Gary Oldman : « sur La Taupe, le challenge était de trouver la bonne monture de lunettes »

07/02/2012 - 19h45
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Rangé des voitures et des performances monstrueuses, Gary Oldman trouve son meilleur rôle dans La Taupe. Interview

La Taupe de Tomas Alfredson réussit l’extraordinaire pari de transformer l’œuvre antispectaculaire de John Le Carré en monolithe de cinéma vintage. Un film vertigineux, mythologique, qui carbure aux performances d’acteurs élégantes. Au centre du film, Gary Oldman semble déposer sur chaque objet qu’il touche la métaphysique de la fatigue et de la paranoia que charrie le Smiley de Le Carré. Son meilleur rôle ? De très loin. Rencontre

Par Stéphanie Lamome


George Smiley est à peu près l’antithèse de James Bond ou de Jason Bourne. Dans le film, il n’y a pas d’action, pas de glamour, pas de sexe, mais une ambiance léthargique et monochrome qui ferait passer Derrick pour du Gregg Araki. Etait-ce cette idée qui vous a séduit ?

Gary Oldman : (Rire) Non. J’ai voulu faire le film avant tout parce que je trouvais le personnage de Smiley passionnant. Quand j’ai lu le script, j’étais soulagé de voir que les scénaristes n’avaient pas essayé de remettre cette histoire d’espionnage au goût du jour et qu’au contraire, ils avaient préservé jalousement l’esprit du livre de John Le Carré. Ils ont résisté à la tentation de la rendre plus dynamique, plus attractive, plus branchée. C’est très audacieux à une époque où tout le monde se met à la 3D.


Avez-vous eu du mal à vous fondre dans cette esthétique 70’s ?

Ce qui est bizarre, c’est de tourner un film qui parle d’une époque en Angleterre que j’ai connue. Je ne pouvais pas « fantasmer ». J’ai pris un énorme coup de vieux. Sur le plateau, je me disais « Tiens, je me souviens de ces briquets ! Et ce cendrier, ma mère avait le même ! » Bref, tu passes pour un vieux con nostalgique.


Comment avez-vous trouvé le look de Smiley, si particulier dans sa banalité ?

Tomas m’a donné une photo en noir et blanc de Graham Greene en imperméable qu’il aimait beaucoup. Elle représentait l’idée qu’il se faisait de la silhouette de Smiley, de son allure. On est partis de cette image et on l’a vieillie un peu, ajouté des cheveux gris. Les lunettes étaient un élément primordial, elles symbolisent Smiley comme l’Aston Martin représente James Bond. Le challenge était de trouver la bonne monture. La séance chez l’ophtalmo où Smiley se soumet à un test de la vision et change de lunettes est une idée de Tomas. Je la trouve géniale car elle définit dès lors son rapport au monde. Sinon, je n’ai pas travaillé en dehors du livre et du scénario. En toute modestie, Smiley m’est venu instinctivement. Mon plus grand atout était d’avoir John Le Carré sous la main. Non seulement il a créé ce personnage, mais il a lui-même été espion à cette époque. Il avait toutes les réponses aux questions que je pouvais me poser.


Vous, le spécialiste des performances tapageuses, n’avez jamais été aussi peu expressif que dans La Taupe.

Quand Smiley est assis et qu’il écoute, c’est-à-dire pendant 90% du film, ce n’est pas comme s’il ne faisait rien. Il y a de l’action dans cette apparente passivité, du mouvement dans l’immobilité. J’étais très excité à l’idée de camper un tel personnage qui, comme le décrit une femme qu’il a aimé, adapte la température de son corps à celle de la pièce et de la situation dans lesquelles il se trouve, un peu à la manière d’un reptile. Par le passé, j’ai beaucoup donné dans les rôles physiques, voire frénétiques, où tout passait par le corps. Le surrégime, je connais ! Alors incarner un type comme Smiley, qui mène le jeu sans bouger de sa chaise, était plutôt un soulagement.

Découvrez la suite de cet entretien dans le nouveau numéro de Premiere

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