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A la veille de la sortie de l'ultime épisode de la saga qui l'a fait naître au cinéma, "Peeta" évoque Hunger Games et, surtout, l'après.

Quel effet ça fait de terminer la franchise ?
Je suis partagé. A l’évidence, nous nous sommes amusés à faire ces films et avons développé des liens très forts avec l’équipe et les comédiens, donc c’est triste de se séparer et de savoir que c’est fini. D’un autre côté, ça a pris beaucoup de ma vie pendant quatre ans, entre les tournages et les tournées de promo, et ça fait du bien de retrouver sa liberté. J’ai envie d’écrire et de réaliser et je suis content d’avoir du temps libre pour m’y consacrer.

Quelles leçons tirez-vous de cette expérience, entre la sécurité de l’emploi et les contraintes d’être attaché à un seul projet pendant des mois et des années ?
Il faut faire attention à ne pas se laisser enfermer et être perçu comme l’interprète d’un seul personnage. Un acteur recherche la liberté de se voir proposer des rôles variés dans des contextes variés. Mais la force de cette franchise est d’avoir su engager un casting incroyable. C’est vraiment des films qui doivent beaucoup aux acteurs, pas simplement une franchise fabriquée de toutes pièces. Je suis conscient que les gens me connaissent principalement par Hunger Games en tant que Peeta, et ça ne me dérange pas parce que je suis fier de la série et des personnages. Ce n’est pas comme si j’étais lié à un film merdique.

A quel point êtes-vous libre de choisir d’autres films entre deux épisodes ?
Il y a huit mois entre deux films sauf La Révolte 1 et 2 que nous avons tournés l’un à la suite de l’autre. Entre le 1er et le 2ème, je n’ai rien fait. Entre le 2 et La Révolte, j’ai tourné Paradise Lost. Ce n’était pas trop contraignant.

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Est-ce difficile de passer de ce genre de tournage à une production plus indépendante ?
Ca fait une grosse différence. J’adore les films indépendants. Sur Hunger Games, il y a beaucoup à tourner, l’emploi du temps est chargé, mais le rythme est plus lent. Ils prennent beaucoup de temps pour installer les caméras et les éclairages. Pour un acteur, ça fait tomber l’énergie. On ne se sent pas si prêt à y aller. Alors que sur un film indépendant qui est tourné en seulement 24 jours, on n’a pas tout ce temps pour installer les lumières, on y va sans arrêt. C’est bien de faire les deux et de trouver son équilibre entre les gros films de studio qui laissent plus de temps pour étudier le personnage et les films indépendants qui ne laissent pas le temps de réfléchir et demandent de se fier à son instinct.

Vous venez de faire deux films avec James Fanco, c’était comme ça ?
Oui : go go go ! Tous les deux des long-métrages, nous les avons bouclés en 17 jours chacun. On tournait beaucoup, chaque journée était très longue, mais j’ai adoré ça. Le monde entier devient le film que vous faites. James a beaucoup d’énergie, il est excellent avec les acteurs, il ne donne pas beaucoup d’indications mais quand il le fait, c’est exactement la petite clé dont vous aviez besoin pour comprendre la scène. Une super expérience, très différente des Hunger Games à tous les niveaux. J'ai hâte de voir à quoi ils ressemblent.

Vous avez l’air plutôt libre de choisir. Y a-t-il de la pression pour choisir les films hollywoodiens plutôt que les indépendants ?
Oui, il y a un peu de pression. Mais en ce moment, à presque 22 ans, je suis entre deux âges pour un personnage. Ils me veulent soit pour jouer un étudiant, typiquement le genre de films avec des scripts pas très bons, ou alors, des rôles de personnage de 28 ans. Je pourrais, mais je ne me sens quand même pas tout à fait prêt. Et c’est compliqué de trouver des projets de grande qualité. Du coup, je préfèrerais ne pas travailler du tout plutôt que de m’engager dans quelque chose dont je ne serais pas fier, juste pour continuer à travailler. C’est difficile, mais j’ai trouvé récemment quelques scripts vraiment forts, avec des bons personnages, et qui me conviennent en terme d’âge. La difficulté est de trouver les histoires qui fonctionnent pour moi au présent. Ca revient à trouver des cinéastes en qui je crois et avec qui j’ai envie de travailler. Et des histoires que j’ai envie de raconter.

