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Turf, la comédie de Fabien Onteniente avec Edouard Baer et Gérard Depardieu, sort aujourd’hui au cinéma. Le réalisateur a beau multiplier les succès (Jet Set, Disco, Camping...), son cinéma reste pour beaucoup l'acmé de la comédie beauf made in France. Le mensuel Technikart parlait même récemment d'Onteniente comme de "l’AntéChrist" du cinéma popu, brossant le portrait d'un faiseur cynique. Et si Onteniente était finalement plus éloigné qu'on le croit de cette image publique ? A l'occasion de la sortie de Turf, Libération a laissé la parole au cinéaste qui se révèle sous un tout autre jour. Cinéphile passionné, Onteniente se veut auteur de comédies populaires au sens noble du terme prenant pour références les classiques italiens et racontant des anecdotes sur Audiard ou Claude Berri. Un type bourré de contradiction...  Fabien Onteniente et ses inspirationsC'est connu : Onteniente est un cinéaste qui enchaîne les succès publics et les désaveux critiques. Du cinéma beauf ? Quand on lui demande ses références (comme si on lui réclamait ses papiers), il évoque une rencontre survenue lors de la tournée promotionnelle de Turf : "Le journaliste avait compris que j’étais nourri de la comédie italienne, du cinéma de Mario Monicelli. (Grand cinéaste italien nommé aux Oscars en 1960 pour La Grande Guerre, ndlr). Le Pigeon reste pour moi un film essentiel. Ou La Classe Ouvrière va au Paradis, d’Elio Pietri. On y voit des gens de peu qui s’attaquent à quelque chose de trop grand pour eux et, dans cette épreuve, ils se révèlent."Il explique au passage que ses idées prennent d'abord forme par le dessin : "Camping, je l’ai écrit comme ça, avec un dessin témoin pour chaque scène. De film en film, le coup de crayon est venu, parce que je dessine depuis l’enfance. C’est après avoir commencé à faire comme ça que j’ai lu qu’à l’époque de Monicelli, ils écrivaient autour d’une table, ils parlaient de tout de rien, et à un moment donné, hop, ils rentraient dans ce qu’ils voulaient dire."« Jet Set 2 était vraiment une sombre merde »Pendant l’interview, Fabien Onteniente revient également sur le moteur de son cinéma à coup d'anecdotes méconnues. Sa rencontre avec Michel Audiard et son "Dis-moi gamin, est-ce qu'il serait possible de prendre tes chaussettes", son échange avec une équipe solidaire et son envie de faire perdurer cette expérience unique alors qu’il était encore un enfant... Il se remémore aussi les gens qui l'ont aidé à un moment précis et ne mâche pas ses mots. "Claude Berri m’a sauvé la vie, parce qu’après Jet Set 2, qui était vraiment une sombre merde, je n’allais pas bien du tout, j’étais dans une mauvaise vie… Aujourd’hui, on voit émerger des mecs avec des têtes de premiers de la classe qui disent : "Le cinéma, c’est comme ça !" Je pense que pour Depardieu, ça ne passe pas."Toujours en apprentissageLe cinéaste se veut être en constant mouvement et pense avoir trouvé sa marque de fabrique. "Jet Set, il n’y avait pas cette recherche. C’était du scénario filmé, ça n’avait pas beaucoup d’intérêt. Ma méthode dessinée est apparue à Trois zéros et elle a vraiment commencé à bien fonctionner avec Camping ". Isabelle Huppert, une de nos grandes actrices françaises, disait en 2002 que "Faire partie du monde du cinéma, c’est avant tout faire l’apprentissage de sa liberté". A Libération, Onteniente pourrait bien s’être libéré d’un poids.