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Le film avec avec Jake Gyllenhaal, Jason Clarke, Josh Brolin, John Hawkes sera diffusé ce soir sur France 2.

En 2015, Jake Gyllenhaal, Jason Clarke, Josh Brolin, John Hawkes et Emily Watson s'étaient déplacés au Lido pour ouvrir la 72ème édition du plus ancien des grands festivals : la Mostra de Venise. Ils représentaient Everest qui avait le redoutable honneur de succéder à Birdman et à Gravity pour ouvrir les festivités. Mais si, malgré son titre, le film de Baltasar Kormakur n'est pas à la hauteur de ses prédecesseurs, il est probablement plus que le drame d'aventures à grand spectacle auquel on serait tenté de le réduire. 

L'histoire retrace une ascension de l'Everest qui s'est soldée en 1996 par la mort de cinq membres de l'expédition. C'était une époque charnière où l'explosion de la demande de clients fortunés en mal d'aventures a généré la prolifération d'agences spécialisées dans le toursime "extrême". Du coup, Katmandou, et plus particulièrement le camp de base, se sont retrouvés aussi peuplés que le métro à l'heure de pointe. Les conséquences néfastes (pollution, embouteillages, itinéraires impraticables) ont rapidement pointé la nécessité de réguler ce nouveau commerce, mais l'intérêt commun est toujours difficile à faire comprendre lorsque des bénéfices sont en jeu.

Chimère
Ce contexte pour le moins défavorable n'est qu'un des nombreux éléments qui constituent une entreprise par nature absurde : escalader l'Everest est une chimère, mais à partir du moment où Edmund Hillary et Tensing Norgay ont montré que c'était possible, d'autres ont été tentés d'en faire autant. Le problème, c'est que ça n'est envisageable que dans certaines conditions (préparation, encadrement compétent, motivation, météo favorable). Et il suffit, comme le montre le film, d'additionner seulement quelques variables imprévisibles pour garantir une catastrophe. Pourtant, Rob Hall (joué par Jason Clarke) était l'un des guides les plus sérieux et expérimentés de l'époque, et avec lui, ses clients pouvaient compter sur une sécurité maximale. Cette anée-là, il emmenait huit volontaires aux motivations varies : un riche texan (Josh Brolin), un modeste facteur de Seattle (John Hawkes) qui avait raté à quelques centaines de mètres près une précédente tentative, une Japonaise qui a déjà escaladé les 6 plus hauts sommets et à qui il ne manque plus que celui-là... Par nécessité, l'expédition se joint à une autre, dirigée par Jake Gyllenhaal, un guide beaucoup plus free style que Clarke.

Vertigo
Le film est dense, et nous délivre une quantité d'informations techniques parfois inutiles, assaisonnées autant que possible des histoires dramatiques de chacun des personnages pour leur donner de l'épaisseur. Au milieu de cette profusion, un thème se dégage, souligné par la déclaration d'un grimpeur russe: "La montagne a toujours le dernier mot". Effectivement, quoi qu'il arrive, et quel que soit le degré de courage ou d'inconscience des candidats, leur destin semble scellé dès le début, comme l'annonce le guide : au-delà de 8000 mètres, l'humain n'a pas sa place. C'est une zone de mort, et chaque seconde passée là-haut est une lutte improbable pour la survie. Le film a le mérite d'être honnête et sobre avec ce programme, en évitant la grandiloquence, l'héroïsme et la sentimentalité. 

Techniquement, les prises de vues "documentaires" du Népal et du camp de base contrastent forcément avec les scènes visiblement tournées en studio, pas toujours raccord. Les meilleures d'entre elles fonctionnent bien, en remplissant leur office qui consiste à donner le vertige. Et dans ce domaine, l'utilité de la 3D est une fois de plus discutable, tant il est clair que la mise en scène semble avoir été conçue (parfois laborieusement) pour mettre en valeur la 3D et non pas l'inverse. Mais comme d'habitude, l'effet de relief s'oublie au bout de 5 minutes, ce qui ne serait pas gênant si le poids des lunettes pouvait en faire autant. Comparativement, les effets sonores contribuent bien plus au sentiment de danger. 

Gérard Delorme

Everest de Baltasar Kormakur avec Jake Gyllenhaal, Jason Clarke, Josh Brolin, John Hawkes sera diffusé ce soir sur France 2.

 

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