Le Petit prince
Paramount

A (re)voir ce soir sur M6.

Mise à jour du 27 décembre 2018 : En 2015, Première avait beaucoup apprécié cette adaptation libre du Petit Prince, qui arrive pour la première fois en clair à la télévision. Nous nous penchions alors sur la création originale du projet, chapeautée par des producteurs français et réalisé par un pro de l'animation "made in Dreamworks". Flashback.

Le Petit prince : promesse tenue [critique]

Article du 26 juillet 2015 : En 2008, on le présentait comme l'avenir de l'animation. Son Kung Fu Panda, miracle de comédie fun et de virtuosité débridée, prouvait sa capacité à rivaliser avec les concurrents de chez Pixar. C'était certain, DreamWorks Animation, en mal d'auteurs maison, tenait son Brad Bird. Puis, Mark Osborne a disparu de la circulation, dévoré par l'envie d'affirmer une identité plus personnelle, incompatible avec les exigences, disons commerciales, de la société fondée par Jeffrey Katzenberg et Steven Spielberg. "Je suis parti parce que je voulais faire de la stop motion, des choses moins formatées, clarifie-t-il. DreamWorks a essayé de lancer de tels films, mais ils se sont vite rendu compte que ça n'entrait pas dans leur business plan. J'étais à l'époque assez demandé, j'ai attendu le bon projet, celui qui me permettrait de combler mes aspirations d'auteur avec le budget adapté." Ceux qui ont vu son court métrage More, fascinante fable d'anticipation en stop motion sur le pouvoir de l'imaginaire, savent de quoi il parle : Mark Osborne n'est a priori pas le genre de yes man prêt à toutes les compromissions. 

Entre les bonnes mains
Le "bon" projet va lui être apporté par deux Français téméraires, Aton Soumache et Dimitri Rassam qui ont décidé de fusionner leurs sociétés (Method Animation, Onyx Films et Chapter 2 sont devenus On Entertainment) afin d'adapter un monument : Le Petit Prince de Saint-Exupéry. "On a pratiquement mis trois ans à trouver la bonne personne, raconte Aton Soumache. Quand Dimitri m'a suggéré de m'orienter vers les talents américains, le nom de Mark Osborne est apparu en haut de notre top liste. Ce qui nous intéressait chez lui, c'est qu'à travers Kung Fu Panda, il avait réussi à capter avec la justesse la culture chinoise tout en gardant une dynamique de récit très américaine". Pour le cinéaste yankee, l'engagement avec ces deux Frenchies ne va pas de soi. La multiplicité des sources de financement, typique des productions fauchées, l'effraie un peu. Il refuse donc une première fois leur proposition. Avant de se raviser. "J'ai réalisé qu'il fallait que ce soit moi qui fasse Le Petit Prince. C'est ma femme qui me l'a fait découvrir au lycée. Je ne voulais pas qu'il tombe entre de mauvaises mains."
Confrontés à de graves problèmes d'adaptation, Soumache et Rassam attendent alors d'Osborne qu'il soit leur oracle. "La première fois que j'ai rencontré Dimitri, je lui ai demandé si les ayants droit seraient favorables à une histoire autour du livre. Quand il m'a répondu oui, je n'avais encore aucune idée de ce que je voulais faire ! Il m'a fallu six mois pour trouver la bonne approche. Au final, le film porte davantage sur la fascination que Le Petit Prince exerce partout dans le monde, que sur le roman lui-même."

Mark Osborne dévoile les secrets de son Petit Prince

Heureux mélange des genres
Une petite fille un peu triste et sa mère très stricte emménagent dans une banlieue américaine grisâtre près de la maison d'un vieil excentrique. Les souvenirs chaleureux de l'ancien aviateur, qui aurait rencontré un être merveilleux dans le désert, se mêlent au désir d'émancipation et d'évasion de la fillette ; l'image de synthèse fait parfois place à l'animation de papier ; les couleurs ternes alternent avec les teintes chaudes. Malgré quelques défauts, Le Petit Prince apporte la preuve éclatante de la maturité du cinéma d'animation grand public, qui n'hésite plus à creuser le sillon poético-dépressif des productions Ghibli ou Laïka. "J'aime le cartoon, mais j'aime aussi la profondeur, dit Osborne. J'ai envie d'offrir au spectateur ce qu'il n'attend pas, tout en le divertissant. In fine, mon film, comme le livre, a pour but de susciter des discussions entre les générations."

Selon Aton Soumache, qui a donné au cinéaste les pleins pouvoirs ("il avait en quelque sorte le final cut comme n'importe quel réalisateur français"), Mark Osborne a nourri le projet de son savoir-faire et de sa rigueur tout anglo-saxonne. "Il nous a beaucoup appris en termes de storytelling. Chez les Américains, l'histoire est au centre de tout. Un exemple : en plein milieu du processus créatif, Mark a totalement fait disparaître de l'histoire le père de la fillette. C'est impressionnant de voir à quel point il est parvenu à maintenir le fil du récit tout en opérant des révolutions artistiques et narratives. Pour être honnête, au début on s'est méfiés de lui, on craignait des demandes impossibles à satisfaire... Il nous a constamment défiés et, en retour, on lui a imposé des cadres de travail conformes à nos moyens (finalement conséquents). Ca a été très fructueux". Liés par des intérêts stratégiques communs (faire rayonner l'animation française ; réaliser des films d'auteur de dimension internationale), Dimitri Rassam, Aton Soumache et Mark Osborne ne comptent pas en rester là, à moins d'un échec cuisant du Petit Prince qui invaliderait leur politique ambitieuse. S'il vous plaît... dessine-moi un carton !
Christophe Narbonne

Le Petit Prince de Mark Osborne avec les voix (françaises) d'André Dussollier, Guillaume Gallienne, Florence Foresti, Vincent Cassel sera diffusé à 21h sur M6. Bande-annonce :