Disney

La version live du classique Disney revient ce soir sur W9.

Mise à jour du 19 avril 2018 : Avant de présider le jury du prochain festival de Cannes, Cate Blanchett revient ce soir dans Cendrillon sur W9. La chaîne diffusera le remake live du classique Disney, réalisé par Kenneth Branagh et sorti au cinéma au printemps 2015. A l'époque, Première avait rencontré le metteur en scène pour parler de ce projet dans la veine de Maléfique, Le Livre de la Jungle, La Belle et la Bête...

Cate Blanchett, Présidente du jury de Cannes 2018

Pour nous vous étiez le réalisateur abonné à Shakespeare. On est un peu perdu maintenant : qui êtes-vous et que s’est-il passé ? (Il rit) C’est marrant… On me dit que j’ai une prédilection pour les classiques. On me demande pourquoi je ne fais rien de neuf. J’ai fait des adaptations de Shakespeare et ça m’a pris du temps avant de passer à autre chose. C’était une longue période, où je travaillais avec les mêmes personnes. Quand j’ai joué dans mon premier film, je pensais ne jamais en faire un autre. Devenir réalisateur, je ne pouvais pas l’imaginer. Mais dès mon deuxième film - un téléfilm en fait - j’ai commencé à poser des questions. J’avais 21 ans. ‘Pourquoi vous faites ça, quelle est cette machine ?’ Ensuite j’ai créé ma propre école de cinéma durant les six ou sept années qui ont suivi. Je me savais intéressé par le métier mais j’ai commencé à vraiment à jouer dans des films de cinéma, ce qui a été une surprise. Ça a duré pendant un moment. Sans tellement de réussite, pour être tout à fait honnête. J’ai tourné avec d’excellents réalisateurs mais pas forcément dans leurs meilleurs films. C’était intéressant, fascinant. En parallèle, je réalisais surtout des adaptations de Shakespeare. Puis l’échec de Peines d'amour perdues (Love's Labour's Lost, 2000, ndlr) a été une grosse déception pour moi. J’adorais ce film et ça m’a fait mal qu’il ne marche pas. C’était certainement un tournant, j’ai pris du temps avant de réaliser à nouveau. Et puis des projets passionnants sont venus à moi. L’idée d’être derrière la caméra est devenue plus logique, plus naturelle. Et j’avais beaucoup joué. J’étais plus âgé, plus sûr de mon expérience. Devenir réalisateur était possible, et pas seulement avec du Shakespeare. Il y a eu différents chapitres dans ma vie créative.

Pourquoi n'y a-t-il pas de chanson dans la version live de Cendrillon ?

Et Cendrillon en est un nouveau ? D’une certaine façon, oui. A l’été 2008, j’ai commencé la série Les Enquêtes de l'inspecteur Wallander (où il incarne Kurt Wallander, ndlr). C’était surprenant pour certains par rapport à ce que j’avais fait avec Shakespeare. Mais le personnage de Wallander est très cinématographique, naturaliste, vrai. Il se met à nu. Et j’étais prêt pour ça, mon travail entrait dans une nouvelle phase où je n’avais plus peur d’être effrayé : je voulais l’être. J’ai un peu laissé ma vanité de côté. Et ça coïncidait avec le film Marvel, Thor. Trois films d’Hollywood en même temps que Wallander en tant qu’acteur, je crois que j’ai réussi durant les sept dernières années à mener un chemin parallèle, en étant à la fois passionné par le métier d’acteur et celui de réalisateur. Comment cela est lié à ce que j’ai fait avant ? Je n’en sais rien. Et peut-être que ce chapitre est fini, car je n’ai aucune idée de ce qui va se passer après. Mais pour répondre à votre première question : je ne sais pas ce qui est arrivé ! (rires)

Que vaut le remake live de Cendrillon ? (critique)

