Laureline dans l’ombre de Leeloo

Laureline Leeloo

Le rôle de Cara Delevingne dans Valérian ressemble beaucoup à celui de Milla Jovovich dans Le Cinquième élément.

Avec Valérian et la Cité des mille planètesLuc Besson réalise un rêve de gosse : adapter la série de BD qu’il dévorait quand il avait dix ans. Armé d’un budget conséquent (avec 170 millions d’euros, c’est de loin le film le plus cher du cinéma français), il peut développer toutes sortes d’idées grandioses, donner vie aux créatures et aux univers les plus spectaculaires imaginés par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. Le résultat est fastueux : son film déborde de visions sidérantes, et les cases de la BD s'animent harmonieusement. Tout est là : les Shingouz incroyablement designés, l'impressionnante cité des milles planètes... La mise en place de l'histoire est dense et immersive. Pourtant, très vite, les deux héros du film posent problème.

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Incarnés par Dane DeHaan et Cara Delevingne, Valérian et Laureline ressemblent peu aux héros des BD. Dans la série, il s'agissait d'un agent dur à cuire et de sa collègue, une femme iconique créée sous l'influence de Barbarella et de Simone de Beauvoir ("On ne lit pas impunément le Deuxième sexe", disait Christin en 2001). Laureline était une agent aussi forte intellectuellement que physiquement, qui sortait Valerian des pires situations. A l'écran, elle n’est malheureusement pas aussi marquante que sur le papier. Sans doute parce qu’elle rappelle trop souvent une autre héroïne bessonnienne, Leeloo du Cinquième élément (jouée par Milla Jovovich), sans jamais l’égaler - d’autant plus curieux et dommage que Besson est connu pour ses rôles féminins forts (Leeloo, donc, mais aussi Mathilda, Nikita…). 

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Problèmes de couple
Symboliquement, dès le titre du film, la disparition de Laureline intrigue. Edités sous le titre Valérian et Laureline, les BD inspirent donc un long-métrage où seul le héros est mis en avant. Sa partenaire est pourtant très présente à l’écran. Elle vole même largement la vedette à Valérian, ce qui participe au déséquilibre du film (lire notre critique ici).
Sans compter que l’idée du couple est un véritable sujet du film. A l’écran, ils sont construits ensemble. Laureline aime Valérian, Valérian aime Laureline, ils ne cessent de parler de leur relation. Quand ils sont séparés, ils se cherchent et quand l’un des deux est en danger, l’autre fait tout pour le sauver. Alors pourquoi ça coince ?

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Plusieurs raisons. Luc Besson a choisi deux comédiens assez éloignés physiquement des modèles originaux. Laureline a changé de coupe de cheveux (anecdotique ? Pas sûr...) et Dane DeHaan joue un Valérian plus jeune et moins séduisant que le personnage des BD. Même s’il est présenté comme un aventurier sûr de lui et ayant eu de nombreuses conquêtes, il lui manque l'aspect dur à cuir qui faisait le sex appeal immédiat d'un Harrison Ford dans Star Wars. Dans le film, il hésite à s’engager avec Laureline et cette situation est au cœur de l’intrigue : quand ils sont réunis, les deux amoureux ne parlent que mariage et lune de miel. On sent que Besson voulait créer un comique de répétition, mais cette idée finit par lasser,à force de revenir dans la conversation. Le sentimentalisme typiquement bessonien (l'amour, le mariage, la fidélité, le bonheur, tout ça...) empêche aussi bien Valérian que Laureline d’évoluer en tant que personnages à part entière. Leur histoire personnelle n’est pas détaillée, ils sont plongés immédiatement dans l’aventure. Le public les découvre déjà en couple, conquis l’un par l’autre, sans que rien ne justifie jamais leur attachement, alors que Besson réussissait parfaitement à transmettre la fascination de Korben Dallas (Bruce Willis) pour Leeloo dans son précédent space opera. Ici, la rom'com SF ne prend pas et ce sont les personnages qui trinquent.

Laureline Leeloo

L’ombre de Leeloo
La Laureline de Cara Delevingne possède bien les qualités principales de son modèle. Comme dans les BD, elle est espiègle, intrépide, sexy, intelligente, (maldroitement) romantique… C’est une femme forte, qui se bat pour sa vie et ses idées, et n’hésite pas à se mettre en danger pour sauver l’homme qu’elle aime. Mais alors que Mézières et Christin avaient insufflé ces caractéristiques pour la première fois dans un space opera, Besson se contente de les reprendre tel quel et son personnage n'arrive pas à la cheville de Ripley ou... Leeloo. Si Cara Delevigne joue ça plutôt bien, le problème, c’est que malgré tous ses efforts, Laureline n’arrive jamais à la cheville de l'archétype de l'héroïne bessonienne. Sans doute parce que le scénariste et réalisateur s’était tellement inspiré de la Laureline des BD (le "crush" de son enfance) pour créer Leeloo il y a 20 ans, qu'on on ne peut s’empêcher de voir en elle la "vraie" Laureline. Une femme fascinante qui, sortie de nulle part, charme immédiatement le héros par son originalité et sa force. Mais qui s’avère avoir besoin de lui et de son amour pour retrouver foi en l’humanité. "Elle est parfaite", disait le Père Vito Corenellius (Ian Holm) dans Le Cinquième élément. Difficile d’arriver deux décennies après pour réinventer ce personnage culte. Laureline se retrouve malgré elle comparée à deux modèles : sa version originale, symbole de liberté sur le papier, et son "aînée" Leeloo, l’héroïne bessonnienne dans toute sa splendeur.

On finira sur une anecdote révélatrice. Le changement de couleur de cheveux de Laureline participe en partie au fait que les lecteurs des BD auront du mal à reconnaître l’héroïne de leur enfance. Besson l’a justifié, en expliquant justement que lors des tests avec Cara, il trouvait sa ressemblance avec Leeloo trop frappante. "Je sais bien que ça a fait réagir les fans. Mais il y a deux raisons à ce changement. Tout d’abord, on a essayé, mais cette couleur de va pas bien à Cara. Et surtout, quand elle avait les cheveux rouges, tout le monde disait : ‘Oh, elle ressemble à Leeloo dans le Cinquième élément.’ Et c’était vrai. Dès que je l’ai vue comme ça, je me suis dit : ‘Oh mon Dieu, c’est Leeloo !’"
 

Valérian et la Cité des mille planètes est sorti le mercredi 26 juillet. Bande-annonce :

 


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