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Avec ce deuxième film, Trey Edward Shults s’impose comme un cinéaste à suivre.

Au début, le film a des airs de La Cabane dans les bois. Une famille vit retranchée dans une grande maison perdue dont ils extraient, masques à gaz sur le nez, le corps abîmé d’un homme visiblement atteint d’un mal incurable et contagieux. Ils l’enterrent et le brûlent sans autre forme de procès. La vision est d’autant plus terrifiante qu’on apprend simultanément que le cadavre est celui du grand-père de la tribu. Au dehors, le silence est oppressant. À l’intérieur, une grande porte rouge (clien d’œil à Lynch) semble abriter une pièce où il ne vaut mieux pas aller. Travis, le fils unique, fait des cauchemars atroces. « Il faut qu’il participe à tout maintenant », dit de lui son père, Paul, à sa femme, Sarah, qui essaie de le dissuader. Le décor est planté avec les précautions scénaristiques d’usage qui entrouvrent des pistes tout en continuant d’alimenter un épais mystère et une trouille grandissante.

Thriller parano

Tout bascule le jour où un inconnu entre par effraction dans la maison surprotégée de la famille. Qui est-il ? Que veut-il ? Neutralisé par Paul, Will serait un père de famille aux abois qui cherche de la nourriture et de l’eau pour les siens. Dit-il la vérité ? À l’instar de Paul, Sarah et Travis, le spectateur se demande ensuite si le film de résistance à l’envahisseur qu’on nous vend ne va pas se transformer en home invasion movie ; si, derrière le vernis du fantastique, ne se cacherait pas un ambitieux drame domestique travaillé par le deuil et la fin du libre arbitre. Le deuxième long métrage (le premier, Krisha, est inédit en France) du prometteur Trey Edward Shults s’inscrit de fait dans la grande veine paranoïaque du moment (coucou Get Out) qui embrasse les grandes problématiques américaines de la présidence Trump : repli sur soi, actions préventives, diabolisation de l’autre. Avec ses mouvements de caméra immersifs et faussement subjectifs, sa bande-son flippante et son interprétation à double, voire triple, tranchant, It comes at night régale d’un point de vue cinématographique et pose la grande question qui tue : et vous que feriez-vous à leur place ? 

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