Le 15h17 pour Paris : le dernier Clint Eastwood déraille (critique)

Le 15h17 pour Paris

Clint Eastwood prend le train en route et signe son plus mauvais film de cinéaste. Que s’est-il donc passé ?

C’est en leur remettant un Prix aux Guy’s Choice Awards - cérémonie organisée par une chaîne américaine - que Clint Eastwood fait la rencontre d’Alek Skarlatos, Anthony Sadler et Spencer Stone. Quelques mois auparavant, les trois amis ont réussi à neutraliser un terroriste qui s’apprêtait à faire un carnage dans un train Thalys entre Amsterdam et Paris. Visiblement peu rassasié par les hommages et une Légion d’Honneur remise par Hollande en personne, le trio a le temps ce soir-là de glisser à l’oreille de Clint qu’il rédige un livre inspiré de leur histoire. Le titre très mesuré dit déjà tout du projet: 15h17 pour Paris : L’histoire vraie d’un terroriste, un train et de trois héros américains. Le cinéaste qui adore justement ces gens "ordinaires capables de faire des choses extraordinaires" et enchaine les "based on a true story" avec succès, salive déjà à l’idée de transposer ça sur grand écran. Après les très inspirés mais controversés : American Sniper et Sully, voici donc ce 15h17 pour Paris et ses rails toutes tracées.

Plus vraie que nature ?

Le résultat est consternant de bêtise. La première d’entre elle est de confier aux vrais héros leur propre rôle à l’écran, garantie naïve et forcément fallacieuse de coller au plus près du réel (précisons que l’enquête sur les évènements décrits est encore en cours). Chance pour Clint, le plus charismatique d’entre eux et aussi celui qui est le plus conforme à l’idée qu’il se fait du bon ricain : grand, blond, baraqué, besogneux mais motivé, un parcours quasi sans fautes (école catholique, engagement militaire…) et surtout persuadé que quelque chose de grand va lui tomber sur le coin de la tronche. Spencer Stone, 25 ans, est un mec sympa qui se balade en short et boit du coca sur des vaporettos à Venise, discute avec tout le monde dans des bars et ne croit pas les gens qui lui répètent : "Ne va pas à Paris, les gens n’y sont pas gentils !" La caméra de Clint filme Spencer tel quel dans une lumière neutre et indifférente (signée pourtant Tom Stern) sans trop se rendre compte que ce qu’il a en face de lui est d’une banalité confondante. En France, la Warner a préféré cacher le film à la critique pour ne le montrer qu’aux médias partenaires, offrant une tribune libre et offerte à nos trois compères qui se rêvent désormais en comédiens. 

Une prophétie qui se réalise

La place accordée à l’évènement en lui-même pose aussi problème. Comment ménager un "suspense" - même si la chose paraît suspecte - quand on connait déjà l’issue ? Clint a décidé d’opérer par flashs récurrents comme une prophétie qui se réalise. Entretemps, le film décrit l’enfance turbulente de nos Riri Fifi et Loulou qui passent plus de temps dans le bureau du proviseur que dans les salles de classe, la faute à une éducation monoparentale érigée en symptôme de déséquilibre psychologique. Sur ce point Eastwood, ne prend pas partie. Il laisse dire. L’histoire fera le reste. Que faire du terroriste ? Rien. Le film ne lui donne pas de nom, tout au plus un corps que la caméra découpe à l’aide de gros plan et enfin un visage dont on ne peut lire aucune expression particulière. Seul le contre-champ intéresse Eastwood. Soit. Mais alors, quitte à rester aveugle et sourd, pourquoi ne pas assumer totalement le caractère messianique de son film puisque Spencer Stone se sent propulsé vers un évènement exceptionnel dont il devra se montrer digne ? Mystère.

Images sans conscience

Le gros problème du film est donc son angle de vue. La notion même de regard était pourtant au cœur des préoccupations d’American Sniper ou de Sully. D’un côté une fine gâchette voyant le monde à travers le champ réduit de son viseur et bientôt forcé de quitter son poste de tir, de l’autre un pilote d’avion obligé de rejouer en boucle les gestes qui ont permis un amerrissage miraculeux sur l’Hudson River. Sans perspective, l’histoire de ce 15h17 pour Paris devient une célébration gratuite et béate de « simples » héros américains. On se souvient que dans Mémoires de nos pères, Clint Eastwood était parti du symbole d’une bande de G.I  érigeant au milieu de la mitraille un drapeau américain en haut du mont Suribachi à Iwo Jima pendant la Guerre du Pacifique. De cette photo, le film démontrait que derrière le cliché se cachait tout un tas de fantômes et surtout une falsification possible de l’Histoire. Difficile d’imaginer que c’est le même homme qui aujourd’hui livre ces images sans conscience.

 

LE 15h17 POUR PARIS. De Clint Eastwood. Avec : Alek Skarlatos, Anthony Sadler, Spencer Stone… 1h34. 

 


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