La Villa, vue sur l’amer [Critique]

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Robert Guédiguian dresse un bilan douloureux des échecs et des renoncements de sa génération. 

C’est l’un des Guédiguian les plus puissants et saisissants vus depuis longtemps – sans doute depuis ses grands drames du début des années 2000, la fresque chorale La Ville est tranquille et le mélo noyé de larmes Marie-Jo et ses deux amours. D’emblée, le décor frappe : un petit port de pêche, des maisons aux volets clos, des restaus à l’abandon, et la villa du titre, cernée par un viaduc, Marseille à l’horizon, et la Méditerranée en contrebas. On est quelque part entre l’impressionnisme et le théâtre antique, entre la peinture et la tragédie. Tout semble d’entrée de jeu plombé par la mélancolie, l’inertie, une tristesse incommensurable. L’idée, ici, est de faire le bilan d’une génération – les baby-boomers incarnés par Ariane Ascaride, Gérard Meylan et Jean-Pierre Darroussin. Robert Guédiguian ne renonce pas au didactisme, à la théâtralité, à son habitude d’utiliser ses personnages comme des porte-voix, des messagers. Mais le discours semble cette fois-ci porté par quelque chose de plus profond et enfoui, comme un écho mythologique, un souffle tragique venu du fond des temps.

Génération perdue
Ascaride joue une grande comédienne, qui n’est pas revenue dans sa maison d’enfance depuis des années. Darroussin est l’intellectuel dandy désabusé, un peu réac sur les bords. Meylan le fils préféré, le taiseux qui est resté fidèle aux lieux et aux gens. Ils ont grandi ici, rêvé ici, leur père est mourant, ils se réunissent pour décider quoi faire de l’héritage, et de cette villa qui les aimante. La mer est à leur pied, le cadre devrait être paradisiaque, mais tout pourtant est déjà mort, figé, éteint. Guédiguian filme avec une mélancolie impériale – et une pointe de masochisme – cette génération qu’on pense bénie, mais montrée ici comme écrasée depuis toujours par l’ombre des pères, et qui s’est révélée incapable de léguer quoi que ce soit à ses enfants. Si même les soixante-huitards, ceux qui ont eu le droit de rêver plus fort que les autres, n’ont aucune raison de se réjouir au soir de leur vie, alors quel espoir pour ceux qui viennent après ? En faisant surgir au cours du film une archive de ses débuts (son film Ki Lo Sa ?, 1986, avec les mêmes acteurs, 30 ans plus jeunes), au son d’une irrésistible scie sixties (“I Want You”, de Bob Dylan), Guédiguian semble dire “c’était mieux avant”. Mais il transforme pourtant la complainte vieux con redoutée en lamento déchirant. Une réplique de Darroussin résume ça génialement : “C’est horrible, tous ces bons souvenirs.” Comme si le bonheur était une malédiction… Même si, à la fin, une forme d’espoir renaîtra (pardon pour le spoiler), La Villa est à voir en double programme avec le documentaire de Jean-Baptiste Thoret, We Blew It, sur la mort des utopies sixties américaines. Histoire d’observer l’axe du désenchantement politique qui parcourt la planète, de L.A. à l’Estaque. 


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