra à la Scorsese pour décrire la mécanique du cirque médiatique, Santiago Mitre dévoile un envers du décor très éloigné de la politique spectacle en rotation sur les chaînes d'infos en continue. Dommage que le film baisse de régime dans un acte final trop diffus, qui laisse en suspend un élément clé de l'intrigue familiale.
François Rieux

L’ÉCHAPPÉE BELLE ★★★☆☆
De Paolo Virzi

Il a Alzheimer, elle est gravement malade (cancer ?), ils végètent en plein quatrième âge et leurs enfants menacent de les hospitaliser. Inversant le mouvement de cette pente descendante - forcément descendante-, ces inséparables se font la malle dans leur vieux camping-car (le Leisure Seeker, titre original du film), direction Key West pour y visiter la maison d’Hemingway. Road-movie classique sans sortie de route scénaristique fracassante, L’échappée belle n’en est pas moins un étonnant voyage, parcouru d’une brise aussi tendre que déchirante. Suivant la Route One qui longe la côte Est (peu exploitée au cinéma, une vraie découverte), confrontés à chaque étape à une société qui leur échappe et qu’ils cherchent à fuir, Ella et John vont conjurer ce présent peu ragoutant en convoquant leur mémoire commune, comme si chaque kilomètre englouti effaçait sans douleur leur vie passée. En suivant leurs règles, pimpantes et désuètes, comme pour glisser en douceur vers l’au-delà. Cette chronique des contrastes n’est jamais amère et confère au film une nostalgie qui s’intensifie sans crier gare. Pour sa première incartade américaine, le réalisateur italien Paolo Virzi (Folles de joie, Les opportunistes) est verni. C’est que ce couple, ce sont Helen Mirren et Donald Sutherland qui lui prêtent vie. Chargés chacun de leurs magistral parcours qui leur permettent de surfer en mode diesel, ces bolides rutilants glissent comme des libellules sur la surface du film, amusés et gracieux, à la fois là et nous emportant ailleurs, superbes personnifications d’un adieu évaporé à la vie.
Anouk Brissac

LIEBMANN ★★★☆☆
De Jules Herrmann

Antek Liebmann est un jeune enseignant allemand qui a fui son pays à la suite d’un incident qui l’a dévasté. En s’installant en Picardie, il espère prendre un nouveau départ et trouver une certaine plénitude. Liebmann présente une histoire assez énigmatique, à la structure narrative quasi expérimentale. À travers sa mise en scène, Jules Herrmann développe avec finesse un personnage intriguant et tiraillé par sa vie passée qu’il cherche à oublier.
Maxime Kasparian

 

PREMIÈRE N’A PAS AIMÉ

 

FIREWORKS ★☆☆☆☆
D’Ayuki Shinbo et Nobuyuki Takeuchi

Deux ados japonais partent en cavale avec une amulette permettant de remonter le temps. Fireworks a beau avoir été produit par Genki Kawamura (Les Enfants loupsLe Garçon et la BêteYour Name...), le film ne nous épargne aucun cliché de l'anime japonais à base de mystérieuse jeune fille avec un pouvoir magique et d'adolescence ensoleillée. Même l'animation, assez paresseuse, ne réussit pas à sauver l'affaire malgré la présence au générique de Nobuyuki Takeuchi, animateur sur Le Voyage de ChihiroLe Château ambulant et Ponyo sur la falaise. On est loin de ces modèles.
Sylvestre Picard

THARLO, LE BERGER TIBÉTAIN ★☆☆☆☆
De Pema Tseden

Un film en noir  blanc de deux heures qui évoque le drame tibétain en critiquant, par l’absurde, l’oppresseur chinois : ce Tharlo coche toutes les cases utiles pour s’attirer la sympathie des critiques occidentaux. Interminable, confondant lenteur hypnotique et esthétisme toc, Tharlo, le berger tibétain est le reflet de l’influence néfaste d’un certain cinéma d’auteur formaté mis à l’honneur dans les grands festivals internationaux.
Christophe Narbonne

 

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