Première

Arte diffuse le film de Jean-Luc Godard, ce soir, après Conseil de famille, de Costa-Gavras.

Parmi les nombreux hommages rendus à Johnny Hallyday depuis sa mort à la télévision, la soirée spéciale d’Arte programmée ce soir s’adresse aux cinéphiles. La chaîne passera d’abord Conseil de famille, de Costa-Gavras, puis Détective, de Jean-Luc Godard, à partir de 22h35. En 2002, Stéphanie Lamome avait rencontré la star pour parler de cinéma dans Première. Johnny révélait alors avoir été déçu par l’adaptation du roman de Francis Ryck publié trois ans avant la sortie de Conseil de famille, puis il livrait des anecdotes croustillantes sur Détective, film qu'il avait déjà défendu dans les pages du magazine en décembre 1984.

Première

QUAND JOHNNY HALLYDAY FAISAIT LA UNE DE PREMIÈRE 

Conseil de famille (Costa-Gavras, 85)
"Costa-Gavras a voulu me rencontrer après voir vu Détective. J’avais lu le roman, qui était vraiment très drôle, beaucoup plus que le film au final. Comme Costa sortait de sa série avec Montand, L’Aveu, Z, il voulait changer de style et faire une comédie, mais il a eu peur de se lâcher complètement. Le résultat est bâtard."

Détective (Jean-Luc Godard, 85)
"J’ai vraiment commencé à faire du cinéma à partir de Détective. J’avais accompagné Nathalie [Baye], qui tournait Notre Histoire, de Blier, près de Genève, à son déjeuner le dimanche avec Godard pour parler de son prochain film. Je l’accompagne. Pendant le repas, Godard ne me regarde pas une seconde, ne me dit pas un mot. Trois semaines se passent. Le téléphone sonne [il imite Godard]: “Bonjour, Johnny Hallyday, c’est Jean-Luc Godard. Euh, je suis en train de préparer un film avec Claude Brasseur et Nathalie Baye, je voudrais que vous fassiez, euh... le rôle dans le film... avec eux... pour moi.” Il me donne rendez-vous dans un resto et commande deux soles vapeur sans me demander mon avis. Encore une fois, il ne m’adresse pas la parole. À la fin de la sole, il me dit: “C’est bon, hein?” Moi: “Oui, c’est pas mal.” Lui: “Bon, alors, on commence dans quinze jours.” Je n’avais rien lu, il n’y avait pas de scénario ! Godard nous donnait trois tartines de pages à apprendre dix minutes avant de jouer. Le tournage devait durer six semaines et je devais enchaîner tout de suite après avec un spectacle au Zénith, mis en scène, entre autres, par Claire Denis, qui était assistante. J’étais très inquiet parce que, tous les jours, pendant quatre semaines, on était convoqué à midi pour tourner. Jean-Luc arrivait, et disait: “Vous avez vu ce temps, les enfants? C’est infilmable. Bon, ben, on va laisser tomber alors. À demain.” Finalement, on a mis le film en boîte en deux semaines. Claude Brasseur, qui habitait à une heure de Paris, avait même fini par prendre une chambre à l’hôtel Concorde- Saint-Lazare où on tournait ! Je me suis bien entendu avec Godard. En revanche, il a dit des choses très désagréables à Claude Brasseur devant toute l’équipe. Après le tournage, alors que je devais chanter à Lausanne, près de chez lui, Jean-Luc m’appelle pour me dire qu’il veut me montrer un truc. Là, je découvre un endroit aussi triste que le bonhomme. Il faisait lui-même son montage à domicile. Je m’assois et il me montre Détective avant tout le monde. Je lui dis: “C’est un beau film que tu as fait là. Tu viens me voir ce soir en concert ?” Il me répond: “Oh non, il y a bien trop de lumières.” [Rire.] Il faut vous dire que pendant le tournage, il avait enfermé à clef le matériel de Bruno Nuytten, le chef op, en prétextant que du moment qu’il voyait ses pieds, il n’avait pas besoin de lumière... Après Détective, Pialat n’a plus voulu de moi pour Police. Il était vexé parce que j’avais fait le film de Jean-Luc, qui parlait aussi de la police... Il a coupé les ponts."

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