Guide du 12 février 2020
Pathé / Le Pacte / Universal Pictures International France

Ce qu’il faut voir cette semaine.

L’ÉVENEMENT

LE PRINCE OUBLIÉ ★★★☆☆
De Michel Hazanavicius

L’essentiel
Michel Hazanavicius signe un conte modeste mais efficace.

Dans Le Redoutable, son précédent film, Michel Hazanavicius tirait le portrait de Godard dont il détournait la grammaire cinématographique pour faire un biopic « à la manière de ». Un drôle de projet, méta en diable, dont on trouve des traces résiduelles dans Le Prince oublié, film de commande dans lequel le cinéaste reprend l’idée du commentaire dans le commentaire : on est à la fois avec Djibi (Omar Sy) et dans sa tête ; dans la réalité objective et fictionnalisée.
Christophe Narbonne

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PREMIÈRE A ADORÉ

QUEEN & SLIM ★★★★☆
De Melina Matsoukas

C’est évidemment un hasard du calendrier. Mais pas seulement. Ce premier long métrage de Melina Matsoukas, réalisatrice de clips réputée (pour Beyoncé, Rihanna, Lady Gaga, Katy Perry...), dialogue en effet à distance avec un autre film phare de ce mois de février, Le Cas Richard Jewell de Clint Eastwood. Tous deux se penchent en effet sur la figure du héros américain moderne. Comme deux faces d’une même pièce, d’un même pays divisé comme jamais depuis l’accession au pouvoir d’un Donald Trump en quête d’un deuxième mandat.
Thierry Cheze

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PREMIÈRE A AIMÉ

LA FILLE AU BRACELET ★★★☆☆
De Stéphane Demoustier

Au cinéma, on se souvient d’un Clouzot dans La Vérité (1960) essayant d’éprouver par tous les moyens le volcan Bardot, isolé au milieu d’une cour d’assises prête à dévorer le « monstre ». Le tribunal comme métaphore d’une jeunesse forcément blâmée car incomprise, sert aujourd’hui ce très bon film. Ici, Lise, 18 ans (Mélissa Guers, impressionnante), est protégée (exclue !) par une vitre transparente telle la criminelle qu’elle est peut-être.
Thomas Baurez

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UN DIVAN À TUNIS ★★★☆☆
De Manele Labidi

Si beaucoup ont choisi de traiter la période post-Printemps arabe sous l’angle du drame politique, Manele Labidi a opté pour la comédie à l’occasion de son premier long métrage. On y suit une psy qui, après dix ans à Paris, rentre en Tunisie exercer son métier pour aider les citoyens d’une banlieue populaire à gérer le stress lié aux bouleversements en cours. Pleine de bonne volonté, elle va cependant devoir composer avec la perplexité de ces habitants pour qui demander de l’aide constitue un aveu de faiblesse et des obstacles administratifs en cascade, riches en situations surréalistes. Un divan à Tunis raconte un pays en transition par le prisme majoritaire des femmes. Et pointe par l’absurde ces traditions si difficiles à faire voler en éclats, même par un vent de liberté. Avec dans le rôle central, Golshifteh Farahani, toujours aussi subtile et rayonnante.
Thierry Cheze

DEUX
★★★☆☆
De Filippo Meneghetti

Nina et Madeleine, retraitées et voisines, ont, pour la dernière ligne droite de leur existence, la tentation... de Rome. De s’y installer enfin ensemble, en couple, et de vendre leurs petits appartements respectifs pour se payer cette liberté. Mais si Nina est seule, Madeleine, elle, a deux grands enfants. Jamais, en vingt ans de passion cachée, elle n’a réussi à faire son coming out. Cette vente de l’appartement familial lui offre l’occasion de franchir le pas. Mais la met aussi dos au mur sur l’air du « maintenant ou jamais ». Elle n’y arrivera pas, Nina le lui reprochera vertement et, dans la foulée, Madeleine fera un AVC qui la laissera fortement diminuée. Alors, par-delà le sentiment de culpabilité, un autre défi commence pour Nina : comment se glisser dans le processus de convalescence de Madeleine, grandement diminuée, alors que pour ses enfants elle n’est que la voisine ? Ce premier long a la singularité de parler de coming out en inversant les rôles entre générations. Et Filippo Meneghetti a la bonne idée de ne pas l’enfermer dans son sujet mais de mêler de front film sociétal, mélo amoureux, drame familial et même ambiance de thriller avec Nina prête à se débarrasser de ceux qui se mettent en travers de son chemin, pour faciliter la guérison de celle qu’elle aime. Son scénario entremêle ces différentes couleurs avec une grande fluidité et sans le moindre élan démonstratif, à l’image du jeu des impériales Martine Chevallier et Barbara Sukowa. C’est ce qui rend Deux aussi juste et aussi prenant.
Thierry Cheze

