Joey Starr : "Je ne cherche pas à être le prochain Kad Merad, je te rassure"
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Première
Remarqué à Cannes pour sa performance dans Polisse, Joey Starr se remémore avec émotion le tournage de ce film plongeant dans le quotidien des policiers de la brigade de protection des mineurs de Paris.
Par Stéphanie Lamome.
Ça t’inspire quoi d’avoir fait chialer tout Cannes avec cette scène où tu pleures en consolant un enfant en larmes ?
C’est un travail d’équipe. Le gosse s’est vraiment mis à chialer. Il avait très bien compris l’enjeu de la scène mais, à un moment, on s’est posé des questions tellement il hurlait. J’ai des gosses et j’ai horreur de les laisser pleurer. Si t’es insensible à ça, t’es une pierre, va vivre sous l’eau. Il nous a eus, il nous en a mis plein la gueule. Puis, Maïwenn a dit : « Coupez », mais comme il y avait trois caméras, elle a dû faire un clin d’œil à la troisième, genre : « Toi, tu coupes pas », et elle a continué de filmer le temps qu’on aille chercher la mère du gosse, qui ne se calmait toujours pas. J’en garde un souvenir confus parce que c’était un moment très fort pour moi, j’avais la tête dans le guidon. Quand tu tournes une scène comme ça et que tu rentres le soir chez toi, tu te dis que t’as fait quelque chose de ta journée. C’est grâce à des instants pareils que je me sens à ma place dans le cinéma et que j’ai bien envie de continuer à en faire.
Ça te plaît d’être la muse de Maïwenn (qui a écrit le film pour lui NDLR) ?
Je ne suis pas à la recherche de ça. Je fais de la musique, c’est le cinéma qui est venu à moi. J’arrive à peine et je suis nominé aux César (comme meilleur second rôle pour Le Bal des actrices), je monte les marches à Cannes, alors que dans la musique, je n’ai jamais décroché de médailles en chocolat. J’ai 44 ans et je me dis que le rap, c’est quand même un sport de prépubères, donc si on m’appelle ailleurs, tant mieux. Par contre, j’ai besoin d’être dirigé. Si tu sens que tu vas avoir peur de me parler, je vais me faire chier. Je veux bien être un électron libre dans un film, mais si on me met un univers autour.
On parlait de toi pour un prix d’interprétation à Cannes. Ça t’aurait fait plaisir ?
À ma mère, oui ! Non, je rigole, à moi aussi. Bien sûr que oui. En même temps, c’est bien de ne pas tout recevoir trop tôt. En fait, je fais du cinéma parce que mon associé-manager, Sébastien Farran, m’a répété pendant vingt ans que je devrais faire l’acteur. Ce à quoi les gens répondaient : « Mais non, t’es fou, il est ingérable. » Sauf que si je fais quelque chose qui m’intéresse, je ne suis pas si ingérable que ça. J’étais à peine sorti de prison depuis deux mois, en train de faire mon marché à 9 heures du mat’, quand il m’a appelé pour m’apprendre que j’étais nominé aux César. J’ai rigolé et j’ai raccroché. Il a rappelé : « Mais je me fous pas de ta gueule ! » Et moi : « Vas-y, arrête, il est trop tôt, rappelle aux heures ouvrables. » Je ne me rendais pas compte de ce que c’était, je n’avais jamais regardé une cérémonie des César de ma vie. J’y suis allé, au théâtre du Châtelet. Ça m’est tombé sur la gueule, j’ai vu de la lumière, je suis rentré. Je suis trop fainéant pour être ouvert mais je suis curieux. Heureusement, j’avais un costume très souple, si tu vois ce que je veux dire... Qu’est-ce que c’était long, putain ! J’avais mal au cul, mal aux pieds, j’étais tout endimanché. Je priais pour ne pas gagner parce que je ne me voyais pas monter sur l’estrade et me répandre. Je me serais liquéfié devant tout le monde.
Pourquoi tournes-tu surtout des comédies en dehors des films de Maïwenn ?
C’est un registre que j’adore. Depuis tout petit, je regarde les films d’Audiard, les Lautner. J’aime les personnages qui ont du bagou, la couleur de Chabrol. Là, sur Les Seigneurs, le film d’Olivier Dahan que je viens de tourner, j’ai approché Jean-Pierre Marielle, et je ne m’en remets pas. Je peux arrêter le cinéma demain. Remarque, j’avais dit pareil pour la musique quand j’ai rencontré Isaac Hayes... En même temps, je vais bientôt signer pour un thriller super technique, une histoire de flics assez noire. Je ne cherche pas à être le prochain Kad Merad, je te rassure.
Retrouvez l'interview complète de Joey Starr (ainsi que celle de Maïwenn) dans le nouveau numéro de Première, dans les kiosques dès aujourd'hui.
Bande-annonce du film, qui sortira le 19 octobre :
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