La Belle et la Bête atteint des niveaux jamais vus dans le cinéma français

La Belle et la Bête (Gans)

La Belle et la Bête avec Léa Seydoux et Vincent Cassel sera diffusé ce week-end à la télévision.

A l'occasion de la diffusion dimanche soir sur TF1 de La Belle et la Bête, de Christophe Gans, et en attendant la version live de Disney avec Emma Watson, nous republions notre critique positive et détaillée du film enchanteur avec Léa Seydoux et Vincent Cassel, entrecoupée d'interview de l'équipe. 

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La Belle et la Bête commence comme tous les contes de fées - "il était une fois" -, mais il commence aussi comme presque tous les films de Christophe Gans : par des images d’un personnage en train de raconter sa propre histoire. Cette fois, c’est par oral (d’habitude, c’est par écrit). On a reconnu la bouche de Léa Seydoux, qui lit un livre illustré à des enfants - ce qui est une façon d’annoncer la fin, mais tout le monde sait comment finissent les contes de fées. La première fois que l’objectif se concentre sur une des illustrations, il s’en approche pour bien la cadrer, et l’image s’anime. Le film peut commencer, sur une scène de naufrage qui cause la ruine du riche marchand incarné par André Dussollier. Ce passage du dessin à l’image en mouvement ne sert pas seulement à immerger le spectateur dans le film. Il en affirme aussi le projet esthétique : c’est de l’illustration, ou son équivalent en langage cinématographique.

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Sensibilité nouvelle
Quoi de neuf alors, dans cette adaptation d’un des contes de fées les plus connus du répertoire ? Au moins deux choses : la technique utilisée, qui mélange harmonieusement les outils les plus traditionnels (studio, décors, costumes), et les dernières avancées de la technologie numérique. Rien qu’en termes visuels, le résultat atteint un niveau inédit dans le cinéma français. Pour un film réalisé à 70% en image de synthèse, la soudure entre le réel et le virtuel est invisible la plupart du temps, à quelques exceptions près. Le scénario, par ailleurs, qui apporte une sensibilité nouvelle et des développements jamais explorés à un récit pourtant fidèle à l’original. En substance, cette nouvelle version (il y en a eu 8) remonte aux sources d’une mythologie classique qui convoque les divinités de la forêt pour expliquer diverses métamorphoses affectant les hommes, mais aussi leur entourage, qu’il soit animal, végétal ou minéral. C’est dans ce contexte spectaculaire que se noue la véritable intrigue, une relation - conflictuelle au départ parce que contrainte - qui se transforme en sentiment amoureux. Cette évolution passe par différentes phases, de la résistance à l’abandon, illustrées comme autant de manifestations de la traditionnelle confrontation entre le masculin et le féminin. Il n’est pas innocent que Gans ait fait appel à une scénariste, Sandra Vo-Anh, pour fondre ces deux sensibilités en un mélange harmonieux.

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La mise en scène est au diapason, délibérément pensée pour s’accorder aux affects ressentis par les personnages. Rien que les décors en disent long sur Belle, installée au château de la Bête dans une chambre toute en courbes. Dans ses rêves, elle entre dans une dimension parallèle qui lui permet de voir le château tel qu’il était à l’époque où le Prince avait encore une forme humaine.  L’accès à cette dimension se fait par une ouverture dont la forme suggère que Belle voit avec son sexe. Et ce point de vue résolument féminin sert à amplifier le choc qu’elle ressent à la découverte d’un autre monde, celui du prince, exagérément brutal et masculin. L’histoire montre que ce déséquilibre mènera le domaine à sa perte.

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Des grandes trouvailles
On peut dire sans trop se tromper que Léa Seydoux trouve ici son rôle le plus lumineux, dans la mesure où son personnage rayonne sur tous ceux qui l’entourent, et en particulier sur les deux hommes de sa vie : son père joué par André Dussollier, avec lequel elle forme un duo très doux, et la bête, incarnée par Cassel sous un maquillage numérique. Qu’on ne s’y trompe pas, sous son masque (qu’il porte au moins la moitié du temps), on ne le reconnaît pas plus que John Hurt dans Elephant Man, mais ça ne retire rien à sa performance qui passe par les gestes et les dialogues. Son apparence, jusqu’à sa dimension et son maintien qui lui donnent de la noblesse, le rapprochent plus du fauve que de l’humain, et c’est probablement un bon choix d’avoir évité de le faire ressembler à une créature de L’Ile du Dr Moreau.

Pour étonnantes qu’elles soient, les images sont parfois familières. De Kaneto Shino (Onibaba) à Miyazaki (Princesse Mononoké) en passant par Kimiyoshi Yasuda (Dai Majin) pour ne citer que le cinéma japonais, on pourrait multiplier les références, mais il y a suffisamment d’invention pour saluer les vraies trouvailles, comme ce cheval magique qui donne accès au château et commande au maquis impénétrable de laisser un passage. La grande réussite du film consiste à faire passer l’émotion quand il le faut. La première fois que la bête laisse partir Belle est un grand moment réussi. Il y en a beaucoup d’autres, aussi forts. Et c’est le pari tenu de ce film de laisser parler la sensibilité sur un terrain si balisé.
Gérard Delorme

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