MICKEY AND THE BEAR
★★★☆☆
D’Annabelle Attanasio

Pour Hank, la vie s’est arrêtée à la mort de sa femme. Déjà accro aux opiacés, ce vétéran de la guerre d’Irak a définitivement basculé dans une autre réalité et fait de la vie de sa fille Mickey, qui vit seule avec lui, un enfer. Car sans elle, son immobilité morbide le condamne à une mort certaine. Mais en restant à ses côtés, cette ado se voit condamnée à une prison qui l’empêche d’envisager le moindre avenir radieux, à commencer par sa première vraie histoire d’amour qui lui tend les bras. Et ce, sans compter que dans ses crises les plus furieuses, Hank prend Mickey pour sa défunte épouse et manque de basculer dans l’irréparable. Découvert à l’ACID lors du Cannes 2019, Mickey and the Bear paraît au départ cocher toutes les cases de la tragédie familiale vue par le cinéma indépendant américain. Sauf que, comme Debra Granik avec Winter’s Bone, Annabelle Attanasio réussit à transcender les archétypes. Elle crée une vraie tension sourde et sans cesse au bord de l’explosion atomique. Des négociations de Mickey avec des psys pour pouvoir ravitailler son père en médicaments au moment où elle lui présente l’élu de son cœur, la cinéaste dépasse les situations convenues pour créer un suspense aussi poignant que digne, sans une once de sensiblerie. Et cela, elle le doit aussi à une interprète de feu, une révélation digne de celle de Jennifer Lawrence dans Winter’s Bone : Camila Morrone. Cinégénie fascinante, justesse jamais prise en défaut, capacité à emporter chaque scène ailleurs... Elle pose ici le premier étage d’une fusée qui devrait l’emmener très loin et très haut.
Thierry Cheze


TU MOURRAS À 20 ANS ★★★☆☆
De Amjad Abu Alala

Lion du futur lors de la dernière Mostra de Venise, ce premier film soudanais révèle un cinéaste à suivre, Amjad Abu Alala. Il raconte l’histoire de Muzamil, un enfant frappé d’une malédiction. À sa naissance, un derviche s’est évanoui, accomplissant une funeste prophétie : la mort programmée de Muzamil, à 20 ans. Dans la foulée de cette annonce, le père disparaît tandis que la mère se drape de noir pour toujours. Dix-neuf ans plus tard, Muzamil est un jeune homme hanté par sa mort prochaine que l’amour de la belle Naima n’arrive pas à soulager... Remarquablement écrit (un personnage de marginal, conscience du héros, vient notamment aérer le récit) et mis en scène, le film dénonce de façon feutrée le poids des traditions qui pèse sur le quotidien des populations rurales. Une révélation.
Christophe Narbonne

TOUTES LES VIES DE KOJIN
★★★☆☆
De Diako Yazdani

« Jusqu’à 18 ans, j’étais homophobe. » La confession du réalisateur Diako Yazdani, réfugié politique kurde en France, dans le dossier de presse de ce documentaire éclaire sa démarche. Parler de ce sujet a priori tabou, débattre, prouver par l’absurde le ridicule crasse de cette ostracisation criminelle. Et, pour cela, il suit le quotidien de Kojin, homo de 23 ans vivant au Kurdistan dans une société clanique aux principes religieux ultra stricts, qui lui dénie toute place en son sein. Chaque dialogue arraché à ses interlocuteurs (sa famille, un imam ayant foi en sa « guérison »...) devient, par-delà le geste de rejet et d’incompréhension, un grand moment de surréalisme. L’arme utilisée par Kojin et Yazdani pour lutter contre la haine irrationnelle. L’humour comme l’énergie du désespoir tant le chemin à parcourir vers le début du commencement d’une évolution des mentalités paraît long.
Thierry Cheze

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIMÉ

TROIS ÉTÉS ★★☆☆☆
De Sandra Kogut

Inspiré d’un énorme scandale de blanchiment d’argent qui a secoué les élites brésiliennes, le troisième film de Sandra Kogut se focalise sur les couches populaires, victimes collatérales des magouilles des patrons. On y suit les agissements de Mada, la gouvernante d’une famille riche éclaboussée par un scandale financier, qui finit par occuper seule, avec d’autres domestiques, une demeure cossue laissée à l’abandon par les propriétaires en fuite. Et Mada de rentabiliser le lieu à coups de locations, d’événements et de tournages... À l’image de son héroïne éternellement souriante et dynamique, Trois étés avance sans obstacles sur une route pavée de bons sentiments. Dommage que Sandra Kogut n’ait pas mieux exploité ce sujet explosif en versant franchement dans le mélo ou l’absurde.
Christophe Narbonne

 

PREMIÈRE N’A PAS AIMÉ

SONIC, LE FILM ★☆☆☆☆
De Jeff Fowler

Souvenez-vous : la première bande-annonce du film Sonic montrait un design du hérisson-bleu particulièrement raté. Bronca sur Internet. Et Sonic, le film est reparti en post-production pour donner un nouveau Sonic bien mieux fait. La mauvaise nouvelle, c’est que, design réussi ou pas, ce n’est pas le problème : le film ne parvient pas du tout à réussir à faire de la mascotte de Sega un vrai film. Faisant de Sonic à la fois un ado turbulent fan de blagues scato et un second rôle (le héros est un flic quadra rêvant de quitter son bled de province), tout en prenant l’univers du jeu vidéo au pied de la lettre comme dans Super Mario Bros. (oui, le terrible nanar de 1993), rien ne va. Jim Carrey, coincé dans l’imper d’un super-méchant, essaie tant bien que mal de sauver l’ensemble. Bon courage.
Sylvestre Picard

 

Et aussi
Les armes miraculeuses de Jean-Pierre Bekolo
Mamacita de José Pablo Estrada Torrescano
Nightmare Island de Stephen Gaghan
Plogoff, des pierres contre les fusils de Nicole Le Garrec

 

Reprises
Nazarin de Luis Buñuel
Cluny Brown (La folle ingénue) d’Ernst Lubitsch
Sátantángó de Béla Tarr