Grand Corps Malade : « La plupart du personnel soignant croit que les acteurs de Patients sont de vrais handicapés »

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Avec Mehdi Idir, Grand Corps Malade a adapté pour l’écran son livre Patients, inspiré de son séjour en Centre de Rééducation à la fin des années 90. 

Grand Corps Malade et Mehdi Idir (qui réalise ses clips) étaient faits pour s’entendre. Les deux complices en ont marre des comédies françaises formatées, avec les mêmes têtes d’affiche. Pour leur premier film, Patients, antibiopic qui raconte la remise à l’endroit d’un corps fracassé, ils ont choisi des acteurs inconnus (formidables) et un décor unique, animés par la volonté de montrer la vraie vie, dans toute sa difficulté et son humanité. Le tout avec une bonne dose de dérision et un sens affirmé de la mise en scène.

En écrivant le scénario, aviez-vous en tête des films comme Vol au-dessus d’un nid de coucou, dans le genre « portrait d’un groupe entre quatre murs » ?
M.I. : On y a pensé sans doute inconsciemment. Dès qu’on est entrés en préparation, on a mis de côté toute une série de films d’hôpitaux ou sur le handicap, comme De rouille et d’os, Hasta la vista, Le scaphandre et le papillon
G.C.M. : Mar Adentro, aussi. Et on avait prévu de revoir Vol au-dessus d’un nid de coucou.
M.I. : Finalement, on s’est dit que ça allait peut-être jouer contre nous, nous influencer. On a préféré ne rien regarder.

À quel moment du processus êtes-vous arrivé, Mehdi ?
M.I. : Après la première version du scénario, je crois.
G.CM. : La v1 ou la v2, oui. On a refait une lecture ensemble pour que Mehdi s’approprie les dialogues. On a aussi réécrit certaines scènes car on avait déjà des idées de réalisation.

Plein de questions ont dû se poser à vous en termes de mise en scène. Quel était votre credo ?
M.I. : C’était assez simple. Il consistait à ce que la caméra suive l’évolution physique de notre personnage. Au début du film, il est alité, fait très peu de mouvements, donc la caméra le cadre très serré, fixe, on joue sur la profondeur de champ ; ensuite, à partir du moment où il est en fauteuil, on commence le premier mouvement de caméra et on élargit le cadre où surviennent de nouveaux personnages.
G.C.M. : Esthétiquement, il fallait que ce soit réaliste et joli. Ca a déterminé la photo : on voulait du contraste entre la lumière très jaune des néons de l’hôpital et du chien et loup (clair-obscur). Le centre où on a tourné, avec ses longs et grands couloirs, nous a par ailleurs apporté la profondeur de champ recherché.

Vous avez tourné là-même ou vous avez été hospitalisé ?
G.C.M : On a eu beaucoup de chance. C’est le premier centre qu’on a contacté et il a dit oui. J’y étais il y a 19 ans, je connaissais encore du monde là-bas, ils avaient apprécié mon livre… Il se trouve qu’il y avait toute une aile qui n’avait pas été rénovée et qui était inhabitée : elle était dans le jus des années 90, c’était parfait. Toutes les parties communes, notamment les salles de kiné, n’avaient pas été rénovées non plus.

L’étape du casting a-t-elle été cruciale ?
M.I. : On a travaillé avec un directeur de casting génial qui s’appelle David Bertrand. On a commencé avec lui très en amont du tournage, en septembre 2015, parce qu’on savait que ce serait long de trouver des acteurs pas trop connus. Sa base de données en la matière est incroyable. On a vu 450 acteurs en tout, 200 pour les cinq rôles principaux.

Avez-vous songé à prendre de vrais handicapés ?
G.C.M. : Il y a, je crois, deux tétraplégiques qui se revendiquent acteurs. Pas beaucoup plus de paraplégiques. Nous en avons vus mais ils n’étaient pas assez bons. Il valait mieux, à nos yeux, prendre les meilleurs acteurs possibles et leur apprendre les gestes et attitudes des para et des tétra. C’était plus simple dans ce sens-là.
M.I. : Tous les rôles secondaires, les patients et le personnel soignant, jouent leurs propres rôles. Ca a nourri tout le monde sur le tournage.

J’imagine que vous avez été vigilants sur le fait que les acteurs ne « singent » pas le handicap.
G.C.M. : Bien sûr. Mon kiné de l’époque était sur le plateau pour valider la crédibilité des positions des mains et des corps. Il ne fallait pas que ce soit caricatural ou qu’il y ait des erreurs de gestuelle. Si on n’était pas réglo là-dessus, on se trompait de film. Le reste c’est une question d’immersion. Un mois avant le tournage, on est allés en ergothérapie, chacun des acteurs devant notamment s’habituer à son fauteuil.

On ne voit jamais le personnage de Ben écrire des rimes. Vous n’écriviez pas du tout à l’époque ?
G.C.M. : Un peu mais c’était anecdotique. Le but c’était de rendre Ben, et non Fabien, le plus universel possible. Si un jour, j’ai envie d’écrire un film sur le slam, on fera peut-être notre 8 mile à nous (rires).

L’avez-vous montré à des handicapés ?
G.C.M. : On a fait environ 25 avant-premières avec des personnes en situation de handicap à chaque fois. Les retours sont très chaleureux. La plupart du personnel soignant croit que les acteurs sont de vrais handicapés. C’est notre victoire. 
 

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