Godzilla : le retour du monstre est dément, mais frustrant

Godzilla 2014

TF1 diffusera le dernier Godzilla dimanche soir à 21h.

Quelques semaines avant la sortie de Kong : Skull Island, reboot de King Kong qui annonce un blockbuster épique où le singe géant affrontera Godzilla (Legendary prévoit ça en 2020), TF1 proposera justement ce week-end le dernier blockbuster dédié au monstre japonais. A sa sortie en 2014, Première avait beaucoup de choses à dire sur cette version de Gareth Edwards, qui a depuis mis en scène Rogue One - A Star Wars Story

Critique publiée une première fois en mai 2014 : Dire que les extraits du film mettaient l'eau à la bouche serait un euphémisme. Plus la promo du nouveau Godzilla avançait, plus le retour du monstre s'annonçait épique. Plus impressionnant que Smaug le bavard, moins gamin que les kaijus de Pacific Rim, le lézard faisait marcher à plein la machine à fantasmes. Y a-t-il eu tromperie sur la marchandise ? Oui et non.

Grand spectacle et drame humain
Gareth Edwards évite le piège de se contenter de faire un Monsters à gros budget. La virtuosité indiscutable dont fait preuve le Britannique le place illico dans la cour des grands et il n'a pas à rougir face à la concurrence, loin de là : la mise en scène est savamment maîtrisée de bout en bout et toutes les séquences d'action pure sont impressionnantes. Il ne délaisse pas pour autant le côté drame humain qui faisait la force de son film précédent : on suit d'abord un père de famille brisée par la perte d'un être cher (Bryan Cranston, toujours juste malgré les clichés) et son fils (Aaron Taylor-Johnson, déjà moins gâté par le script). Sauf qu'évidemment, Godzilla n'est pas Monsters, et l'équilibre ne fonctionne jamais vraiment. Dès que la première créature apparaît, le scénario passe la 4e vitesse en évacuant à peu près tout le reste. D'où l'impression d'un film scindé en deux, avec des personnages principaux qui se retrouvent figurants d'une scène à l'autre.

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Sur sa faim
Ce n'est pourtant pas faute de les ménager, Edwards prenant bien soin de conserver son point de vue humain. Et si les combats ne sont évidemment pas filmés à hauteur d'homme, on reste la plupart du temps du côté des spectateurs. Fausse bonne idée : lorsqu’un gosse voit Godzilla en pleine action à la télé, on aimerait que la caméra nous y plonge, mais on reste en-dehors. Idem lorsque d'autres se réfugient dans un abri, avec le début d'un nouvel affrontement dantesque comme dernière image du monde extérieur : ça n'ira pas plus loin et on reste sur notre faim. C'est d'autant plus frustrant que c'est un parti pris et non une pirouette : lorsque Edwards se décide à montrer ses géants en action, c'est une vraie leçon, les bestiaux sont magnifiques et terrifiants à la fois, leurs face-à-face jouissifs, mais terriblement courts. Personne ne demande de rééditer le côté primaire de Pacific Rim, mais un juste milieu eut été appréciable.

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Trop de sérieux, pas assez de monstres
L'autre problème majeur de la vision d’Edwards est la place qu’il donne à Godzilla, qui écope finalement d'un rôle assez ingrat. Ni destructeur ultime ni figure divine, en dépit de répliques particulièrement lourdingues qui veulent à tout prix dresser ce parallèle (c'est Ken Watanabe qui s'y colle), le monstre se rapproche plus d’un superflic de la nature qui doit neutraliser ses congénères polissons, et c'est tout. Malgré plusieurs hommages assez classes à ses prédécesseurs historiques, la trame du long-métrage rappelle du coup surtout la série animée de 98 dérivée du film d'Emmerich, ce qui n'était a priori pas le but de départ.

Ce Godzilla 2014 donne au fond l'impression d'une œuvre trop sérieuse qui serait parasitée par les codes du film de monstre - ce qu'elle est objectivement, pour le meilleur et pour le pire. Malgré ce très bel effort, le genre attend donc toujours celui qui lui redonnera ses lettres de noblesse.

Yérim Sar

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