Comment sentez-vous l’industrie évoluer ?
Elle se polarise de plus en plus. D’un côté, il y a des films de studio à plus de 100 millions de dollas, de l’autre, des films indépendants à moins de 8 millions. C’est dommage, parce qu’il y a beaucoup d’histoires à raconter dans la zone médiane. Mais pour quelque raison que ce soit, ils ne trouvent pas de financement. Pourtant je crois qu’il y a chez le public une envie d’authenticité. Ils aiment le style hyper réaliste, et les films qui ne laissent pas voir les acteurs jouer, comme si c’était un documentaire. Personnellement ça me plaît : j’aime jouer naturellement, je crois que c’est une bonne façon d’impliquer les gens dans l’histoire.

Il semble y avoir aussi un intérêt du public pour les séries télé parce qu’elles sont bien écrites, et elles offrent de bons rôles aux acteurs. Ca vous attire ?
Oui. Vous m’auriez posé la question il y a deux ans, je vous aurais dit pas vraiment, mais aujourd’hui, spécialement dans les cas des formats limités (huit épisodes pour une histoire) ça fonctionne très bien, d’autant qu’ils sont confiés à d’excellents scénaristes et réalisateurs, et acteurs. J’adorerais être associé à un de ces projets. On travaille pendant six mois et c’est parti. On a l’occasion d’explorer un personnage sur une longue durée. Un autre avantage, c’est que vous n’êtes pas prisonnier d’un contrat de 7 ans.

Vous pensez à Hunger Games ?
L’avantage d’une franchise comme Hunger Games c’est que vous avez la sécurité de l’emploi. J’imagine que si vous faites une série, c’est le même sentiment. Mais ça demande des sacrifices, parce que ça rend indisponible pour d’autres projets.

Vous parliez de produire et réaliser ?
Oui. J’ai une compagnie de production et nous avons 6 ou 7 projets à différents stades de développement. J’ai acheté beaucoup de droits pour des livres, des articles que je trouve intéressants. J’ai rassemblé des équipes de scénaristes pour développer des histoires. Ca représente beaucoup de travail, mais en même temps, quand on est propriétaire du projet et créateur, on contrôle d’un bout à l’autre. Je joue dans certains, mais ayant l’occasion d’être à l’origine de la conception des personnages, je n’ai pas besoin de passer par le processus d’auditions et de supplications pour avoir le rôle. C’est très satisfaisant. Par ailleurs, je voudrais diriger un court bientôt pour lequel j’ai écrit un script, je commence à suivre ce chemin.

Est-il trop tôt pour détailler vos projets?
Trop tôt pour certains, mais l’un d’eux pour la télé est basé sur la musique. Ca fait deux ans que j’y travaille avec Jon Avnet  et Rodrigo Garcia, très bon réalisateur et scénariste. C’est un drame familial situé dans un environnement musical, très authentique, pas très raffiné. Trois autres sont des histoires vraies, l’une au Moyen-Orient, l’autre en Amérique, mais je ne peux pas en dire beaucoup plus.

Comment envisagez-vous la mise en scène ? Y a-t-il des metteurs en scène qui vous ont inspiré ?
Beaucoup. Mais j’ai une connaissance assez limitée de l’histoire, je n’ai pas vu beaucoup de vieux films. Mon expérience se limite aux plateaux. En regardant travailler les metteurs en scène, j’ai vu que certains sont meilleurs avec les acteurs, d’autres avec la caméra, et j’ai retenu des éléments ici et là pour créer ma propre vision. En lisant un script, je comprends comment les plans doivent être agencés, je comprends les arcs des personnages et de l’histoire. Je suis fan des Fincher, Aronowski, Nolan, ces cinéastes cérébraux qui ont des univers sombres, épiques et surréalistes. C’est un monde très complexe mais il m’attire. J’aime aussi les films fantastiques à la Guillermo Del Toro.

Martin Scorsese a récemment publié une liste de films que les cinéastes devraient avoir vus. Avez-vous vu ces films ?
Je n’ai pas vu cette liste, mais je vais la trouver. Je suis fan de Tarantino aussi, qui fait des films vraiment osés avec un style très marqué. J’aimerais arriver à ça.

Interview Gérard Delorme

Hunger Games La Révolte Partie 2 avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson et Liam Hemsworth sort demain dans les salles.

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