J’ai du mal à voir un lien entre vos trois derniers films : Thor, The Ryan Initiative et maintenant Cendrillon. Est-ce qu’il y a quelque chose qui les rassemble ? (Il hésite) Ce qui participe au plaisir que je prends en tant que réalisateur, c’est de me reconnecter à l’enfant que j’étais, qui regardait des films à la télévision et souvent au cinéma. J'aimais tous les genres, tant que c’était de vraies expériences cinématographiques. À la fin des années 60, il y avait évidemment les James Bond, mais aussi les films avec Matt Helm ou Derek Flint. Des films d’espionnage qui ont certainement fait germer The Ryan Initiative en moi bien plus tard. J’adorais aussi les films familiaux, comme La Mélodie du bonheur ou Chitty Chitty Bang Bang. Et il y avait des comics également à l’époque, dont Thor que je (il se racle la gorge, réfléchit, un peu gêné, ndlr)… que j’achetais. Donc s’il devait y avoir un lien entre ces films, ce serait un retour aux amours d’enfance. Ces premiers moments éblouissants, magiques. Mes moments Cinema Paradiso. 

Le premier film que vous êtes allé voir au cinéma, c’était quoi ? Je me souviens du rituel d’aller au cinéma, Royal Avenue, à Belfast. C’était peut-être en 66 ou 67, j’étais allé voir La Grande Évasion. À l’époque, les films étaient pleins de couleurs vibrantes. La taille de l’écran et l’opulence faisaient partie de l’expérience. On vivait dans une toute petite maison, on était de la classe ouvrière. Aller au cinéma, ça me transportait.

On retrouve d’ailleurs ces couleurs, cette opulence dans CendrillonOui. Je n’avais pas tout ça dans ma vie à l’époque. C’est une expérience sensorielle : les personnages, les mots, la narration… Il y a quelque chose d’indicible derrière tout ça. Les épaules de Cate Blanchett, le scintillement de ces perles, les mouvements de cette robe… Je ne retrouve pas ça sur mon téléphone. Je ne retrouve pas ça au théâtre ou dans un livre. C’est quelque chose d’unique. Pourquoi les gens devraient aller voir Cendrillon ? Parce que vous ne verrez pas Cendrillon au cinéma comme ailleurs.

Contrairement à Maléfique, votre Cendrillon est très classique. Pourquoi respecter l’histoire à ce point et quelle était votre marge de manoeuvre avec un studio comme Disney ? Ils avaient déjà trouvé une direction artistique. Un autre réalisateur avait déjà été impliqué et je ne connais pas les détails de tout ça, même si j’imagine que les deux visions sont entrées en opposition. Si on veut faire une version différente de Cendrillon, les possibilités sont infinies. Mais d’après l’expérience que j’ai des grands classiques, vous pouvez les révéler au grand jour avec une légère inflexion de l’histoire, sans les changer totalement. J’ai fait ça avec Shakespeare par le passé. Peines d'amour perdues est un exemple intéressant : j’y instaurais un vrai concept de réalisation (le film se déroule dans les années 30 et est une comédie musicale, ndlr). Et certains ont dit : ‘Oh, je voulais du Shakespeare traditionnel…’. Presque comme si l’idée était trop radicale. J'ai peut-être trop fait le malin. Avec Cendrillon, j’ai estimé que la psychologie des personnages était tellement forte que le plus gros changement que je pouvais apporter était de réinterpréter l’héroïne. Qu’elle ne soit plus une simple victime. Que cette fille ait foi en la nature humaine, en l’idée qu’être gentil avec les autres est le chemin à suivre pour tout le monde, plutôt que de se battre. Tout en continuant à avoir la force de résister, mais de façon non-violente. Pour moi, c’était ça, le twist radical. Les gens disent : ‘On connaît si bien le film de 1950…’ C’était quand la dernière fois que vous l’avez vu ? Si vous le regardez à nouveau, vous verrez peut-être que c’était le bon moment de faire une nouvelle version de Cendrillon.

