Aquaman
Warner Bros

Rencontre avec le réalisateur.

Après avoir revitalisé le cinéma d'horreur auprès du grand public (Saw, Insidious, Conjuring), contemplé la placardisation hollywoodienne (les échecs commerciaux de Dead Silence et Death Sentence) et s'être réinventé en réalisateur de blockbusters (le dingo Fast & Furious 7), James Wan entre dans une nouvelle ère de sa carrière avec Aquaman. Un film qui doit faire oublier le bide de Justice League et imposer le personnage sous-marin comme un des super-héros majeurs de l'univers cinématographique DC. Pas gagné ? Le réalisateur de 41 ans pense le contraire.

Petit mystère mais mystère quand même : quand se déroule l'histoire d'Aquaman ?
Je vais lever le voile là-dessus tout de suite comme ça on sera débarrassé : c'est une origin story mais ça se déroule après les événements de Justice League

Justice League qui devait justement être la parfaite rampe de lancement pour Aquaman. Sauf que les choses ont été beaucoup plus compliquées que prévu : la prestation de Jason Momoa a été largement saluée mais le film s'est ramassé en salles. On vous a un peu savonné la planche...
(Rires) Ne vous inquiétez pas, on devrait s'en sortir quand même. Le personnage a été introduit dans Justice League, du coup je dois respecter ce qui été établi et tout ce que Jason Momoa a inventé pour lui donner vie à l'écran. Ca a d'ailleurs été l'objet de nombreuses discussions, car je devais en même temps pouvoir raconter l'histoire qui me tenait à cœur et emmener le personnage vers quelque chose qui colle à l'esprit que je voulais insuffler. Aquaman va être pris dans une quête existentielle qui va totalement le transformer. Ce ne sera pas le même homme au début et à la fin du film. Mais il gardera ce charme impertinent dont sait si bien jouer Jason Momoa.

Les budgets de vos films sont de plus en conséquents. C'était l'étape logique dans votre carrière, de réaliser un film de super-héros ? Il fallait forcément que vous en passiez par là ?
Je ne voulais surtout pas faire un film de super-héros juste pour faire un film de super-héros. Il y en a tellement en ce moment, rien ne m'obligeait à apporter ma pierre à l'édifice. Mais ce qui me plaît avec ce personnage, c'est justement qu'il n'est pas Batman ou Superman. Le grand public n'a pas suivi ses aventures depuis des dizaines d'années, il n'est « usé », si vous voulez. Et en même temps, beaucoup de gens en ont déjà entendu parler. Il a quelque chose de familier mais pas assez pour m'empêcher d'imposer ma vision du personnage et de son univers. Ca me donne énormément de liberté.

L'idée de départ du scénario est de vous. Quel angle aviez-vous en tête ?
J'ai commencé à travailler très tôt sur l'histoire avec Geoff Johns. Notre grande question était : « Qu'est-ce qu'on veut VRAIMENT voir dans un film Aquaman ? » Alors on a listé plusieurs idées et concepts et il est rapidement devenu évident que je souhaitais m'attarder sur l'enfance d'Aquaman. Il fallait par exemple que les spectateurs le voient en train d'apprendre à nager, parce que c'est dans ces moments-là qu'un film de super-héros prend tout son sens. Je me souviens avoir été subjugué par le Spider-Man de Sam Raimi, quand pour la première fois il monte sur un mur ou s'accroche aux immeubles. Je voulais absolument capturer cet esprit.

Zack Snyder a marqué le DCEU de son empreinte avec un style visuel qui lui est propre. Comme s'échappe-t-on de ça pour s'approprier le film ?
Aquaman est visuellement complètement différent des autres films DC Comics. Même si la plupart des gens me connaissent pour mes films d'horreur, j'aime à penser que j'ai un style visuel assez riche. Et ce projet m'a poussé dans mes retranchements : j'ai pu imaginer des mondes sous-marins, des trucs complètement dingues ! Dans ma tête, Aquaman devait ressemble à une sorte de carnet de voyage, que les gens veuillent visiter les lieux de tournage. Des endroits magnifiques : ciel bleu, eau transparente... Je voulais que ce côté magique fasse partie du film, c'est cette esthétique qui m'excitait.

Vous avez été confronté à des obstacles ? Des choses qui fonctionnaient dans votre esprit mais qui étaient très compliquées à mettre en place ?
Oui, car il se trouve qu'une bonne partie de l'histoire se déroule sous l'eau – forcément, sinon ce serait bizarre pour un film Aquaman ! Ce sont des scènes qui requièrent énormément de technicité et de préparation.

J'ai notamment entendu dire que les mouvements des cheveux des acteurs avaient été un casse-tête...
On a carrément inventé un processus spécial pour gérer ça par ordinateur. Les mouvements de cheveux sont fabriqués en post-production afin de donner l'impression qu'ils flottent. Vous imaginez le truc ? Un travail de titan. C'est clairement le film avec le plus d'effets spéciaux de ma carrière, plus encore que Fast & Furious 7. Mais je ne voudrais pas que vous pensiez que tout le film se déroule sous l'eau, car c'est faux : j'essaie de trouver le bon équilibre avec les scènes à la surface. Je veux tout mélanger, il me faut de l'inédit, de l'inattendu. C'est ce qui m'anime. Par exemple, les personnages se rendent à un moment dans un royaume désertique : bon, a priori, ce n'est pas vraiment ce qu'on penserait voir dans un film Aquaman. Et pourtant ça marche !

Aquaman, de James Wan, avec Jason Momoa, Amber Heard, Patrick Wilson... Sortie le 19 décembre 2018.