Donc une version sombre de Cendrillon aurait été plus facile à faire que la vôtre ? C’est facile de rejeter les choses qui parlent d’innocence et de sincérité. Sa pureté peut sembler nunuche et peu réaliste. Certains pensent qu’elle devrait simplement mettre une tarte à sa belle-mère. Je ne voulais pas faire une histoire où un personnage féminin devient fort en empruntant des attributs masculins. En lui donnant un flingue, ou un truc comme ça. Ce qui était difficile, c’était de rendre cette bonté charismatique et sexy. On vit dans un monde cynique, où tout doit être ironique. Moi j'ai une approche classique. Si ce n’est pas courageux, c’est au moins inhabituel de nos jours.

Vous n’avez pas souhaité faire Thor 2, après avoir réalisé le premier. Vous regrettez aujourd’hui d’avoir dit non à Marvel Studios ? Non, j’ai de bonnes relations avec tout le monde là-bas, Kevin Feige (le boss du studio, ndlr) est un ami. Ils ont été très compréhensifs et gentils quand je leur ai dit que je n’étais pas prêt à rempiler immédiatement pour deux ans et demi. Même si l’idée d’être impliqué dans une trilogie était très attirante, je voulais avoir plus de temps pour planifier les choses qu’il n’est possible de le faire avec ce genre de productions. On m’a demandé dernièrement si je voudrais refaire un film de super-héros. Oui, ce serait super. Mais il n’y a pas de discussions en cours à ce sujet et je ne fais rien pour que ça arrive. Je suis ravi pour eux et je regarde avec fierté la toute petite pierre que j’ai pu poser à l’édifice de ce remarquable mouvement cinématographique. Quand on faisait Thor, seuls quelques films étaient sortis. Aujourd’hui on a l’impression qu’ils ont juste décidé de bâtir tout ça un jour, en claquant des doigts. Mais ils savent à quel point c’était risqué et le boulot qu’il a fallu abattre pour en arriver là. J’étais là quand c’était encore très risqué et ça reste un moment mémorable pour moi.

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Faites-vous des blockbusters pour que plus de gens puissent voir votre travail, parce que vous avez un besoin de reconnaissance du plus grand nombre ? J’ai toujours voulu que le public puisse voir mon travail, c’est important pour moi. Sur mes six derniers films, les trois premiers ont été vus par très peu de gens. Et on pourrait très bien dire que ce ne sont pas des films que les gens voulaient voir, hein ! Mais peu importe la raison. On veut faire des films auxquels on croit. Même au coeur de la machine Marvel. Il faut croire en soi-même.

Quand un de vos films fait un flop, vous comprenez pourquoi en prenant un peu de recul ? Je pense notamment à The Ryan Initiative qui a été un vrai bide. Parfois c’est un mystère, on est perplexe. Avant la sortie de The Ryan Initiative, on a fait des projections test et les résultats étaient incroyablement positifs sur un public assez large, il n’y avait pas que des jeunes. Au final, il n’a pas eu le succès que tout le monde espérait. Et certains vous diront certainement qu’ils savent très bien pourquoi, mais de mon point de vue, ça n’a simplement pas accroché et il y a encore des analyses post-match à faire ce sujet. Parfois on fait un flop et parfois - Dieu merci - on sort un tout petit film qui fait boule de neige et c’est une vraie surprise. Dans le monde d’aujourd’hui, les films sont nombreux et restent peu de temps à l’affiche. Mais en même temps on a les réseaux sociaux et si on aime une chose, on peut la partager avec le monde entier.

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Votre prochain film sera-t-il une oeuvre à vous et pas un film de studio ? Je crois, probablement (il cherche ses mots, ndlr)… J’ai un besoin de variété et de surprises. À cause de l’ampleur de mes derniers films, mon instinct me dit qu’il faut que j’aille vers quelque chose de plus modeste. Je pense. Mais on ne sait jamais, une surprise peut toujours arriver. J’écris quelque chose en ce moment et j’y prends beaucoup de plaisir. On verra.

Votre scénario parle de quoi ? C’est très personnel… Je ne peux pas vous en dire plus !

Propos recueillis par François Léger

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